Après tout, pourquoi en cette année qui commence, ne pas céder, penché sur sa boule de cristal, à la tentation du petit jeu des prévisions et donner des frissons, ou de fols espoirs, à tous ceux-là qui s’entêtent, contre vents et marées, à croire aux prédictions des pythies ? Même si, pratiqué dans les colonnes d’un journal, l’exercice présente nombre de désagréments majeurs, dont celui de laisser des traces et donc de susciter bien après de sérieux doutes sur cette bien étrange pseudo science qu’est, au même titre que la pataphysique chère au père Jarry, la divination.
Sur le web, les auteurs d’un site s’amusaient l’autre jour à rappeler leurs prévisions pour 2005 et à souligner celles d’entre elles qui se sont avérées inexactes. Des exemples ? L’annonce de l’éclatement de l’Irak en trois États, chiite, sunnite et kurde, l’invasion de la Syrie par les troupes américaines, l’attaque-éclair de l’Iran par l’aviation israélienne. Rien de cela ne s’est produit – pas encore du moins… –, mais avouons que, un moment, tout le monde ou presque a cru à l’imminence de ces cataclysmes. Et pendant que nous y sommes, observons un silence charitable sur tous les événements que personne n’a vu venir et qui n’en auront pas moins marqué les douze mois écoulés.
Pour la période à venir, les regards demeurent braqués sur cet Orient complexe et compliqué où, chaque jour un peu plus, la paix prend des allures d’un inaccessible mirage appelé, il faut le craindre, à le demeurer longtemps encore. À trois semaines d’une consultation populaire palestinienne qui s’annonce cruciale, les cartes restent brouillées, alors que monte dangereusement la grogne contre des chefs historiques accusés de couvrir les pires abus et invités à céder la place à des cadets certes nourris au sérail mais qui piaffent d’impatience en attendant leur tour d’accéder à la manne. Élections aussi en Israël, où la victoire annoncée de Kadima, le nouveau parti de la paix, ne tient qu’à un mince fil, celui du cœur malade de son fondateur, le général Ariel Sharon. L’autre terme de l’alternative est proprement inquiétant, représenté par un retour en force de Benyamin Netanyahu, l’homme par qui tous les malheurs pourraient s’abattre demain sur les Palestiniens et faire dérailler définitivement un processus entré dans une interminable hibernation.
L’entreprise de démocratisation au Proche-Orient se porte plutôt mal, merci. Cet enfant chéri de l’Administration Bush, et de tout ce que l’Amérique compte de néoconservateurs, connaît de sérieux ratés, notamment depuis les performances, en Irak, des brillants stratèges du Pentagone et des réalisations en Égypte de ces parangons des vertus républicaines que sont les maîtres du moment. Voilà deux exemples propres à susciter le désespoir de tous ceux, dans la région, qui ont voulu croire aux miroirs yankees. Ailleurs, les promesses de lendemains qui chantent ne risquent pas de sitôt d’être tenues. Là l’allure de tortue imprimée au mouvement de libéralisation politique est telle que le reste de l’univers pourrait fort bien s’essayer à d’autres voies avant l’arrivée du train arabe. Bien entendu, il y a eu – simple répit ou bouleversement appelé à durer ? – cette bienvenue flambée des cours du pétrole qui a apporté dans le tableau plutôt morose des perspectives d’avenir une nette touche d’optimisme en même temps qu’une relance de projets d’investissement représentant pour la seule Arabie saoudite la somme fabuleuse de 500 milliards de dollars.
Jamais, n’est-ce pas, l’or n’aura été aussi noir, même si, à l’autre bout de la péninsule, on continue à tuer, à détruire et à prendre des otages, pour la plus grande gloire d’une cause en laquelle chacun feint de croire sans trop savoir de quoi elle est faite. El-Qaëda, ou plutôt cette nébuleuse à laquelle il a bien fallu donner un nom, est plus présente et, hélas, plus efficace que jamais, même si Washington se targue d’en avoir éloigné le spectre, mais seulement de son espace. Et la Syrie dans tout cela ? Ballotté entre révélations embarrassantes, pressions internationales et immobilisme annonciateur du pire, le régime n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut au temps de Hafez el-Assad, incapable même, KO debout, du moindre soubresaut.
Petite précision qui a son importance : il ne s’agit, dans ce rapide tour d’horizon, que du monde arabe. Que l’on n’aille pas croire surtout qu’ailleurs, l’herbe est plus tendre, le ciel plus serein, les réveils plus glorieux. Jetez un coup d’œil de l’autre côté des océans et vous verrez que les autres peuples ne sont pas logés à meilleure enseigne. Pour autant, la terre cessera-t-elle de tourner, l’espèce humaine à croître et à se multiplier ?
À l’image de Prévert qui conseillait de faire semblant d’être heureux, pour l’exemple, faisons comme si….
Christian MERVILLE
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Sur le web, les auteurs d’un site s’amusaient l’autre jour à rappeler leurs prévisions pour 2005 et à souligner celles d’entre elles qui se sont avérées inexactes. Des exemples ? L’annonce de l’éclatement de l’Irak en...