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Actualités - Opinion

Décontaminer le dossier social de la politique

Faute de pouvoir dépolitiser les revendications sociales que la Syrie a tenté d’exploiter contre le gouvernement, il faudrait au moins décontaminer politiquement ce dossier, le dépassionner et l’aborder le plus rationnellement possible, pour répondre aux aspirations d’une population qui se paupérise et que la politique désormais écœure. Le ministre des Finances a parlé hier d’une « modeste augmentation » des taxes, capable de renflouer tout aussi modestement, on le suppose, le Trésor, et calculée pour avoir le moins d’effet possible sur les couches marginalisées de la société. Cette annonce a soulevé, à la Chambre même, une première remarque. Les taxes indirectes représentent déjà 77 % du total des recettes de l’État, un pourcentage tout à fait exorbitant, et les augmenter encore relève de la solution de facilité. Et c’est probablement ce que recherche le gouvernement : l’argent facile à collecter. Et dans la mesure où l’efficacité immédiate est recherchée, l’orientation du gouvernement est logique, sinon rationnelle. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas cette augmentation du taux d’impôts indirects qui va rapprocher le Liban du « pacte social et économique » dont a parlé le ministre des Finances, ce n’est pas cela qui va rendre la société libanaise plus solidaire. Au contraire, pourrait-on dire. La CGTL a mis en garde, la semaine dernière, contre une augmentation des taxes indirectes, encore que ce soit surtout le sort de la Caisse nationale de Sécurité sociale, cette institution privilégiée de solidarité sociale, qui l’intéresse. Elle a décidé, en outre, de manifester jeudi pour attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité d’un renflouement urgent de sa trésorerie par le paiement des arriérés que l’État doit à la caisse. Réagissant positivement à cette mise en garde, le Premier ministre, Fouad Siniora, a promis la semaine dernière de s’acquitter de cette dette, qui s’élève à 1 000 milliards de livres. Cette promesse, si elle se concrétise dans un délai et une proportion raisonnables, pourra conduire la centrale syndicale à renoncer à un sit-in qu’elle a prévu jeudi. Le conseil exécutif de la centrale, qui s’est réuni hier pour évaluer la situation, s’est promis de se retrouver mercredi soir, à la veille du Conseil des ministres, pour prendre une décision à ce sujet. Mais un règlement des arriérés dus par l’État à la CNSS ne sera pas suffisant pour assainir véritablement le climat social. En réalité, la situation de la caisse reflète l’imbroglio socio-économique dans lequel baigne le Liban. Un imbroglio issu de la débrouille, des procédés détournés et des pistons. Ainsi, l’on parle de 41 000 chauffeurs de taxi qui bénéficient des prestations de la caisse et dont l’État paie les cotisations… On se plaint aussi, dans les milieux patronaux, des particuliers qui adhèrent volontairement à la CNSS sans être salariés, ou encore les salariés fictifs qui émargent aux bordereaux de certaines entreprises, mais qui n’y sont inscrits que pour bénéficier de la CNSS et qui paient eux-mêmes leurs cotisations. On souligne, dans ces milieux, le fait que cette pléthore fausse la notion de solidarité, dans la mesure où elle provient en général de la partie de la population libanaise la moins productive et qui contribue le moins à la sécurité sociale. Outre la bataille pour ce que la CGTL qualifie de survie de la CNSS, une autre bataille se profile à l’horizon : celle du salaire minimum, que les dirigeants syndicaux veulent voir passer de 300 000 LL à 600 000 LL. Certains patrons accepteraient un réajustement du salaire minimum à deux conditions : que ce réajustement s’arrête là et qu’aucune autre augmentation ne touche les autres tranches de salaires, d’abord ; que l’on révise les indemnités scolaires et de transport que les patrons accordent aux salariés depuis les années 90, ensuite. Ce serait, évidemment, donner d’une main et reprendre de l’autre des « droits acquis » auxquels les syndicats ne renonceront pas facilement. C’est là l’un des aspects techniques du dossier social que personne n’a vraiment abordé hier à la Chambre, alors que l’on coupe l’électricité à des familles incapables de régler les 30 000 LL d’abonnement mensuel au compteur, que des sans-abri dorment sous les ponts, dans certains quartiers pauvres de la capitale, que des réductions de salaires sont décidées unilatéralement dans de nombreux secteurs, livrant des milliers de salariés à la pire des débrouilles. Fady NOUN
Faute de pouvoir dépolitiser les revendications sociales que la Syrie a tenté d’exploiter contre le gouvernement, il faudrait au moins décontaminer politiquement ce dossier, le dépassionner et l’aborder le plus rationnellement possible, pour répondre aux aspirations d’une population qui se paupérise et que la politique désormais écœure.
Le ministre des Finances a parlé hier d’une « modeste augmentation » des taxes, capable de renflouer tout aussi modestement, on le suppose, le Trésor, et calculée pour avoir le moins d’effet possible sur les couches marginalisées de la société.
Cette annonce a soulevé, à la Chambre même, une première remarque. Les taxes indirectes représentent déjà 77 % du total des recettes de l’État, un pourcentage tout à fait exorbitant, et les augmenter encore relève de la...