Selon un ancien ministre, qui a assumé l’Intérieur à plusieurs reprises, le pays se trouve à découvert sur le plan de la sécurité pour les raisons suivantes :
– La sécurité était tenue auparavant par un système mixte, libano-syrien, qui était policier de nature. Il avait tissé, le long des années, une toile d’araignée d’indicateurs, de mouchards, infestant tous les secteurs, privés ou publics, noyautant la société civile, les syndicats et les formations politiques. Le système avait donc l’œil sur tout, à tout moment, et se trouvait averti de tout mouvement inhabituel, ici ou là. S’il se produisait un incident, les protagonistes ou les auteurs étaient rapidement repérés.
– Ce système a pris fin avec le retrait des forces syriennes. Comme avec l’interpellation de ses cadres locaux. Mais il n’y a pas eu d’accord pour l’installation d’un autre dispositif, d’un nouveau réseau d’informateurs. L’ancien tissu continue à opérer librement, mais évidemment avec d’autres objectifs et pour d’autres comptes.
– Le hiatus, le porte-à-faux, provient du fait que l’ancien pouvoir n’a pas complètement dégagé la scène. Tandis que le nouveau peine à s’élancer. La double preuve étant qu’en plusieurs mois l’on n’a pas pu nommer de nouveaux chefs titulaires pour les services de sécurité. Pour que ces services puissent établir leurs propres réseaux de surveillance en démantelant effectivement les anciens, dont l’action se fait nocive. Pour que la normalisation s’effectue, il faut en tout cas du temps et de l’argent. La confusion anarchique, qui affaiblit le pays sur le plan de la sécurité, est inévitable à l’ombre d’une situation politique aberrante qui partage le pouvoir entre l’autorité du régime Lahoud, soutenu par les résidus du système policier, et la majorité parlementaire. Ces deux axes contradictoires s’opposent sur les nominations, qui sont l’entrée en matière du redressement sécuritaire. Jamais le Liban n’avait connu une telle anomalie institutionnelle. Généralement, tout nouveau régime, tout nouveau pouvoir, prenait les rênes en main sans partage et installait son propre staff. Sous le président Sleimane Frangié, les services précédents, démantelés, avaient été rapidement remplacés.
Pour ce ministre, l’on a donc tort de reprocher l’insécurité au gouvernement en place. Car tout autre cabinet aurait été impuissant, face à la persistance pernicieuse des tenants, ou des alliés, de l’ancien système, qui bloquent non seulement les nominations sécuritaires, mais aussi les désignations judiciaires. De plus, en composant avec ce que l’on appelle la minorité, issue du 8 mars, la majorité se prive de la possibilité de disposer d’un gouvernement agissant comme une seule et même équipe de travail.
Nombre de professionnels ne sont pas loin de penser qu’une partie déterminée s’efforce, délibérément, de faire en sorte que le Liban reste vulnérable sur le plan sécuritaire pour que ses agents perpètrent leurs forfaits sans entraves, même ou surtout après le rapport Mehlis, en multipliant les attentats, les tentatives d’assassinats et les explosions afin de brouiller les cartes et les pistes. Le ministre Marwan Hamadé souligne, en réponse à une question, que la majorité ne peut tenir le pouvoir en main tant que le régime se maintient à la tête de l’autorité publique. Le ministre veut sans doute signifier ainsi que la sécurité resterait précaire tant que le pays ne serait pas gouverné par une autorité unie, laborieuse et indépendante ayant à sa disposition des services régénérés et rééquipés. Le général Achraf Rifi, directeur général des FSI, signale enfin un fort déficit en matériel, en véhicules, mais aussi en spécialistes. Il relève que la moitié des effectifs sont derrière des bureaux, ce qui laisse un personnel insuffisant sur le terrain. Il estime qu’il faut entre 6 et 9 mois pour entraîner un nouveau cadre et restructurer un département miné, selon lui, par la corruption et l’impéritie.
Émile KHOURY
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– La sécurité était tenue auparavant par un système mixte, libano-syrien, qui était policier de nature. Il avait tissé, le long des années, une toile d’araignée d’indicateurs, de mouchards, infestant tous les secteurs, privés ou publics, noyautant la société civile, les syndicats et les formations politiques. Le système avait donc l’œil sur tout, à tout moment, et se trouvait averti de tout mouvement inhabituel, ici ou là. S’il se produisait un incident, les protagonistes ou les auteurs étaient rapidement repérés.
– Ce système a pris fin avec le retrait des forces syriennes. Comme avec l’interpellation de ses cadres locaux. Mais il n’y...