Médecins, hôpitaux, compagnies d’assurances… La polémique n’en finit pas d’enfler et de faire couler de l’encre. Les médecins grognent, accusent les assurances de ne pas leur payer leurs honoraires, ou alors de les régler en retard, avec quelques coupes au niveau du tarif. Certains crient même tout haut qu’ils ne touchent qu’une misère : « Une vingtaine de milliers de livres libanaises pour une semaine de suivi hospitalier », qu’ils disent, menaçant de recourir à l’escalade.
Les compagnies d’assurances, elles, jurent leurs grands dieux qu’elles règlent les factures hospitalières et les honoraires des médecins dans les délais. Et qu’elles respectent les accords signés avec les médecins et les hôpitaux.
Ces hôpitaux qui font le gros dos n’en sont pas moins soupçonnés par certains médecins d’intercepter leurs honoraires ou de retarder les paiements dus.
Entre les trois parties, les négociations sont au point mort. L’on se renvoie la balle et les accusations. L’escalade semble être la seule issue. Dès lundi, l’Ordre des médecins mettra ses menaces à exécution et adoptera des mesures drastiques : « En cas d’hospitalisation, le patient réglera directement ses honoraires au médecin traitant. »
Le couperet est tombé. Irrévocable. Retenu en otage par les trois parties, c’est le patient qui fera les frais de cette polémique. L’Ordre des médecins en a décidé ainsi. Et, comble du cynisme, cette décision sera appliquée à tous les patients, même les plus démunis.
Jusque-là, aucune réaction de l’assuré, qui sait pourtant très bien ce qui l’attend. Mais l’entendra-t-il de cette oreille, alors qu’il s’acquitte, rubis sur l’ongle, de ses cotisations d’assurance et de sécurité sociale, tout en se faisant gentiment débiter par ses assureurs, qui tantôt lui proposent des primes plus élevées, tantôt refusent de le couvrir pour telle ou telle maladie chronique ?
Dès lundi, le mécontentement du patient se fera sentir. Les sorties d’hôpital promettent d’être des plus houleuses. Des voix s’élèveront, forcément, pour dénoncer les nouvelles mesures.
Rien n’empêchera alors le patient lésé de prendre lui aussi des mesures d’escalade. Rien ne l’empêchera surtout de suspendre le paiement de sa prime d’assurance ou d’éplucher la facture de son médecin traitant.
Pris entre l’enclume et le marteau, il a une seule certitude. Ses droits d’assuré, il tient à les protéger. Et jusqu’au bout. En l’absence d’un État qui s’en charge pour lui.
Anne-Marie EL-HAGE
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