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Actualités - Opinion

LE POINT Dérive anti-yankee

Ils s’appellent Evo Morales, Nestor Kirchner, Michelle Bachelet, Hugo Chavez, Luiz Inacio Lula da Silva et bien sûr Fidel Castro. Ils ont en commun aujourd’hui de se trouver chacun à la tête de son pays, à la suite d’élections démocratiques, et l’on prévoit qu’ils seront rejoints, en avril prochain au Pérou, par Ollanda Humala ainsi que par les candidats à la présidence au Mexique, au Nicaragua et en Équateur, ce qui finira par représenter un nombre impressionnant de chefs d’État qui partagent à l’égard du Big Brother yankee la même profonde aversion. Au point qu’au Venezuela, on parle d’un « axe du bien », avec la Bolivie et Cuba, dans une claire allusion à l’« axe du mal » jadis évoqué par George W. Bush à propos du trio Irak-Iran-Corée du Nord. À la Maison-Blanche où, depuis l’expédition irakienne commencée en mars 2003, on n’a cessé de prôner l’organisation de scrutins libres, on ne peut que constater l’ampleur des dégâts occasionnés par l’effet boomerang d’un tel principe appliqué à une région considérée par Washington, des décennies durant, comme une chasse gardée où nul n’aurait osé intervenir. Au département d’État, et comme pour se consoler, on veut croire qu’au net virage à gauche pris par l’Amérique latine, il convient de chercher des explications d’ordre économique. Il s’agit, vous répète-t-on à l’envi, d’une réaction à la politique de libéralisation des échanges instaurée depuis la fin de la guerre froide et qui est loin d’avoir profité aux peuples de cette partie du monde. L’Argentine fait figure de cas isolé, de modèle à imiter, qui a su opérer un rétablissement magistral après un spectaculaire pied de nez au Fonds monétaire international qui en fait rêver plus d’un. Mais il y a plus : la guerre déclarée par Washington à la drogue et au terrorisme ne s’est pas traduite – bien au contraire – par une amélioration du niveau de vie. En riposte, il faut croire que le nouveau maître de la Bolivie a été bien inspiré de mener sa campagne en promettant de légaliser la culture de coca et de nationaliser les immenses réserves de gaz naturel, tout en s’engageant à être « un cauchemar » pour le lointain et puissant voisin, dont il a été jusqu’à qualifier le président de « terroriste ». Certes, il ne faut pas prendre les promesses électorales pour autant d’engagements fermes appelés à être tenus une fois remportée la victoire. L’exemple du Brésil, neuvième puissance économique mondiale, est là pour le prouver. Depuis son élection, le père du programme « Bolsa Familia » n’a cessé de suivre une ligne de conduite résolument conservatrice, avec des résultats plus qu’encourageants. Ainsi, le pays connaît une stabilité jusque-là inconnue, les exportations atteignent des chiffres faramineux, la croissance vogue à un rythme de croisière de 3-3,5 pour cent et la confiance des investisseurs est revenue. L’autre face, beaucoup moins reluisante, de la médaille, c’est le scandale des contributions illégales au Parti du travail, c’est l’achat de voix au Congrès et le fait que les sondages donnent comme vainqueur de la présidentielle d’octobre non pas Lula mais José Serra, l’actuel maire de São Paulo. Il n’est pas certain que la parade mise au point par les USA soit la bonne. Un rapport établi par trois organisations basées dans la capitale fédérale relève à cet égard que le département d’État et le Congrès sont en train de perdre graduellement, au profit du Pentagone, le contrôle de l’aide octroyée aux pays d’Amérique latine avec pour conséquence un accent de plus en plus marqué mis sur tout ce que l’on estimerait être de nature à représenter un danger pour les intérêts des États-Unis. On voit déjà ceux-ci s’enfermer dans le cercle vicieux qu’ils ont eux-mêmes tracé : une politique définie et appliquée par des galonnés sortis de West Point et cornaqués par Donald Rumsfeld ne peut déboucher que sur un durcissement du sentiment anti-yankee, lequel à son tour alimente toutes les craintes nourries par l’Administration républicaine face à des ennemis, ou supposés tels, qu’elle jure voir partout. La solution serait-elle dans les hydrocarbures ? L’idée est simple, tellement simple qu’il y a fort à parier qu’elle ne sera pas retenue par les Karl Rove de service : accroître les importations en provenance de l’hémisphère Sud et contribuer avec les nations de cette région au financement de projets sociaux. Mais pour cela, il faudrait commencer par admettre que l’on n’a pas suivi jusqu’à présent une politique intelligente. Et que le véritable problème pour des dizaines de millions de Sud-Américains est non pas le danger d’une déstabilisation, mais, à l’ère de l’opulence, celui de la presque famine. Christian MERVILLE
Ils s’appellent Evo Morales, Nestor Kirchner, Michelle Bachelet, Hugo Chavez, Luiz Inacio Lula da Silva et bien sûr Fidel Castro. Ils ont en commun aujourd’hui de se trouver chacun à la tête de son pays, à la suite d’élections démocratiques, et l’on prévoit qu’ils seront rejoints, en avril prochain au Pérou, par Ollanda Humala ainsi que par les candidats à la présidence au Mexique, au Nicaragua et en Équateur, ce qui finira par représenter un nombre impressionnant de chefs d’État qui partagent à l’égard du Big Brother yankee la même profonde aversion. Au point qu’au Venezuela, on parle d’un « axe du bien », avec la Bolivie et Cuba, dans une claire allusion à l’« axe du mal » jadis évoqué par George W. Bush à propos du trio Irak-Iran-Corée du Nord.
À la Maison-Blanche où, depuis...