Répondant hier matin sur les ondes de la Voix du Liban aux informations diffusées la veille sur la NTV au sujet de la teneur de sa déposition devant Detlev Mehlis, le chef de la commission d’enquête internationale, Ghazi Kanaan a déclaré, près d’une heure avant sa mort :
« Certains moyens d’information de mauvaise foi ont malheureusement entrepris de diffuser des mensonges destinés à tromper l’opinion publique. C’est le cas de la NTV, dans son bulletin d’informations du 11 novembre, au soir, au sujet de ce que l’on a supposé être la teneur de ma déposition devant la commission d’enquête internationale.
« La déposition du ministre syrien de l’Intérieur devant la commission a fait la lumière sur une période au cours de laquelle nous avons servi le Liban. J’ai fourni en toute objectivité les informations que la commission a sollicitées. En résumé, je voudrais préciser que tout ce qui a été diffusé dans le bulletin de la NTV est un tissu de mensonges. Nous possédons une copie du procès-verbal de la déposition, au même titre que la commission, et nous le rendrons public au moment que nous jugerons opportun, en réponse à ces propos diffamatoires, dont le but est de nous faire du tort ainsi qu’au président Hariri. Car nous ne nous sommes pas comportés ainsi, pas plus que lui ».
« Est-ce un passé de haine qui remonte ainsi à la surface, ou bien ce venin lui a-t-il été distillé ( à la NTV), de sorte qu’elle en a été la victime ? Je dois dire que, parfois, je suivais ses émissions, mais elle a perdu dernièrement sa crédibilité. J’aimerais préciser que nos relations avec les Libanais, tous les Libanais, était faite d’amour et de respect réciproque, qu’elle était dans l’intérêt de tous les Libanais et devait permettre de sortir le Liban de la crise qu’il traversait alors. Nous avons servi les intérêts du Liban en tout honneur et en toute loyauté. L’opinion publique, indépendamment de certains accidents de parcours qui s’expliquent, est l’arbitre dans ce domaine. Nous avons donné et reçu, traitant en toute franchise avec une grande majorité d’hommes honnêtes, personnalités politiques, journalistes et citoyens de tous horizons, et nous n’avons pas hésité à verser notre sang pour libérer le Liban à une époque où cela était impossible sans l’aide de la Syrie. Les relations, telles que décrites, sont pure imagination et sont propagées pour des motifs politiques ou par haine. »
« J’ai souhaité vous donner cette déclaration, sachant votre objectivité. Je connais le rôle objectif que vous avez joué au service des chrétiens et du Liban. Je souhaite que cette déclaration soit transmise à Pierre Daher (LBCI), à la Future et à la NBN, et à tous les médias, car je crois que c’est la dernière déclaration que je pourrais donner. »
Les informations de la NTV
Dan son bulletin d’informations de mardi soir, la NTV avait affirmé que les dépositions qui ont eu lieu en Syrie ont été filmées, de sorte que deux caméras étaient braquées, l’une sur l’enquêteur, l’autre sur le témoin ou l’officier. Elles se sont déroulées en présence de deux témoins ainsi que de M. Riad Daoudi, conseiller au ministère syrien des Affaires étrangères.
Selon la source citée par la télévision, M. Mehlis a uniquement recueilli la déposition de Rustom Ghazali, tandis que la déposition du ministre de l’Intérieur, Ghazi Canaan, était recueillie par un membre de l’équipe d’enquêteurs.
Et la télévision d’ajouter : « Ghazi Kanaan est arrivé devant l’enquêteur avec un carton contenant des reçus et des notes bancaires. À l’enquêteur qui lui demandait ce qu’il transportait, M. Kanaan a répondu : “Ne vous mettez pas en peine, je vais parler de moi-même : je suis Ghazi Kanaan, gouverneur du Liban durant de longues années. Au sujet de la corruption et des prébendes, oui, j’y ai pris part. Je recevais des chèques, et je les distribuais aux Libanais et aux Syriens, et je n’ai jamais omis d’en garder des copies ; cette boîte de carton en est remplie. Mais attention, ces documents portent la signature du président martyr Rafic Hariri. Nous aurions donc tué notre partenaire duquel nous profitions tant ?”
« “Avez-vous entendu parler de la loi électorale 2000 ? a enchaîné M. Kanaan. C’est moi qui l’ai forgée, au point qu’elle a fini par porter mon nom. Et si ça ne vous suffit pas, sachez que pour la tailler à la mesure des intérêts des personnalités politiques dont nous profitions, j’ai touché 10 millions de dollars et Jamil el-Sayyed autant. Qui donc supprimerait la source même de sa fortune ? Dans cette caisse de carton, il y a des preuves de tout ce que je dis. Je garde pour moi des copies de ces documents. ”
« Pour sa part, Rustom Ghazalé devait jouer la même scène devant Detlev Mehlis. Il n’a pas nié avoir touché de l’argent de la banque al-Madina, ni de l’avoir généreusement distribué, ni enfin d’avoir exercé des pressions et pratiqué la corruption. L’officier devait également fournir à M. Mehlis une liste de ses “partenaires”. »
Selon la NTV, si M. Mehlis a pu ainsi obtenir la preuve de la participation de la Syrie au système de corruption mis en place au Liban, il n’a pu obtenir aucun aveu de la complicité syrienne dans l’assassinat de Rafic Hariri. Et la chaîne de conclure en affirmant que, deux jours plus tard, le président syrien s’était envolé pour le Caire, avec une copie de ces aveux qui disculpent les officiers syriens de toute participation à l’assassinat de Rafic Hariri.
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