général Michel Aoun,
Quelle ne fut ma surprise de lire dans L’Orient-Le Jour du 14/10/2005 votre déclaration stigmatisant le mutisme du commandement de l’armée concernant le sort des militaires portés disparus depuis l’opération du 13 octobre 1990 et dont l’unité stationnait à Dahr el-Wahch.
Vous avez tout à fait raison général d’évoquer cette date fatidique, quand 33 de nos militaires (dont 2 officiers) ont disparu. Le président Hafez el-Assad avait reçu le feu vert de la bouche même du président Bush pour entrer au Liban et déloger, sinon liquider, le président du Conseil et commandant de l’armée, le général Aoun.
Vous aviez alors été accueilli à l’ambassade de France ; de là vous avez donné vos ordres à l’armée libanaise d’opposer « une résistance à outrance, sans esprit de recul », à l’armée syrienne qui attaquait en force, avec la bénédiction des USA.
Une demi-heure après, vous avez lancé un contre-ordre de cessez-le-feu, pour éviter toute effusion de sang. Ce contre-ordre n’était pas parvenu à l’unité de Dahr el-Wahch.
Une bataille des plus acharnées s’ensuivit et les Syriens, surpris par une telle résistance, y laissèrent 97 cadavres contre 12 des nôtres mais firent prisonniers 35 de nos éléments, dont 11 blessés et dont on est sans nouvelle depuis. Ils avaient été froidement liquidés, aux dires et au vu des habitants de Bsous et Souk el-Gharb, d’une balle à la nuque et leurs corps ont disparu, incinérés sans doute.
La question posée à l’état-major libanais en la personne de son chef était : « Que sait-on du sort de ces militaires ? »
Cette question que ne l’avez-vous posée, général, quand vous étiez en France pour rappeler cette affaire à votre successeur, le général Émile Lahoud. D’ailleurs, une affaire de cette importance se règle entre gouvernement, d’État à État ; c’est alors que le commandement de l’armée, qui dépend de l’Exécutif (le Conseil des ministres), devient parti prenante, car obéir, c’est servir.
Or aucun régime libanais de la IIe République n’y a songé, ou osé reprendre l’affaire en main, car le tuteur syrien, par l’intermédiaire du proconsul « suicidé » qui régna 20 ans, était en position de force.
Aujourd’hui, ce proconsul est parti, emportant avec lui son secret. Le général Fouad Chéhab disait aux officiers supérieurs dans ses conférences mensuelles : « Après Dieu, il n’y a de grand que le chameau. »
Bref, ne touchons pas à l’armée ; l’heure n’est pas à la démagogie ; l’heure est à notre Liban, le Liban de tous les Libanais ; et l’armée est incontournable, intouchable parce que respectable et digne de ses traditions ; elle est au service de ce Liban ; et elle l’a prouvé.
Brigadier François GENADRY
Ancien ministre
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats