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Actualités - Opinion

Pour le fond, c’est le pacte de Taëf qui est attaqué

Taëf, les Syriens l’ont allégrement foulé aux pieds quinze ans durant. Il ne leur convenait pas du tout. Et, au vu de la ligne suivie par leurs fidèles aujourd’hui, ils ne s’y font toujours pas. Marwan Hamadé révèle qu’il avait voulu, une fois, instiller dans la déclaration ministérielle en préparation une clause enjoignant le strict respect du pacte, dans sa lettre comme dans son esprit. Rafic Hariri s’était récrié que les « frères » ne voulaient pas en entendre parler. Ajoutant en substance, selon le ministre : « Vous voulez qu’ils nous liquident ? » La confrontation politique s’intensifie entre la majorité et la minorité. Principalement menée par une force sunnite (le Bloc du futur) et par la fraction chiite représentée par le tandem Amal-Hezbollah. Qui a mis ses ministres sur la touche, preuve, s’il en fallait, de l’intensité du clivage. Cela pour limiter la marge d’action ou le monopole de la majorité. Ce qui conforte l’impression que le régime démocratique parlementaire s’est transformé, après les législatives, en un système fédéraliste communautaire. Ainsi, le duo chiite exige un droit absolu de veto, donc de blocage, par la suppression du recours au vote en Conseil des ministres, en cas de désaccord. C’est là que, comme le relèvent nombre de parties, l’on touche à Taëf comme à la Constitution qui en découle. Et dont l’article 65, alinéa 5, stipule que les résolutions sont prises à l’amiable et, au cas où cela s’avérerait impossible, par vote à la majorité simple. Ou à la majorité des deux tiers pour les sujets fondamentaux, au nombre de 14, qui sont énumérés (guerre ou paix, mobilisation, traités, nominations, etc.). Bien entendu, une éventuelle requête au Conseil de sécurité n’est pas incluse sur cette liste. Mais de toute façon, il y avait en Conseil des ministres plus des deux tiers (car les chiites ne sont que cinq sur trente) pour approuver la démarche. Force est donc de constater que les prosyriens (pas tous cependant) visent le remplacement de Taëf. Par un système réservant à chaque communauté un droit de veto. Et de paralysie. Ce qui compenserait, dans l’esprit de division propre à la tutelle évanouie, le départ des Syriens. Le bloc chiite tente, de plus, d’obtenir des garanties pour préserver ses intérêts. Le boycott Un ancien ministre rappelle qu’en 1992, le duo chiite avait adopté une tout autre attitude. À l’époque, il y avait eu un rejet élargi d’une loi électorale manifestement inique, édictée par les tuteurs. Le refus comprenait des pôles musulmans comme Tammam Salam, mais il était animé par le camp chrétien rassemblé autour de Bkerké. Cependant, les décideurs syriens contrôlaient alors la majorité ministérielle et parlementaire. Ce qui avait abouti à l’adoption du texte, avec le soutien d’Amal et du Hezbollah. Le tandem faisait valoir qu’il fallait respecter la volonté de la majorité. Le cinglant désaveu populaire du diktat syrien ne tardant pas à suivre, avec un boycottage des urnes à 86 %. Répétition en 96 et en 2000, sauf que la contestation s’était alors limitée à une partie des chrétiens. En tout cas, les deux lois électorales en question éliminaient la présence politique chrétienne tout autant, et même plus, qu’en 1992. Pour les chiites, pour les sunnites aussi d’ailleurs, à l’époque, il était hors de question de reconnaître au camp chrétien un quelconque droit de veto. Ils étaient délibérément marginalisés, le général Aoun se trouvant en exil et le Dr Geagea en prison. Même des pôles chrétiens cooptés par le système, comme feu Élie Hobeika ou Élie Ferzli, protestaient à l’occasion contre la mise sur la touche d’une composante essentielle du pays. La règle du consensus était alors défendue par les leaderships chrétiens. Ils n’en démordent d’ailleurs pas. Dans ce sens qu’attachés à