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Actualités - Opinion

Le rejet syrien du tracé des frontières confirme de vieilles convoitises

Un indéracinable complexe de propriétaire, de surcroît frustré. Le discours outrageant du président Assad s’inscrit dans la ligne de l’histoire : la Syrie a toujours montré qu’elle ne veut pas d’un État libanais libre, indépendant. Dès qu’il échappe à sa tutelle, elle l’accuse de se soumettre à une autre. Son président du Conseil étant alors traité d’« esclave aux ordres d’un esclave aux ordres… », par allusion à son chef de file politique. Aussitôt le Liban dégagé de ses chaînes, la Syrie le classe pratiquement en ennemi puisqu’elle affirme qu’il se transforme en atelier de fabrication des complots tramés contre elle. Alors que, déjà, dans la toute première déclaration ministérielle libanaise de l’indépendance, sous Riad Solh, ce pays avait précisé que jamais il ne permettrait ou ne favoriserait des actions hostiles à sa voisine. Mais Damas a toujours mis en doute ces assurances. Après le discours d’Assad, les Libanais, du moins ceux qui se sentent Libanais, comprennent encore mieux pourquoi Damas ne veut pas entendre parler d’un tracé des frontières. Ni, dans le même sens, d’établissements de relations diplomatiques. À ce propos, Fouad Turk rappelle qu’en 72, Khaddam et Abouhamad avaient signé un protocole d’ouverture réciproque de bureaux à Damas et à Beyrouth. Bien que ces permanences n’aient pas de caractère diplomatique mais économique, la Syrie ne s’était pas exécutée. Elle ne veut pas entendre parler, non plus, aujourd’hui de désarmement de « ses » Palestiniens hors des camps. La persistance des visées syriennes se trouve confortée par les cartes, localement assez fortes, que Damas détient encore au Liban. Certes, le régime qu’elle a mis, puis remis, en place se trouve affaibli. Mais elle peut encore compter sur Amal et sur le Hezbollah qui, au titre d’une gratitude soulignée par Nasrallah, ne lui ménage pas son appui. Il a ainsi mis en doute la crédibilité et l’impartialité de la mission Mehlis. Il s’est dressé contre d’éventuelles sanctions frappant la Syrie. Et, politiquement, il la soutient en critiquant sans cesse Siniora, l’accusant de pousser à la roue pour l’application de la 1559. Lui reprochant d’avoir fait appel au FBI. Et affirmant même que la double demande de tracé des frontières et de la fermeture des bases palestiniennes hors des camps constitue une provocation, un coup porté à la Syrie. Pour son compte plus direct, le Hezbollah estime que le tracé des frontières, en incluant probablement Chebaa, le priverait à lui d’un atout maître, de sa principale justification de rester armé. Il convient de signaler qu’avant le discours, nombre d’alliés de la Syrie se sont rendus à Damas. Où on les a encouragés, selon des sources concordantes, à lutter fermement. Notamment au sujet du maintien du régime, symbole de résistance, pour ce camp. On leur aurait en outre indiqué qu’il faut se préparer, parallèlement à la Syrie elle-même, à passer de la défensive à la confrontation, à la faveur de développements favorables aux positions syriennes. Qui évoluent donc vers le durcissement. À preuve qu’en mai dernier encore, alors que cela ne serait plus imaginable aujourd’hui, la Syrie ne rejetait pas le principe d’un tracé des frontières. En effet, le 9 mai, une réunion avait groupé le général libanais Saleh Hajj Sleiman et le général syrien Adib Ali Kassem. Le procès-verbal de la rencontre précise qu’elle avait pour objectif de former une commission pour vérifier la localisation de forces syriennes à l’intérieur des frontières libanaises à Deir el-Achaër. Le texte ajoute que les indications des cartes topographiques des deux pays diffèrent. Et qu’il faut donc rétablir les commissions techniques mixtes antérieures, comprenant des experts ainsi que des représentants des AE et de la Justice des deux pays. Afin, conclut clairement la note conjointe, « de tracer les frontières d’une manière définitive ». Mais en mai, Damas n’était pas encore aux abois. Émile KHOURY

Un indéracinable complexe de propriétaire, de surcroît frustré. Le discours outrageant du président Assad s’inscrit dans la ligne de l’histoire : la Syrie a toujours montré qu’elle ne veut pas d’un État libanais libre, indépendant. Dès qu’il échappe à sa tutelle, elle l’accuse de se soumettre à une autre. Son président du Conseil étant alors traité d’« esclave aux ordres d’un esclave aux ordres… », par allusion à son chef de file politique. Aussitôt le Liban dégagé de ses chaînes, la Syrie le classe pratiquement en ennemi puisqu’elle affirme qu’il se transforme en atelier de fabrication des complots tramés contre elle. Alors que, déjà, dans la toute première déclaration ministérielle libanaise de l’indépendance, sous Riad Solh, ce pays avait précisé que jamais il ne permettrait ou...