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Actualités - Opinion

IMPRESSION Beyrouth Dernière ?

Je raconte, pour ceux qui n’auraient pas vu l’émission. C’est un reportage sur Beyrouth mené sous la houlette de Thierry Ardisson. Le principe de Paris Dernière sur la chaîne Paris Première est de montrer les lieux insolites ou underground d’une ville ou d’une région. En nocturne, de préférence. Le soleil, même rare en cette saison, n’intéresse pas les fêtards. Trois ou quatre prototypes sociaux sont mis à contribution pour présenter la ville. Un architecte dont les projets audacieux ont toujours fait couler beaucoup d’encre, un jeune embarrassé de faire le guide dans une ville pas assez intéressante à ses yeux, une mamma palestinienne, une actrice française. Parmi les figurants, un présentateur télé, un propriétaire de boîtes de nuit et une jeune chanteuse à la voix émouvante. Et pour la bonne bouche, une poignée de call-girls est-européennes qui font des choses suant l’ennui avec des sex-toys lumineux. Le décor est triste, mais du balcon, comme la baie semble belle ! La caméra cultive le flou artistique et recherche ostensiblement une impression de vitesse. En une nuit, il lui faudra brûler Beyrouth par les deux bouts. Clair-obscur. On s’aperçoit, magie de la télévision, que nos routes souffrent d’un manque d’éclairage. Le centre-ville quant à lui baigne dans une lumière dorée, chaude et sécurisante, mais apparemment peu fédératrice vu l’aspect désert du lieu. Rue Monnot, le « jeune » vous dira que l’endroit est devenu invivable à cause des « rebeus friqués ». Vous penserez que c’est un peu vache pour les Arabes qui préfèrent dépenser leur argent à Beyrouth plutôt qu’à Londres ou Paris. Ces « rebeus » comme vous et moi avec l’argent en plus, ils ne demandent qu’à vivre notre culture indéfinie dont le seul dénominateur est jusqu’à présent la liberté. Et c’est déjà une bien belle chose que nous avons en stock. Sauf que le jeune vous montrera plus loin, dans l’obscurité d’un parking, des rappeurs qui répètent, transis de froid. Et s’ils répètent là, dit-il, c’est parce qu’ils sont contraints à la clandestinité. Le rap est-il donc si mal vu au Liban ? Vous penserez plutôt que voisins et parents leur ont demandé d’aller faire leurs pvvtsss-boum un peu plus loin, qu’on puisse se concentrer sur les infos. Mais quand on est jeune, c’est si bon de se sentir maudit ! Nous le suivrons à Gemmayzé, là où ça devrait vibrer pour de vrai, loin des « rebeus friqués ». Il vous jouera un très bel accord de guitare sur un texte émouvant, chanté par une compagne à la voix douce. Et vous découvrirez que débarrassé de ses complexes franchouillards, ce jeune homme, qui pourrait être votre frère ou votre fils, en a tout de même dans le ventre. L’architecte aussi vous réserve des surprises. Oui, il a conservé les stigmates de la guerre sur les murs de ce restaurant, mais c’est juste pour le laisser vieillir en paix. N’allez pas croire qu’il cultive ce romantisme-là. Oui, il a construit une boîte de nuit sur un site de massacres, mais voilà, il l’a bien cachée. Oui, il a construit un japonais près d’un squatt de misère, mais avec une façade aveugle pour ne pas troubler les consommateurs à 50 $ le repas. C’est donc contraint et forcé qu’il fait de belles choses pour des gens qui ne pensent qu’à leur plaisir dans un contexte qui ne s’y prête pas. Mea culpa. Longtemps vous avez cru que ces bijoux architecturaux étaient des sortes de vanités, au sens classique. Des écrins de vie pour occulter la mort, des écrins d’oubli dont on ne sort que pour mieux prendre conscience de la fragilité ambiante. Vous êtes forcément déçu. Dans le camp palestinien, l’électricité n’est pas branchée, l’eau arrive à peine, et l’argent rentre par les voies compliquées du marché noir. Les enfants grouillent dans les rues, même en pleine nuit. Voilà plus de quarante ans et trois générations que les Palestiniens vivent dans ce postulat absurde : si l’État libanais leur offrait ses infrastructures publiques, ils perdraient leur statut de réfugiés et leur « droit au retour ». Il n’est pourtant pas loin le jour où il leur faudra pousser les murs. Allez trouver une solution. De complexes en contradictions, la liberté dont nous portons haut la bannière ne nous a pas encore ouvert les deux battants de la sincérité. Quand assumerons-nous ce que nous sommes : des citoyens qui vivent du mieux qu’ils peuvent avec le peu qu’ils ont, au milieu d’un chaudron sans potion magique ? Combien de fois sommes-nous encore autorisés à nous renier ? La grippe aviaire à nos portes emportera bientôt le chant du coq. S’il y a encore quelqu’un pour en rajouter dans la note « les Libanais sont nuls et Beyrouth est une putain », qu’il se dépêche, et qu’on change de registre. Fifi Abou Dib
Je raconte, pour ceux qui n’auraient pas vu l’émission. C’est un reportage sur Beyrouth mené sous la houlette de Thierry Ardisson. Le principe de Paris Dernière sur la chaîne Paris Première est de montrer les lieux insolites ou underground d’une ville ou d’une région. En nocturne, de préférence. Le soleil, même rare en cette saison, n’intéresse pas les fêtards. Trois ou quatre prototypes sociaux sont mis à contribution pour présenter la ville. Un architecte dont les projets audacieux ont toujours fait couler beaucoup d’encre, un jeune embarrassé de faire le guide dans une ville pas assez intéressante à ses yeux, une mamma palestinienne, une actrice française. Parmi les figurants, un présentateur télé, un propriétaire de boîtes de nuit et une jeune chanteuse à la voix émouvante. Et pour la bonne...