Taëf, ils soulignent qu’avant tout il faut rechercher un accord à l’amiable. Mais relèvent ensuite, comme le fait la Constitution, que si cela est impossible, il faut bien qu’une décision soit prise. Par vote démocratique. Surtout quand il y a urgence : pour la demande de cour à caractère international, il fallait statuer tour de suite ; parce que le Conseil de sécurité de l’ONU allait se réunir dans les heures qui suivaient. De plus, est-il besoin de le rappeler, à l’époque, le plaidoyer pour l’entente interlibanaise avant tout était l’une des formes de lutte contre l’hégémonie et l’immixtionnisme syriens. Le message était clair : restons donc entre Libanais et causons. Mais, bien entendu, la domination était telle que toute tentative de rapprochement avec la fraction chrétienne de la part des pôles musulmans était prohibée, sanctionnée même, par les Syriens. Équilibre Tout est dans le juste milieu et dans le fair-play : il faut l’entente, et Bkerké n’a jamais cessé d’y appeler, mais il faut aussi la décision. Quand d’aventure on ne peut éviter de recourir au vote, il est nécessaire que les perdants en acceptent de bonne grâce les résultats, sans bouder. D’autant qu’on se retrouve avec une crise où tous les coups sont permis, ce qui met le pays en danger de déstabilisation. On voit ainsi des cadres qui affirment en substance, pour rendre au tandem chiite la monnaie de sa pièce : « Si Amal et le Hezbollah veulent discuter d’un domaine qui ne leur appartient pas, alors parlons aussi, tout de suite, du rôle de la Résistance et de l’armement… » Bref, c’est l’escalade. Sans aller aussi loin, Walid Joumblatt, défenseur reconnu de la Résistance, proclame qu’il reste avec elle pour la libération de Chebaa et des prisonniers libanais en Israël. Mais qu’il n’est pas avec toute autre initiative de sa part. Il laisse clairement entendre qu’il est certes avec la libanité de la Résistance, mais pas du tout avec une Résistance syrianisée ou iranisée, si l’on peut dire. Il rejette toute dimension extérieure. Et c’est une position bien bouclée, puisque ainsi le leader progressiste réfute les accusations de faire le jeu des Américains ou d’accepter une tutelle occidentale. Mais le point de rupture n’est, heureusement, pas atteint. Des tractations se poursuivent dans les coulisses, et les propositions de dialogue fusent de toutes parts. Les contacts sont maintenus avec le tandem chiite, dont les ministres d’ailleurs atténuent leur retrait du Conseil, en assurant l’horaire quotidien. On attend en outre de voir ce que vont donner les efforts de rapprochement et de conciliation de Nabih Berry, comme d’autres. Le problème au fond réside dans l’unipolarité communautaire politique. Elle n’existe pas chez les chrétiens, dont les pôles se retrouvent dans des horizons différents, englobant sunnites, druzes et chiites. Par contre, la décision communautaire est pratiquement monopolisée chez les musulmans, aussi bien chez les sunnites et les druzes que chez les chiites, chez qui ce phénomène reste le plus en évidence. Au point qu’ils veulent larguer Taëf. Philippe ABI-AKL
Taëf, les Syriens l’ont allégrement foulé aux pieds quinze ans durant. Il ne leur convenait pas du tout. Et, au vu de la ligne suivie par leurs fidèles aujourd’hui, ils ne s’y font toujours pas. Marwan Hamadé révèle qu’il avait voulu, une fois, instiller dans la déclaration ministérielle en préparation une clause enjoignant le strict respect du pacte, dans sa lettre comme dans son esprit. Rafic Hariri s’était récrié que les « frères » ne voulaient pas en entendre parler. Ajoutant en substance, selon le ministre : « Vous voulez qu’ils nous liquident ? »
La confrontation politique s’intensifie entre la majorité et la minorité. Principalement menée par une force sunnite (le Bloc du futur) et par la fraction chiite représentée par le tandem Amal-Hezbollah. Qui a mis ses ministres sur la touche, preuve,...