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Actualités - Opinion

Le Point Culture de mort

Donald H. Rumsfeld et le général Richard B. Myers devront réviser leur dernière analyse de la situation : la guérilla sur les bords du Tigre n’a rien perdu de son terrible punch ainsi que vient de le prouver la folle journée d’hier qui a vu se produire, entre Kazimiyah et Amiriyah, pas moins de dix attentats particulièrement meurtriers. Rien ne semble devoir arrêter l’interminable carnage, même pas l’offensive d’envergure menée par l’armée américaine dans la « zone rouge » englobant les localités de Tall Afar, Karabila et Goumrouk. En avril dernier, le secrétaire à la Défense avait cru pouvoir trancher : « En définitive, avait-il affirmé lors d’une conférence de presse, ce sont les Irakiens qui viendront à bout de l’insurrection.» Le chef d’état-major interarmes avait, lui, décrété : « Depuis quelque temps déjà, nous sommes en train de reprendre le dessus. » Et Abou Moussab Zarqaoui dans tout cela ? « Il est en fuite ; pour un terroriste comme lui, la vie dans ce pays peut être particulièrement difficile. » Tout comme elle l’est pour l’ennemi qu’il combat. Depuis le célèbre « Mission accomplished » de George W. Bush, le 1er mai 2003 à bord du USS Lincoln qu’on voudrait tant oublier, il faut bien reconnaître que l’Administration US donne la pénible impression de patauger dans les marécages irakiens. Chaque jour qui passe voit se compliquer un peu plus une conjoncture déjà embrouillée au départ tandis que s’alourdit le bilan des pertes en vies humaines : entre le déclenchement de la guerre contre Saddam Hussein, il y a trente mois, et mardi dernier, 1 897 GI sont morts et 14 479 ont été blessés. Le pouvoir mis en place au lendemain des élections législatives est incapable pour sa part de chiffrer les décès de civils, dans leur immense majorité des innocents dont l’unique tort aura été de s’être trouvés au mauvais endroit, à un mauvais moment. Le terrorisme, en ce qu’il a de plus abject, contre une démocratie encore balbutiante mais qui pourrait, avec le temps, servir de modèle à d’autres pays de la région ? La Maison-Blanche semble le croire, dont le locataire affirmait il y a peu que « les ennemis de la liberté désespèrent de pouvoir l’emporter ». Dans une très large mesure, la constatation est valable, si la conclusion qu’il en tire l’est moins. Pour le président, il est évident que la violence est appelée à aller crescendo jusqu’au référendum sur la Constitution, prévu le 15 octobre, avant de disparaître. Rien n’est moins sûr tant il est vrai qu’il s’agit moins d’un système politique que d’un mode de coexistence – mis entre parenthèses par quarante années de dictature baassiste – entre trois grandes communautés qui reste à trouver. L’opération « Restoring the rights » engagée à la fin de la semaine dernière a eu pour effet immédiat d’aggraver encore plus les divisions au sein de la société irakienne et de porter à son point d’ébullition une guerre sectaire qui ose désormais dire son nom. L’Armée islamique, une organisation qui a revendiqué par le passé l’enlèvement et l’assassinat de ressortissants étrangers, vient d’appeler ses « pieux guerriers à frapper d’une main de fer les infidèles ». Des têtes sont même mises à prix : 100 000 dollars pour le Premier ministre Ibrahim Jaafari, 50000 dollars pour le ministre de l’Intérieur Bayan Jabr et 30 000 pour le titulaire de la Défense Saadoun al-Doulaymi. Au plus fort de la vague d’attentats de juillet dernier, un parlementaire, Khoudayr al-Khouzaï, avait réclamé le retour des milices populaires, en particulier les Brigades de Badr, une formation paramilitaire placée à l’époque sous le commandement du Conseil suprême de la révolution islamique, d’obédience iranienne. Déjà ce sont les anciens peshmergas qui, dans le Kurdistan, ont pour mission de faire la police, une tâche dont ils s’acquittent à merveille, même si, les nécessités claniques faisant loi, on les a répartis en « talabanistes » et « barzanistes ». L’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad, hésite encore, dit-on, à donner sa bénédiction à une telle formule qui confirmerait les appréhensions de certains États de la région exposés à un éclatement d’entités issues des découpages intervenus dans la phase de l’entre-deux guerres mondiales du siècle dernier. Dans la sanglante boîte de Pandore inconsidérément ouverte par les États-Unis, il y a peu de place pour le projet de Constitution, un document de 39 pages approuvé cette semaine par la majorité de l’Assemblée nationale mais violemment dénoncé par les sunnites, notamment pour une référence, dans l’un de ses paragraphes, à l’appartenance de l’Irak au seul monde islamique et non pas, aussi ,au monde arabe. Une raison suffisante pour appeler cette communauté minoritaire (près de 20 % de la population) à s’opposer à son adoption par vote populaire. Et par quelques centaines, quelques milliers de morts encore ? Christian MERVILLE

Donald H. Rumsfeld et le général Richard B. Myers devront réviser leur dernière analyse de la situation : la guérilla sur les bords du Tigre n’a rien perdu de son terrible punch ainsi que vient de le prouver la folle journée d’hier qui a vu se produire, entre Kazimiyah et Amiriyah, pas moins de dix attentats particulièrement meurtriers. Rien ne semble devoir arrêter l’interminable carnage, même pas l’offensive d’envergure menée par l’armée américaine dans la « zone rouge » englobant les localités de Tall Afar, Karabila et Goumrouk. En avril dernier, le secrétaire à la Défense avait cru pouvoir trancher : « En définitive, avait-il affirmé lors d’une conférence de presse, ce sont les Irakiens qui viendront à bout de l’insurrection.» Le chef d’état-major interarmes avait, lui, décrété : «...