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Actualités - Opinion

LE POINT Les malheurs de W

« Merci mon Dieu pour cette occasion de sortir de Washington… » Puis George W. Bush s’embarqua à bord de l’avion Air Force One pour s’en aller à Norfolk prêcher la bonne parole aux ouailles virginiennes et plaider la cause de son combat contre le terrorisme. Non décidément, rien n’indique que l’intéressé souffre du syndrome du second mandat, ce mal qui a frappé, depuis 1789, treize des 19 présidents réélus. Pourtant, nul n’osera prétendre que les deux semaines écoulées n’ont pas été les plus éprouvantes depuis la réélection triomphale de novembre 2004. Il y a eu tout d’abord le scandale Tom DeLay, leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, reconnu coupable dans une nauséabonde affaire de blanchiment d’argent. Il y a eu ensuite le coup de tonnerre dans le firmament ouaté de Washington, causé par cette pauvre Harriet Miers dont nul, mis à part son protecteur, ne voulait et qui a fini par renoncer à briguer le poste de juge à la Cour suprême demeuré vacant après le départ de Sandra Day O’Connor. Et soudain, l’épilogue tant attendu du Plamegate dans lequel plus d’un représentant de l’actuelle Administration risque de laisser des plumes. Tout cela un an à peine après un second mandat obtenu sans coup férir Le président demeurant, pour l’heure à tout le moins, à l’abri des éclaboussures de ces multiples scandales, toute la question est de savoir à quel niveau se situe la responsabilité première. L’opinion publique a été aiguillée sur une mauvaise piste et tout le monde sait que dans cette Amérique de toutes les fausses pudeurs – où le maître mot, en politique surtout, est « Don’t get caught » -, mentir à l’électeur équivaut au péché contre le Saint-Esprit. Petit rappel des faits : entre janvier et juillet 2003, I. Lewis « Scooter » Libby, chef du cabinet du vice-président Dick Cheney, a l’occasion de s’entretenir avec trois journalistes, dûment convoqués par lui. Il s’agit de Tim Russert, de la chaîne de télévision ABC, Matt Cooper, de l’hebdomadaire Time, et de Judith Miller, journaliste au quotidien The New York Times », auxquels il révèle la profession de Valerie Plame, épouse de l’ancien diplomate Joseph Wilson et employée à la Central Intelligence Agency. Pourquoi une telle fuite calculée ? C’est que, chargé par cette vénérable institution d’enquêter au Niger – grand producteur d’uranium et pays où il avait été en poste – sur l’acquisition par l’Irak de Saddam Hussein de combustible pour son prétendu armement nucléaire, l’intéressé avait présenté un rapport négatif et publié dans la presse, notamment le 6 juillet 2003, des articles dans lesquels il soutenait (l’avenir devait lui donner raison) que le département d’État aussi bien que le Pentagone s’étaient appuyés sur de faux rapports des services secrets pour justifier la guerre contre l’Irak. Celui que, dans la capitale fédérale, on surnomme le « Cheney’s Cheney » avait donc réagi par vil esprit de vengeance et se retrouve aujourd’hui sous la menace d’une peine d’au moins dix ans de prison. Le plus grave, c’est que la justice pourrait exiger d’entendre Karl Rove, le plus proche collaborateur du chef de l’Exécutif, qui serait le véritable cerveau de cette machination. Du coup, ce ne serait plus seulement le numéro 2 mais aussi, quoique indirectement, le numéro un lui-même de la pyramide étatique qui serait atteint, alors qu’entre lui et le clan des néoconservateurs, le fossé ne cesse de s’élargir ces derniers temps. C’est probablement pour éviter de voir se concrétiser un divorce qui serait désastreux pour le Parti républicain à quelques mois des « mid-term elections » qu’un homme de droite, Samuel Alito, vient d’être choisi pour remplacer une Harriet Miers jugée trop tiède par la droite radicale. Quitte à voir la plus haute autorité judiciaire du pays basculer dans le camp des ennemis de l’avortement et s’attirer les foudres du tout-puissant électorat féminin. Les durs du Grand Old Party ne désarment pas pour autant. L’un de leurs plus éminents représentants, Bruce Bartlett, a bien choisi son moment pour publier un livre au titre particulièrement éloquent : How George W. Bush bankrupted America and betrayed the Reagan legacy. L’auteur avait été, il y a vingt-cinq ans, l’un des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche de l’ère Reagan puis sous-secrétaire au Trésor, il y a quinze ans, sous Bush père. Son argumentation embarrassée traduit assez bien les sentiments mitigés qu’inspirent aux siens les slaloms du successeur de Bill Clinton. Libby parti, en attendant de croupir en prison, son supérieur direct considérablement affaibli et donc neutralisé, Rove en instance de départ : voilà une triple occasion en or de voir la présidence amorcer un net virage, sinon à gauche – pensez donc ! –, à tout le moins vers ce centre, émanation d’un pouvoir réellement fort, en Amérique comme partout ailleurs. Christian MERVILLE
« Merci mon Dieu pour cette occasion de sortir de Washington… » Puis George W. Bush s’embarqua à bord de l’avion Air Force One pour s’en aller à Norfolk prêcher la bonne parole aux ouailles virginiennes et plaider la cause de son combat contre le terrorisme. Non décidément, rien n’indique que l’intéressé souffre du syndrome du second mandat, ce mal qui a frappé, depuis 1789, treize des 19 présidents réélus. Pourtant, nul n’osera prétendre que les deux semaines écoulées n’ont pas été les plus éprouvantes depuis la réélection triomphale de novembre 2004. Il y a eu tout d’abord le scandale Tom DeLay, leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, reconnu coupable dans une nauséabonde affaire de blanchiment d’argent. Il y a eu ensuite le coup de tonnerre dans le firmament...