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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB En chaires et en faux

Trop, c’est trop. Trop, c’est tout ce flot de perfides critiques, de mises en garde, de soupçons frisant la franche accusation déversés sur le Premier ministre, à l’heure même où il ralliait le gros de l’humanité à la cause libanaise. Barbouillées aux couleurs de la libre décision nationale, ces piques étaient fort mal venues, et même deux fois plutôt qu’une : elles heurtent les espérances d’une population ravie – absolument ravie, oui, quoi qu’en pensent ces âmes chagrines – de ce regain de sollicitude internationale pour le Liban ; venant d’où elles viennent, ces attaques sont, de surcroît, une insulte à l’intelligence des citoyens. À leur mémoire aussi. Dans un monde régi par la globalisation et où l’interdépendance est devenue la règle, même pour des pays pesant cent fois plus lourd que le nôtre, il serait évidemment ridicule de croire que le Liban, avec ses 10 500 km2 et ses 4 millions d’habitants, est une île placée par la Providence au beau milieu de la Mer de la tranquillité et flottant paresseusement à l’abri des vents. Que cette globalisation ne soit pas sans aléas, que les petits poissons doivent constamment veiller à ne pas se laisser dévorer par les grands, nul ne saurait le méconnaître. Mais Dieu, que cette leçon de morale géopolitique sonne faux quand elle se trouve administrée, du haut de leurs chaires, par des professeurs qui n’ont pas trop de références en la matière. Et qui devraient être les derniers à se montrer aussi chatouilleux au plan de la souveraineté. À tout seigneur, tout honneur : celui de Moukhtara est cher à nos cœurs. Son courage est proprement légendaire, son action a été déterminante dans le processus qui a conduit au retrait des troupes syriennes : tout cela, les Libanais ne sauraient l’oublier. Ce qu’ils voudraient oublier en revanche, ce que le leader druze lui-même devrait les aider à oublier, c’est que contraint ou consentant – et même parfois enthousiaste – Walid Joumblatt a longtemps cautionné dans le passé une tutelle qui était la totale antithèse de la souveraineté : une tutelle dont il a tiré des avantages considérables, une tutelle qui, pour sa gloire et notre bonheur de Libanais, a fini par lui devenir intolérable. Hier encore, le leader druze, non sans provocation, arborait le drapeau tricolore dans son fief de la montagne ; on ne lui en demandait pas tant, en réalité. Et c’est la même et agaçante démesure qui le porte à s’alarmer aujourd’hui des ingérences étrangères, à faire un bruyant procès d’intention à ses propres alliés. Miraculeux rescapé de la terreur des services, le ministre Marwan Hamadé n’aura sans doute pas trop de son art des nuances pour tenter d’arrondir les angles au sein même de la majorité au pouvoir… Le président de l’Assemblée, autre illustre contestataire, aurait intérêt lui aussi à voir bannis des mémoires de larges pans du passé. L’inamovible Nabih Berry a été le grand prêtre des volontés syriennes, qu’il retransmettait avec autant d’autorité que de zèle à ses ouailles parlementaires. Comme tout citoyen, Berry est en droit, bien sûr, de se plaindre de l’insécurité, mais n’y contribue-t-il pas lui-même en exigeant la nomination de ses poulains à la tête de certains services sécuritaires ? Plus stupéfiante encore est sa diatribe contre les projets de privatisation que prépare le gouvernement. Pas question de vendre le pays, a cru bon de s’indigner ainsi un homme qui a amplement eu sa part du gâteau étatique que se disputaient âprement dans un pays exsangue, tout juste sorti de la guerre, les dirigeants de l’après-Taëf. Voilà ce qui s’appelle avoir de l’aplomb. À en revendre, précisément. De tous les mécontents et les inquiets, c’est le Hezbollah qui a les meilleures raisons de l’être, puisqu’il est directement visé par la résolution 1559 de l’ONU. Et le Hezbollah qui fait partie du gouvernement Siniora ; le Hezbollah qui, en dépit de ses incontestables assises populaires libanaises, affiche de non moins incontestable manière ses affiliations et obédiences iraniennes ; ce même Hezbollah trouve moyen de jeter la suspicion sur un chef de gouvernement qui a pourtant réussi à convaincre les États-Unis et les autres puissances, l’ONU, le monde entier quoi, qu’il ne faut surtout pas bousculer le Liban. Qu’il est question, là, d’une milice pas tout à fait comme les autres. Que le pays est ainsi fait qu’une grande partie de la communauté chiite s’est identifiée à ce parti. Et que le désarmement de celui-ci nécessite un dialogue interne aussi serein qu’approfondi, loin de tout chantage à l’assistance internationale comme ne cessent de l’assurer les puissances. L’Iran pouvait-il vraiment faire mieux ?

Trop, c’est trop. Trop, c’est tout ce flot de perfides critiques, de mises en garde, de soupçons frisant la franche accusation déversés sur le Premier ministre, à l’heure même où il ralliait le gros de l’humanité à la cause libanaise. Barbouillées aux couleurs de la libre décision nationale, ces piques étaient fort mal venues, et même deux fois plutôt qu’une : elles heurtent les espérances d’une population ravie – absolument ravie, oui, quoi qu’en pensent ces âmes chagrines – de ce regain de sollicitude internationale pour le Liban ; venant d’où elles viennent, ces attaques sont, de surcroît, une insulte à l’intelligence des citoyens. À leur mémoire aussi.
Dans un monde régi par la globalisation et où l’interdépendance est devenue la règle, même pour des pays pesant cent fois plus...