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EN DENTS DE SCIE Le choix des (l)armes

Cinquantième semaine de 2005. Petite fille du soleil, les yeux secs d’avoir tout pleuré, le cœur en écharpe, la rage et la maturité immenses dans ses poings serrés, le serment du père en boucle sur ses lèvres, les gènes du père comme canon nucléaire, toute la détermination du monde crachée aux tympans et aux rétines des assassins, les mêmes, tellement les mêmes depuis le 14/9/82. Nayla Tuéni est entrée en résistance, avec elles toutes les filles et les fils de martyrs, avec elle ces centaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont pleuré son amoureux du Liban de père. Cinquantième semaine de 2005. Ex-Société des Nations et ex-machin devenue désormais ce ballon d’oxygène auquel les Libanais s’agrippent comme des noyés à leur bouée, l’ONU a pondu avant-hier, dans l’urgence, dans la précipitation, la petite sœur des 1559, 1595, 1614 et 1636. Une pseudo-jumelle un peu bâtarde, un peu déformée, un peu blafarde, à peine née déjà grippée, le nez qui coule, tellement chétive comparée aux espoirs de ces millions de résistants dont les seules armes, pour l’instant, sont leurs larmes. Et pourtant… c’est cette infortunée 1644 qui porte en elle de quoi apaiser la scène locale libanaise. Plus encore : c’est cette résolution qui a toutes les chances de fermer la gueule de ces gens qui se complaisent depuis des années dans leurs fatigantes, leurs lassantes critiques des résolutions onusiennes, leurs litanies des deux poids, deux mesures. Pauvre Russie, réduite, pour jouer de ses rachitiques biceps face à l’Administration Bush, à fouler le Liban aux pieds : son hostilité aura quand même servi à quelque chose. En attendant que la salutaire prophétie de Jean-Marc de La Sablière se réalise enfin. Cinquantième semaine de 2005. « Ce n’est pas à chaque fois qu’un chien meurt au Liban qu’il va falloir former une commission d’enquête internationale. » On savait la Syrie au bord de l’abîme. On savait le régime syrien, nourri depuis des décennies de Stasi et de KGB jusqu’à la moelle, capable des pires atrocités ; on se disait que ses dirigeants pouvaient, peut-être, ne pas être au courant. On savait que la Famille régnante et ses sbires affectionnent par-dessus tout ces phrases-chocs qu’ils pensaient être aussi efficaces que des tonnes de TNT, que des armes de destruction massive, ces opposez-vous-à-moi-et-je-casse-le-Liban-au-dessus-de-vos-têtes. Il ne restait plus au monde qu’à confirmer un doute : que ce régime séropositif est réellement un danger pour tous. Fayçal Mekdad l’a fait, de la façon la plus claire, la plus vite possible. Rien que pour cela, il mérite de vivre. Que ses collègues ambassadeurs à l’ONU fassent le reste. Cinquantième semaine de 2005. Cette semaine, le Liban entier a fini par devenir des Nayla Tuéni, des Rima Haoui, des Mayssa Kassir, des Saad Hariri, des Rayan Fleyhane, des Mazen Khaled, des Michel Moawad, des Walid Joumblatt, des Nadim Gemayel, des centaines d’autres, et, mille fois et, des Hady Nasrallah. Tout le monde l’a compris, tout le monde est entré en double et nécessaire résistance, tout le monde, sauf le Hezbollah. Cette semaine, le Hezbollah l’a joué solo, l’a joué sale, l’a joué serial loser. Prisonnier de son Liban fantôme, prisonnier de son passé, prisonnier de ses peurs, de ses pères, le parti de Hassan Nasrallah a tout, pourtant, pour se rassurer, pour baisser les armes. Ou les partager. Ziyad MAKHOUL

Cinquantième semaine de 2005.
Petite fille du soleil, les yeux secs d’avoir tout pleuré, le cœur en écharpe, la rage et la maturité immenses dans ses poings serrés, le serment du père en boucle sur ses lèvres, les gènes du père comme canon nucléaire, toute la détermination du monde crachée aux tympans et aux rétines des assassins, les mêmes, tellement les mêmes depuis le 14/9/82. Nayla Tuéni est entrée en résistance, avec elles toutes les filles et les fils de martyrs, avec elle ces centaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont pleuré son amoureux du Liban de père.
Cinquantième semaine de 2005.
Ex-Société des Nations et ex-machin devenue désormais ce ballon d’oxygène auquel les Libanais s’agrippent comme des noyés à leur bouée, l’ONU a pondu avant-hier, dans l’urgence, dans la...