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Actualités - Opinion

IMPRESSION Le mois de May

Pardon d’en avoir oublié le titre. C’est un roman dont le héros est un reporter de guerre. Tout pays où l’on s’entretue est le sien. Il reconnaît que ce n’est pas moral, ce plaisir de vivre sous la menace des bombes et de la destruction, mais c’est son plaisir à lui. Simplement parce que la guerre supprime le souci du lendemain. Elle vous oblige à vivre au jour le jour, sans projets, sans perspectives, sans autre souci que de survivre jusqu’à l’heure qui suit. La guerre, c’est la peur, l’adrénaline à haute dose qui vous rend presque euphorique, la peur franche et fraîche, le poker permanent. L’auteur ne le dit pas, mais cette peur-là, c’est presque de la joie. Il l’oppose à l’angoisse reptile et sournoise des pays où tout va bien. Celle de l’avenir, du chômage, de la vieillesse, de la pauvreté, de la maladie. Et de conclure que la peur est préférable à cette angoisse-là. C’est compter sans le terrorisme. Le terrorisme vous offre le double luxe de l’angoisse et de la peur. Un coup, il ne se passe rien, et il faut bien songer au lendemain, à la pauvreté, à la maladie, à la vieillesse et au chômage. Et puis, un coup, le ciel vous tombe sur la tête, et si vous en réchappez, la peur saine et franche s’évanouit aussitôt pour mieux laisser sourdre l’angoisse que cela ne revienne. Et l’on vous promet que ça reviendra, que tous les pays civilisés y sont exposés. Que c’est peut-être le bizutage à passer pour intégrer enfin la civilisation. Pourquoi, comment, nul ne le sait. C’est comme ça, juste une intempérie sécuritaire dans un pays où les plages de calme ne sont que l’œil du cyclone. Un jeu de pressions atmosphériques, un facteur climatique en attendant le beau temps. À force de tours d’horizon, les journalistes connaissent l’état du ciel. Chasseurs d’orages, ils dénoncent les faiseurs de tempêtes et traquent les artificiers du néant. Entre les lignes, dans le silence de la lecture, ils donnent libre cours à vos révoltes, à vos interrogations, à vos convictions. Complices de votre intelligence, ils donnent des mots à vos certitudes et leur plume à votre liberté. À la télévision, au journal de 20h, ils sont vos compagnons du soir, une présence familière, presque intime, un sourire, un regard qui va partout et jusque dans les yeux des menteurs. Petit à petit, ils font partie de votre famille. Vous commentez leur allure, leurs attitudes, leur rire ou leur audace. Qu’ils aillent un peu trop loin, un peu fort en besogne, et votre cœur se serre. Ou bien vous jubilez de les voir avancer sur cette corde raide, heureux que quelqu’un puisse le faire quand tout le monde se croit ligoté. Alors que l’un d’eux tombe et vous êtes amputé d’une aile, et vous avez des fleurs et des larmes et des prières et des flammes pour dire votre désarroi. On en a déjà trop dit sur le martyr de May Chidiac pour qu’un mot de plus dans ces lignes apporte une saillie. Entre l’angoisse, la peur et la tristesse qui nous étreignent, nous choisirons l’espoir. Car si l’on tue les hirondelles, c’est par crainte du printemps. Fifi Abou Dib

Pardon d’en avoir oublié le titre. C’est un roman dont le héros est un reporter de guerre. Tout pays où l’on s’entretue est le sien. Il reconnaît que ce n’est pas moral, ce plaisir de vivre sous la menace des bombes et de la destruction, mais c’est son plaisir à lui. Simplement parce que la guerre supprime le souci du lendemain. Elle vous oblige à vivre au jour le jour, sans projets, sans perspectives, sans autre souci que de survivre jusqu’à l’heure qui suit. La guerre, c’est la peur, l’adrénaline à haute dose qui vous rend presque euphorique, la peur franche et fraîche, le poker permanent. L’auteur ne le dit pas, mais cette peur-là, c’est presque de la joie. Il l’oppose à l’angoisse reptile et sournoise des pays où tout va bien. Celle de l’avenir, du chômage, de la vieillesse, de la...