Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Salut, l’ancêtre !

Le dinosaure souriant et replet de la mondialisation, c’est incontestablement lui, et pas seulement à cause de sa longue barbe blanche. Depuis bien longtemps, le Père Noël a transcendé les cultures et les croyances, promenant tous les ans son attelage de rennes aux quatre coins de la planète. Le sapin chargé d’étoiles et de boules rouges ou dorées a fait son entrée dans les foyers les plus divers ; et par-delà les querelles des hommes, c’est une même, belle et innocente enfance qui s’apprête à accueillir, le cœur battant, la manne de présents qu’apporte, dans sa hotte, le sémillant vieillard. On ne sait trop où et comment a débuté la belle histoire, mais j’aime à croire que c’est au Liban, pays de coexistence et d’échanges : ce qui en fait précisément, hélas, la cible de prédilection des manipulations et subversions étrangères. C’est ici-même en effet que se marient librement le tintement des cloches et le chant du muezzin, que les familles partagent aussi bien un iftar de Ramadan qu’un repas de Noël ou de Pâques. Prends donc un peu de ma bûche et donne-moi de ton kellaj, c’est magnifique. Mieux, c’est contagieux. Dans notre édition de mercredi, on pouvait découvrir la frénésie de célébrations, de décorations et d’achats qui s’est emparée ces jours-ci de la cosmopolite et stupéfiante cité de Dubaï. Côtoyant les skieurs sur les blancheurs glaciales s’étalant sous une immense verrière en plein désert, pingouins mécaniques et sapins illuminés viennent d’inaugurer en réalité une festive tradition. Au centre culturel d’Abou Dhabi, vient d’être donnée – du jamais vu – une pièce d’inspiration catholique, et les émirats du Qatar et du Koweït font actuellement bâtir des églises, au risque de mécontenter parfois certaines âmes chagrines. Par une amère ironie, c’est chez nous cette fois que le Père Noël rase les murs car le cœur n’y est pas, même si les enfants, rois de la fête, ne peuvent seulement s’en douter. Après les voitures ou convois des hommes libres, c’est le traîneau de la fête que l’on a en quelque sorte piégé : pour faire expier aux Libanais le printemps de Beyrouth, c’est un Noël de tristesse, de deuil et d’anxiété que se seront acharnées à leur réserver les forces du mal en effet. Un Noël de guerre, pour tout dire : guerre politique, menée tantôt à découvert et tantôt par procuration ; guerre terroriste, plus sale encore que la militaire, et dont la dernière victime en date était le député et journaliste Gebran Tuéni ; guerre économique, comme en témoignent tous ces magasins illuminés mais déserts ; guerre psychologique enfin, peut-être la plus vicieuse de toutes car pour les peuples, c’est une forme de mort qu’est le désespoir. Pour toutes ces raisons, et loin de toute considération proprement religieuse, la joie perdue, l’allégresse que nous ont volée les criminels ne doit pas faire oublier la symbolique de la Nativité. Car à plus d’un titre, c’est un Liban nouveau qu’a vu naître l’année qui s’achève : un Liban arraisonné, avalé, en voie d’être digéré et qui a miraculeusement retrouvé, en même temps que son identité et son âme, sa place dans le concert des nations. Comme le veut une cruelle nature, cet enfantement s’est fait dans la douleur, même si est venue se mêler à celle-ci l’exaltation de l’indépendance. Et il continue de se faire dans la douleur, car les bonnes fées ne sont pas seules à entourer le berceau. Reste la réconfortante constatation qu’un processus absolument irréversible a été enclenché, même si de nouvelles tragédies peuvent encore endeuiller les Libanais. Après tout, les pays ne peuvent être assassinés deux fois. C’est ce message que nous laissent ceux qui ont héroïquement payé le prix exorbitant de la liberté.

Le dinosaure souriant et replet de la mondialisation, c’est incontestablement lui, et pas seulement à cause de sa longue barbe blanche. Depuis bien longtemps, le Père Noël a transcendé les cultures et les croyances, promenant tous les ans son attelage de rennes aux quatre coins de la planète. Le sapin chargé d’étoiles et de boules rouges ou dorées a fait son entrée dans les foyers les plus divers ; et par-delà les querelles des hommes, c’est une même, belle et innocente enfance qui s’apprête à accueillir, le cœur battant, la manne de présents qu’apporte, dans sa hotte, le sémillant vieillard.
On ne sait trop où et comment a débuté la belle histoire, mais j’aime à croire que c’est au Liban, pays de coexistence et d’échanges : ce qui en fait précisément, hélas, la cible de prédilection des...