Comme le 28 février dernier, lors de la fameuse réunion parlementaire qui avait fait chuter le cabinet Karamé, Marwan Hamadé a prononcé hier une allocution durant la séance parlementaire, qui restera dans les mémoires. Rarement on aura vu une improvisation aussi puissante, intense et grave, à la fois cri de rage et de détermination, mais sous le signe de la force tranquille. Si bien que le ministre des Télécommunications, qui avait pris place avec ses collègues du gouvernement, a eu droit à une standing ovation émouvante de la part de la quasi-totalité de l’hémicycle.
Voici le texte intégral de l’intervention de M. Hamadé au Parlement :
« Je me suis permis de prendre brièvement congé du cortège funèbre de Gebran, de prendre congé de l’infinie tristesse après le départ du dernier des trois enfants de Nadia et Ghassan, pour revenir à l’institution-mère, au Parlement, et remercier le président de la Chambre et les députés, personnellement, au nom de la famille, au nom du peuple de Beyrouth qui a élu Gebran, et au nom des foules libanaises qui se sont retrouvées lors de l’intifada de l’indépendance.
« M. le président de la Chambre, vous étiez très ouvert le jour où je me suis tenu à cette tribune, après l’assassinat du président-martyr Rafic Hariri, pour m’adresser au gouvernement de collaborateurs de l’époque, au ministre de la Justice et au ministre de l’Intérieur, que je n’innocente absolument pas d’avoir encouragé, exécuté et parrainé ce crime. Au moment où je m’exprimais, Gebran, de la tribune de la place des Martyrs, appelait les foules à l’unité nationale au nom du Liban magnifique.
« J’ai uniquement quelques questions courtes, télégraphiques, à adresser à la Chambre qui représente aujourd’hui la véritable légitimité au Liban, parce qu’au sommet de la hiérarchie, il n’y a plus de légitimité depuis la prorogation funeste, qui nous a été imposée par le régime despotique de Damas.
« Je pose la question à Mme Solange Gemayel : attend-elle la commission d’enquête pour savoir qui a tué son mari ? Mme Nayla Moawad espère-t-elle avoir une réponse de la commission d’enquête alors qu’elle sait qui a tué son mari ? Mme Bahia Hariri attend-elle les commissions et les tribunaux pour savoir qui a tué Rafic Hariri et Bassel Fleyhane ? Élias Atallah a-t-il des doutes sur l’identité des assassins de Samir Kassir et de Georges Haoui ? Je demande aux députés des Forces libanaises, du bloc du général Aoun : ont-ils des doutes sur l’identité de ceux qui ont piégé la voiture de May Chidiac ? Je veux poser la question à Son Excellence Michel Murr, qui a quitté la salle depuis peu : ne sait-il pas qui a piégé la voiture de son fils Élias ? Demandez aux députés de Beyrouth, qui entouraient Gebran Tuéni : ne savent-ils pas qui a assassiné le mufti Hassan Khaled ? Quant à nous, députés du Parti socialiste progressiste et du Rassemblement démocratique : n’avons-nous pas un dossier exhaustif révélant dans les détails qui a assassiné le moallem-martyr, Kamal Joumblatt ?
« J’évoque tout cela, et je pleure avec nos frères, les résistants du Hezbollah. Je pleure Hady (Nasrallah) et ses compagnons. Mais nous savions à l’époque que l’ennemi, notre seul ennemi, est Israël. Israël qui reste toujours notre ennemi. Je me demande cependant comment nous pouvons nous taire face à un régime despotique qui agresse le Liban dans ses efforts vers l’indépendance, la souveraineté et les relations privilégiées… Comment nous taire devant tout cela ? Je pose même la question à votre bloc, M. le président : ne nous sommes-nous pas posé la question suivante un jour : le groupe des pays dits progressistes n’est-il pas impliqué sous une forme quelconque dans l’enlèvement de l’imam Moussa Sadr ? Pourquoi n’y a-t-il jamais eu d’efforts sérieux durant toute la période de la tutelle pour faire la lumière sur le sort de l’imam ?
« J’évoque tout cela, M. le président, avant de remercier à nouveau tous les collègues, à commencer par vous qui êtes à la tête du pouvoir législatif, auquel nous sommes fiers d’appartenir, et auquel Gebran, Dieu ait son âme, souhaitait adhérer. Il est entré dans l’hémicycle et n’en est plus jamais sorti. Son siège restera, comme ceux de Kamal Joumblatt et de René Moawad, comme les “sièges” aussi de Béchir Gemayel, de l’imam et du mufti, ainsi que ceux des résistants honorables comme Georges Haoui et Samir Kassir, et celui de May Chidiac sauvée par la volonté divine qui, hélas, ne lui a laissé qu’un demi-siège…
« Sommes-nous censés oublier tout cela, nous taire, nous murer dans le silence et assurer une couverture aux criminels ? Jusqu’à quand allons-nous nous taire ? Jusqu’à quand allons-nous subir les contre-attaques, notamment sur Internet et à travers des journaux stipendiés à Damas, dont nous connaissons fort bien la nature. Nous savons de qui ces journaux reçoivent leurs ordres. Ils prédisaient que le“ jour” (an-Nahar) se transformerait en ténèbres.
« Cependant, M. le président, les ténèbres seront le sort de ceux qui sévissent dans les repères des services de renseignements. Leur règne et leur régime ne dureront pas longtemps et leurs jours sont comptés. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Comme le 28 février dernier, lors de la fameuse réunion parlementaire qui avait fait chuter le cabinet Karamé, Marwan Hamadé a prononcé hier une allocution durant la séance parlementaire, qui restera dans les mémoires. Rarement on aura vu une improvisation aussi puissante, intense et grave, à la fois cri de rage et de détermination, mais sous le signe de la force tranquille. Si bien que le ministre des Télécommunications, qui avait pris place avec ses collègues du gouvernement, a eu droit à une standing ovation émouvante de la part de la quasi-totalité de l’hémicycle.
Voici le texte intégral de l’intervention de M. Hamadé au Parlement :
« Je me suis permis de prendre brièvement congé du cortège funèbre de Gebran, de prendre congé de l’infinie tristesse après le départ du dernier des trois enfants de...