L’idée d’un colloque chrétien à Bkerké pour discuter de la présidentielle, tenter de s’entendre sur un nom ou sur des critères sélectifs, est abandonnée. Mais des tractations ont lieu entre les pôles chrétiens, en vue de pourparlers ultérieurs avec les leaders musulmans. Le but étant toujours d’établir une liste de présidentiables qui soient à la hauteur. Le coup d’envoi de ces concertations a été donné lors de la rencontre Gemayel-Geagea.
Le patriarche Sfeir n’entre pas dans le jeu des noms. Il ne peut, en tant que père de la communauté, préférer un maronite à un autre. Mais, en tant que recours national, il pose quand même des conditions, qui sont d’ailleurs des plus normales. Il veut un président qui soit agréé par tous les Libanais, musulmans et chrétiens. Qui soit expérimenté, cultivé, de haute moralité, modéré, attaché aux constantes nationales, son passé plaidant pour lui. Car on connaît un arbre d’après ses fruits, un produit de qualité n’ayant pas besoin de réclame. Pour tout dire, le prélat souhaite que l’on ne retienne que la crème de l’élite, en regard évidemment des capacités de servir le pays. Et, tout compte fait, il n’y aurait que trois ou quatre noms pouvant vraiment faire l’affaire.
Cependant, le tri suscite nombre de questions :
– D’abord, qui sont les leaders habilités à poser les termes des qualifications, et sur quelle base devraient-ils opérer ?
– Ensuite, les candidats écartés de la sélection, accepteraient-ils de s’incliner ? Ne voudraient-ils pas, possédant de consistants moyens, poursuivre la bataille et fausser le jeu ?
– Qu’est-ce qui empêcherait, le cas échéant, la majorité parlementaire de voter en dehors de la liste de noms suggérée ? Plus précisément, qu’est-ce qui l’empêcherait de ne pas opter pour un président capable, mais pour un président faible, que Bkerké n’approuverait pas. Un président non représentatif, assujetti, avantageant les pôles de cette majorité, qui pourraient contrôler la présidence de la République.
En tout cas, il est facile de prévoir que les postulants du deuxième rang n’admettront pas le principe d’une sélection limitée au premier rang. Ils ne manqueraient pas d’affirmer que la formule est antidémocratique et discriminatoire, limitant abusivement l’électeur.
Pour contourner cet obstacle, certains stratèges s’emploient dès maintenant à convaincre les chefs des principaux blocs parlementaires. Pour que la sélection, limitée à trois ou quatre noms de valeur établie, se fasse au sein même de la Chambre, après entente. Ce qui éviterait qu’on ne se rabatte, en cas de désaccord, sur un candidat hors liste de compromis qui n’offrirait pas les garanties de solidité requises. Et qui lui-même, à bien y regarder, se trouverait de suite en butte à de notables difficultés, dans la mesure où il ne serait agréé ni par les instances ni par la population. Sans compter que les chrétiens, si longtemps marginalisés, privés de représentation effective, se retrouveraient de nouveau sur la touche.
Émile KHOURY
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