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ÉCLAIRAGE Le don d’organe du transfuge

Peu importe pourquoi il a lâché les eaux. Peu importe si son moteur, c’est désormais sa rancœur ou sa boulimie de vengeance, la réaction naturelle d’un mammouth condamné par la Famille à l’inauguration tranquille de tous les chrysanthèmes. Peu importe si c’est sous l’impulsion d’une troïka-maman américano-franco-saoudienne qui lui aurait promis, cerise sur le gâteau, les monts et les merveilles du palais des Mouhajerine. Peu importe si cet homme, finalement, n’est pas le monstre froid, l’architecte méticuleux, amoral et méphistophélique des trente ans d’occupation syrienne ; peu importe s’il a évolué en cours de route, s’il a multiplié ses mea culpa, s’il disait noir tout haut et faisait blanc tout bas ; peu importe si ce qui l’a motivé à dégainer ses bombes nucléaires politiques n’est rien d’autre, tout simplement, que l’adhésion définitive et vieille de quelques décennies à la vision sunnite éclairée du Proche-Orient de Rafic Hariri ; peu importe finalement si Abdel Halim Khaddam a la reconnaissance du ventre. Peu importe le timing choisi par cet homme pour lâcher les eaux. Peu importe s’il a décidé de mitrailler ses révélations comme cadeau de bienvenue à Serge Brammertz, dix jours avant l’intronisation de l’incorruptible Belge en lieu et place de l’Allemand préféré des Libanais, Detlev Mehlis. Peu importe s’il a eu sciemment – ou si on le lui a prêtée – la lumineuse idée d’avoir attendu que Damas exhibe son carré d’As, vende la peau de l’ours et celle de la 1644 avant de les avoir tués, le tout avec cet imbécile sourire des vainqueurs par KO que ses sbires libanais se sont fait une joie de reproduire, pour abattre un hallucinant straight flush, une véritable et massive arme de résurrection. Peu importe la bataille de chiffonniers qui a suivi entre lui et ses ex-siens ; peu importe les lavages et autres essorages de guenilles sales sur la place publique ; peu importe tous les déballages, sans doute intox à partir de Damas et infos de Paris, qui vont centupler dans les prochains jours. Peu importe si Hekmat Chehabi mettra la barre encore plus haut, peu importe le moment qu’il choisira pour vomir à la face du régime syrien quelques-unes de ses autres vérités. Peu importe si, hypothèse éminemment surréelle certes, le très roublard Assef Chawkat aura lui aussi de quoi faire mourir de plaisir la commission internationale (et les Libanais). Peu importe si, en offrant à al-Arabiya le scoop (régional) du siècle, il a dynamité le Baas syrien du dedans. Peu importe, en un mot comme en cent, ce à quoi aboutiront les nains entre eux. Ces mêmes Libanais ont quasiment tous bu à la santé d’Abdel Halim Khaddam le 31 décembre dernier, mais aucun d’entre eux n’oublie d’où il vient, ce qu’il a fait, et dans quelle toile d’araignée, qu’il a contribué à tisser de main de maître, il est devenu ce qu’il est désormais. Et justement, parce qu’il est, éminemment, issu du Sérail baassiste, parce qu’il est, même, une des quelques images-phares de ce Sérail, parce qu’il est au courant de tout, la déposition de Abdel Halim Khaddam ne peut pas ne pas avoir de singulières, de délicieuses répercussions internes. Ici, dans ce Liban que l’homme du moment a reçu en cadeau des mains de son ami défunt, Assad Ier. C’est là que sa déposition spontanée prend toute sa valeur. Les répliques du séisme Khaddam vont sans aucun doute régir le landerneau politique libanais pendant au moins six mois. C’est-à-dire le temps (extensible) imparti à la commission internationale pour blinder son enquête sur l’assassinat de l’ami intime, du mécène de Abdel Halim Khaddam : Rafic Hariri. Comment vont réagir ceux qui n’ont toujours pas admis l’implication multiple de la Syrie dans le crime des crimes, maintenant que la confirmation a été faite, très intelligemment de surcroît, par l’homme qui était au courant de tout ? Comment, d’abord, va réagir ce Hezbollah qui n’en finit plus de ne pas comprendre que sa seule planche de survie, sa seule bouée, c’est du tissu sociopolitique libanais qu’il peut la prendre ; c’est des Libanais eux-mêmes qu’il peut tirer sa force. Le Hezb, dont le silence depuis la confession-testament de l’ancien vice-président syrien est plus qu’assourdissant, peut-il encore continuer à garder ses boules Quiès ? À jouer aux chevaux de Troie pour la Syrie ? Il peut. Mais ce sera définitivement idiot. Ce qui veut dire, sans aucun doute, que le Hezbollah doit demander à ses ministres de réintégrer le gouvernement. Il commencera sans doute par traîner les pieds, mais s’il ne veut pas commettre un suicide en direct, il faudra bien qu’il y aille. Qu’il cesse de vouloir, gratuitement, dynamiter le cabinet Siniora, paralyser la vie politique, enferrer le pays dans la crise. Il lui restera, certes, ses armes. Mais tant qu’elles sont dirigées vers Israël… Comment, ensuite, va réagir Émile Lahoud ? Eh bien, comme d’habitude. En demandant à son bureau de presse de réagir et de répondre. C’est fait – avec toute la mauvaise foi du monde. « Baabda ? Une annexe de troisième zone de l’Assemblée syrienne du peuple », a dit l’incontournable Marwan Hamadé. Et encore, il est resté poli. Quel que soit x, Abdel Halim Khaddam est désormais un transfuge. Le 14 mars va le prendre dans ses bras, sans rechigner. Le 14 mars a le pardon facile, quand il le faut : le Syrien vient d’offrir au Liban un poumon. L’autre est encore en la possession des représentants politiques de la communauté chiite. Ziyad MAKHOUL

Peu importe pourquoi il a lâché les eaux. Peu importe si son moteur, c’est désormais sa rancœur ou sa boulimie de vengeance, la réaction naturelle d’un mammouth condamné par la Famille à l’inauguration tranquille de tous les chrysanthèmes. Peu importe si c’est sous l’impulsion d’une troïka-maman américano-franco-saoudienne qui lui aurait promis, cerise sur le gâteau, les monts et les merveilles du palais des Mouhajerine. Peu importe si cet homme, finalement, n’est pas le monstre froid, l’architecte méticuleux, amoral et méphistophélique des trente ans d’occupation syrienne ; peu importe s’il a évolué en cours de route, s’il a multiplié ses mea culpa, s’il disait noir tout haut et faisait blanc tout bas ; peu importe si ce qui l’a motivé à dégainer ses bombes nucléaires politiques n’est...