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Actualités - Opinion

LE POINT L’heure des choix

Question : quel est le prix de la démocratie ? Réponse : 75 millions de dollars. C’est en effet la somme que les États-Unis viennent de consacrer à la promotion de leur conception de la vie publique en Iran et au financement des activités d’opposants qui ont, on le suppose, passé déjà le test de fiabilité. Il faut dire que depuis février 1979, date du retour de l’ayatollah Ruhollah Khomeyni, la crise des otages et la désastreuse mission Eagle Claw des 24-25 avril 1980 pour leur libération, Washington nourrit à l’égard de la révolution islamique une haine féroce qui aura connu un bref répit sous la présidence de Mohammad Khatami puis un net regain d’intensité au lendemain de l’accession à la tête du pays de l’imprévisible Mahmoud Ahmadinejad. En ce début de semaine, viennent de commencer les grandes manœuvres diplomatiques avec une tournée proche-orientale de Condoleezza Rice et l’ouverture à Moscou de négociations sur le retour au moratoire portant sur l’enrichissement d’uranium suivant des normes fixées par l’Occident. On l’aura compris : sous l’apparence d’une méchante querelle de quincailliers nucléaires, se cache des intentions beaucoup moins avouables. Et ce n’est pas un hasard si, au dossier iranien, la secrétaire d’État a joint celui du Hamas palestinien. À l’évidence, il s’agit d’isoler les deux trublions accusés d’empêcher l’accession de la région à l’éden libéral rêvé pour elle par le grand frère yankee et, dans le même temps, d’interdire l’un de bombe atomique, l’autre de cette représentativité que viennent de lui conférer les élections législatives du mois dernier. La double gageure, il faut le craindre, ne va pas être facile à tenir. Il y a, bien entendu, le boulet irakien que l’Amérique traîne depuis bientôt trois ans, alourdi encore par des problèmes que les jours semblent multiplier comme à plaisir : scandales en série dans des prisons dont le plus tristement célèbre demeure celle d’Abou Ghraib, sous-traitance de détenus confiée à des pays amis, détournements de fonds consacrés à la reconstruction vers des réalisations moins avouables… Il y a aussi la conjoncture générale, guère favorable aujourd’hui à ce Big Brother plutôt encombrant, maladroit et empêtré dans ses contradictions. Enfin, les premiers pas de certains pays arabes sur la voie voulue par l’Administration républicaine sont loin d’avoir été encourageants, ainsi que viennent de le prouver les consultations populaires organisées en Égypte, en Palestine et en Irak même, où d’ailleurs elles ont pris plutôt l’allure d’un recensement sur des bases sectaires. À quelques heures du périple de « Condie », John Bolton s’était élancé à l’assaut de la forteresse iranienne avec la fougue d’un footballeur yankee. « Ils » n’ont qu’à suivre l’exemple libyen, avait décrété le représentant US devant un groupe de journalistes accrédités auprès des Nations unies. Ce qui reviendrait à renoncer au développement et à la possession d’armes de destruction massive, une possibilité que les intéressés n’ont pas écartée. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, juge en effet que s’il est « encore temps de trouver un compromis , le temps des menaces, lui, est terminé ». Tel ne semble pas être l’avis du Pentagone où l’on a entrepris depuis quelque temps d’établir des plans prévoyant des bombardements aériens « dévastateurs », soutenus par des volées de missiles balistiques tirés à partir de sous-marins. Les B-2, équipés d’obus de 40 000 pounds, s’envoleraient des bases situées dans le Missouri, et leur ravitaillement serait assuré en vol. Le Commandement central (Centcom) et le Commandement stratégique ont déjà identifié les sites, déterminé le type de fusées à utiliser et précisé dans le moindre détail la nature des appuis logistiques nécessaires. La Maison-Blanche a obtenu l’appui d’un éminent sénateur, John McCain, dont la candidature à la présidence 2008 aurait déjà été retenue par le Parti républicain et qui vient de déclarer : « Il y a quelque chose qui pourrait être plus grave que l’option militaire, c’est un Iran disposant de l’arme absolue. » Une opinion qui est aussi celle des démocrates, dont le chef de file, le sénateur Joe Lieberman, n’est pas loin de partager les vues des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour qui l’heure des grandes décisions approche. En attendant, les tirs de semonce se multiplient. Six semaines après un attentat qui avait fait huit morts et 46 blessés, une bombe sonore explosait dimanche à Ahvaz, capitale d’un Khuzistan plus arabe qu’il n’y paraît, faisant cette fois plus de bruit que de mal. Message reçu ? On veut le croire à Washington, avant que l’irréparable ne soit commis. Christian MERVILLE
Question : quel est le prix de la démocratie ? Réponse : 75 millions de dollars. C’est en effet la somme que les États-Unis viennent de consacrer à la promotion de leur conception de la vie publique en Iran et au financement des activités d’opposants qui ont, on le suppose, passé déjà le test de fiabilité. Il faut dire que depuis février 1979, date du retour de l’ayatollah Ruhollah Khomeyni, la crise des otages et la désastreuse mission Eagle Claw des 24-25 avril 1980 pour leur libération, Washington nourrit à l’égard de la révolution islamique une haine féroce qui aura connu un bref répit sous la présidence de Mohammad Khatami puis un net regain d’intensité au lendemain de l’accession à la tête du pays de l’imprévisible Mahmoud Ahmadinejad. En ce début de semaine, viennent de commencer les grandes...