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Actualités - Opinion

Le pourpre et le contre

Un président de la République est supposé superviser les affaires du pays. S’il n’est plus en mesure de le faire, s’il n’est plus reconnu par les puissances internationales, s’il ne reçoit presque plus de visiteurs, si les gens ne comptent plus sur sa personne pour gérer les choses, alors sa charge est devenue presque vacante. Le président Lahoud est donc tenu de s’en aller, mais un accord doit intervenir sur la succession pour parer à tout vide. De même, ce départ ne peut être obtenu que dans le respect de la Constitution ; les gens peuvent descendre dans la rue mais pas marcher sur le palais de Baabda. Il y va non seulement de la dignité de la première magistrature, mais de la sécurité, car des contre-manifestations et des heurts sanglants seraient alors à craindre. Ces propos empreints de sagesse, ce n’est pas Monsieur Tout-le-monde qui les tient. Par les temps qui courent en effet, le citoyen ordinaire serait bien en peine de faire preuve de retenue et de raison. Car il ne comprend toujours pas, l’homme de la rue, par quel tour de sorcellerie la Syrie, dix mois après son retrait du Liban, continue, contre vents et marées, de garder le contrôle de la plus haute instance du pays. Cette argumentation calme et responsable, on l’aura deviné, est celle développée ces derniers jours par le patriarche maronite Nasrallah Sfeir devant ses visiteurs, hommes politiques ou journalistes. Depuis des décennies déjà, la stature de l’homme a largement débordé le cadre de la communauté dont il est le chef spirituel. De la guerre, il a sans cesse dénoncé les horreurs, et c’est avec angoisse qu’il se demande aujourd’hui si certains n’ont rien appris. La paix revenue, il a été le premier – et longtemps le seul – à en déceler les pièges, que tendait patiemment la puissance tutélaire. Il a inlassablement tonné contre les exclusions ; contre le règne des marionnettes, contre la justice sélective ; contre les contrats léonins, contre une annexion rampante qui méritait bien son nom, tant les dirigeants savaient courber l’échine. Aujourd’hui comme hier, Nasrallah Sfeir est la conscience du Liban, de tout le Liban. Et le Liban le lui rend bien, dont les diverses fractions recherchent la caution du patriarche – quand elles ne s’en remettent pas entièrement à lui, comme le fait le chiite Nabih Berry – pour résoudre la question présidentielle : laquelle ressemble fort à un rébus. Ainsi, le patriarche donne raison au Rassemblement du 14 mars quand celui-ci exige le départ d’Émile Lahoud ; mais il partage en même temps les réserves du général Michel Aoun sur un recours intempestif à la rue. Du mal dont souffre le pays, l’indomptable vieillard de Bkerké a établi le plus lucide des diagnostics ; mais s’il désigne la voie à suivre, il se garde bien de s’étendre sur la composition précise du remède, sur les doses que requiert le traitement. On le comprend. Il n’est guère souhaitable en effet que les chefs religieux se posent en oracles politiques : ni la politique ni la religion n’auraient à y gagner. Reste tout de même le fait qu’à son corps défendant, et pour pallier l’effroyable vide qu’avait favorisé la tutelle, le chef de l’Église maronite a été amené à jouer et continue de jouer un rôle éminemment, indiscutablement politique. Du cardinal Sfeir, nul n’attend bien entendu qu’il délaisse son missel pour plancher sur les ouvrages de droit constitutionnel. Ou qu’il s’adonne au lobbying pour réunir cette supermajorité requise pour enterrer le régime Lahoud. Ce que Sfeir peut très bien faire en revanche, c’est une petite balade de quelques kilomètres. Une simple et discrète visite au palais présidentiel redevenu – ironie du sort – un véritable bunker : un bunker non plus militaire cette fois, mais politique et psychologique. Là, entre quatre murs, peuvent être dites certaines choses de maronite à maronite, et surtout de Libanais à Libanais. Car non seulement l’obstination du président à réfuter l’évidence, à s’incruster, est en train de dévaloriser à la vitesse grand V cette présidence dévolue aux chrétiens ; mais entamée dans le malheur – et dans la terreur –, cette funeste prorogation du mandat présidentiel n’a pas fini d’être celle de tous les dangers. Pas de manifestants à Baabda ? Alors de grâce, Béatitude, allez-y, courez-y vous-même ! Issa GORAIEB
Un président de la République est supposé superviser les affaires du pays. S’il n’est plus en mesure de le faire, s’il n’est plus reconnu par les puissances internationales, s’il ne reçoit presque plus de visiteurs, si les gens ne comptent plus sur sa personne pour gérer les choses, alors sa charge est devenue presque vacante. Le président Lahoud est donc tenu de s’en aller, mais un accord doit intervenir sur la succession pour parer à tout vide. De même, ce départ ne peut être obtenu que dans le respect de la Constitution ; les gens peuvent descendre dans la rue mais pas marcher sur le palais de Baabda. Il y va non seulement de la dignité de la première magistrature, mais de la sécurité, car des contre-manifestations et des heurts sanglants seraient alors à craindre.
Ces propos empreints de sagesse, ce...