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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB L’enjeu libanais

Les Afghans éliront demain, dimanche, une Assemblée nationale, ce qui ne leur était pas arrivé depuis… 1969. Pour ce faire, il leur faudra parfois se montrer téméraires : les talibans ont déjà abattu sept candidats aux élections législatives et provinciales, et ils conseillent fortement à la population de boycotter le scrutin. Particulièrement remarquable, d’ailleurs, est le courage de ces femmes afghanes qui sortent du néant où les avait confinées l’obscurantisme et font leur entrée dans la vie publique : qui se portent candidates, qui jettent aux orties leur burqa, qui posent le visage nu pour les affiches murales et osent même participer à des meetings électoraux. C’est tant mieux, bien sûr, pour cette démocratie que les GI s’en allèrent instaurer au pays des farouches cavaliers, dès le lendemain des effroyables attentats terroristes du 11 septembre 2001. Mais si les talibans ont bien été délogés du pouvoir, ils sont loin d’être neutralisés pour autant. D’importants foyers d’insurrection subsistent ainsi dans les montagnes, malgré les traques incessantes menées par l’armée américaine. Mais surtout, c’est le pouvoir très conservateur des chefs de clans et de tribus (et parmi eux des talibans repentis) qui, inéluctablement, va se trouver consacré par les élections. Alors, on prend les mêmes – ou presque – et on recommence ? Plus d’un perfide défilé de Khyber guette, on le voit, la marche afghane vers le progrès. Bien plus préoccupant est le cas de cet infortuné Irak, qui n’a été délivré des serres de Saddam Hussein que pour sombrer dans un sanglant chaos. L’armée la plus puissante du monde s’y avère tragiquement incapable de mettre un frein à la frénésie terroriste. La nouvelle Constitution, les élections législatives n’ont guère calmé le jeu : pire, elles sont elles-mêmes devenues un motif supplémentaire de discorde entre les communautés. Bâtie sur un colossal mensonge (les armes de destruction massive prétendument détenues par le régime déchu), l’expédition américaine débouche aujourd’hui sur un cul-de-sac ; et carnage après carnage, le modèle démocratique que proposaient à cette partie du globe les brillants stratèges de Washington n’est plus qu’un épouvantable repoussoir. Grâce au ciel, les États-Unis n’ont pas eu à intervenir militairement au Liban, ce qui nous vaut une situation bien plus enviable que celle de ces populations opprimées, et charitablement secourues par l’Oncle Sam. En revanche, Washington s’est massivement investie dans notre pays au double plan politique et diplomatique, avant comme après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. La résolution 1559 de l’ONU, les pressions internationales qui ont précipité le départ des troupes syriennes, les élections législatives qui ont produit une large majorité souverainiste, l’enquête internationale sur l’attentat du 14 février, le regain de pressions sur le régime de Damas acculé à coopérer : jamais tout cela n’aurait été concevable sans le formidable poids de l’unique superpuissance mondiale. Et on aurait bien mauvaise grâce de l’oublier, tout en gardant à l’esprit que les dirigeants américains ne sont pas des anges et que le Liban ne représente qu’une minuscule tête d’épingle sur la carte des intérêts planétaires US. Cette agissante sollicitude pour notre pays, on peut évidemment penser qu’elle n’a d’autre objet en réalité que de mater la Syrie, considérée comme un fauteur de troubles en Irak comme en Palestine. Il y a davantage là cependant, du moins faut-il l’espérer, qu’une tardive détermination à régler certains comptes. Car non seulement l’affaire libanaise, après les déchirements provoqués par l’invasion de l’Irak, a été l’occasion, sinon le prétexte, à de vastes retrouvailles euro-américaines ; mais l’enjeu libanais pourrait être bien utile pour couvrir les colossales mises imprudemment engagées ailleurs, et singulièrement dans ce même Irak. De tous les grands desseins de Bush en effet, le pari sur un Liban libre et démocratique, vivant en sécurité à l’intérieur de ses frontières et à l’ombre d’un État de droit, est objectivement pour l’Amérique le moins coûteux, en hommes et en dollars. Le plus politiquement rentable, ne serait-ce qu’en termes de crédibilité internationale. Et surtout le plus moralement justifié. Puissent les Libanais, eux, se lancer ensemble dans le même pari : après tout, la liberté, cela se mérite. Issa Goraieb

Les Afghans éliront demain, dimanche, une Assemblée nationale, ce qui ne leur était pas arrivé depuis… 1969. Pour ce faire, il leur faudra parfois se montrer téméraires : les talibans ont déjà abattu sept candidats aux élections législatives et provinciales, et ils conseillent fortement à la population de boycotter le scrutin. Particulièrement remarquable, d’ailleurs, est le courage de ces femmes afghanes qui sortent du néant où les avait confinées l’obscurantisme et font leur entrée dans la vie publique : qui se portent candidates, qui jettent aux orties leur burqa, qui posent le visage nu pour les affiches murales et osent même participer à des meetings électoraux.
C’est tant mieux, bien sûr, pour cette démocratie que les GI s’en allèrent instaurer au pays des farouches cavaliers, dès le lendemain...