Se conjuguant avec le mois de ramadan, la bataille des législatives a commencé en Égypte, politique et religion mêlées, un mois après la présidentielle remportée par Hosni Moubarak
Nouveau test d’une ouverture démocratique pour le pays arabe le plus peuplé, cette élection se tiendra en trois phases, du 9 novembre au 7 décembre, pour en assurer un meilleur contrôle judiciaire, selon les autorités. Sans attendre le lancement officiel de la campagne, le 26 octobre, les candidats ont déjà saisi l’opportunité du mois de ramadan pour transformer en banquets électoraux les dîners collectifs de l’iftar, la rupture de jeûne. Les politiciens sponsorisent des « tables de charité » dressées dans les quartiers pour les nécessiteux, offrant, ce qui est plus efficace que des tracts, le « sac du ramadan » avec riz, huile, gâteaux… et nom du donateur.
Le renouvellement de l’Assemblée du peuple, actuellement monolithique, se fera dans la foulée de la présidentielle qui, sans suspens, a offert le 7 septembre son cinquième mandat au président Moubarak, au pouvoir depuis 24 ans. C’est avec un score officiel de 88,6 % des suffrages, mais un faible taux de participation de 22 % qu’il a gagné face à des rivaux, ce qui était sans précédent. Ayman Nour, un libéral, est arrivé second avec 7,6 % des votes. Cette première présidentielle pluraliste a été émaillée d’irrégularités, selon les ONG. Elle a été aussi marquée par une liberté de ton inédite en Égypte depuis la fin de la monarchie et l’arrivée au pouvoir d’une caste militaire.
Longtemps marginalisée et réprimée, l’opposition, dont les Frères musulmans, veut profiter de ce frémissement démocratique, dû aux pressions américaines, pour se créer un vrai espace politique à l’occasion des législatives. Mais l’enjeu est aussi crucial pour l’avenir dans la mesure où, aux termes d’un amendement constitutionnel controversé, seul un parti ayant obtenu au moins 5 % des sièges pourra présenter un candidat à la présidentielle de 2011.
Samedi, le dépôt des candidatures a commencé. On s’attend à ce que quelque deux mille candidats se disputent les 444 sièges d’élus de l’Assemblée du peuple. Celle-ci compte au total 454 membres, mais dix sont nommés par le chef de l’État. La Chambre issue des élections de 2000 est contrôlée à 85 % par le Parti national démocrate (PND) du président Moubarak, avec 402 sièges. Quatre autres forces de gauche, islamiste ou libérale, étant réduites à faire de la figuration.
Le PND, en mutation depuis sa prise de contrôle par Gamal Moubarak, fils cadet du président et son dauphin présumé, présentera une dizaine de ministres, et 40 % des candidats sont nouveaux, parmi lesquels des hommes d’affaires. Des candidats à la candidature, écartés de la liste officielle, dont une centaine de députés sortants, ont annoncé qu’ils allaient se présenter comme « indépendants ». Déjà en 2000, les indépendants avaient obtenu plus de sièges que les investis, avant de se rallier au groupe majoritaire.
Dans le camp de l’opposition, derrière l’unité de façade qu’elle cherche à afficher à l’occasion des législatives, la lutte sera rude entre les forces en présence pour imposer une prééminence face au parti au pouvoir. Onze partis et groupes ont formé début octobre le Front national uni pour le changement (FNUC) incluant notamment les libéraux du néo-Wafd, les marxistes du Tagammou, les nassériens ou des islamistes « modérés » du Parti du travail. Ce front doit présenter 370 candidats, dont 200 du néo-Wafd, héritier du grand parti nationaliste sous la monarchie.
Tolérés mais officiellement interdits, les Frères musulmans ont affirmé leur intention de confirmer par les urnes qu’ils étaient la principale force d’opposition. S’étant présentés comme « indépendants », ils avaient remporté 17 sièges en 2000. Ils en visent, sous la même étiquette qui ne trompe personne, une soixantaine avec, pour programme, « L’islam est la solution ».
Ayman Nour, toujours en procès pour « falsification de documents », entend, lui, faire cavalier seul.
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