Pilleurs et ferrailleurs règnent en maîtres aux premiers jours sous contrôle palestinien sur l’ex-colonie juive de Neve Dekalim, dans la bande de Gaza.
Après les soldats et les porteurs de drapeaux, des hordes de miséreux à pied, en voitures déglinguées ou à bord de charrettes tirées par des ânes, se sont précipitées dès lundi sur les rares bâtiments intacts et les monceaux de ruines laissés derrière eux par les colons et l’armée israélienne. La joie, la colère et les slogans nationalistes des premières heures ont laissé place à une frénésie, âpre et silencieuse, d’accumulation et de récupération. Bois, métal, plastique, câbles, grillages et barrières, poteaux électriques, tuiles des toits, montants des fenêtres, rampes des escaliers : tout est démonté, brisé, tordu ou cassé et jeté en vrac dans les véhicules ou sur le bas-côté.
Au premier étage de la synagogue, la plus grande des 26 que comptait la bande de Gaza, Ahmad Abou Chaab, 12 ans, range dans un sac plastique troué un rouleau de fil électrique qu’il vient d’arracher au mur. « Je vais le vendre... Je pourrai bien en tirer 10 shekels » (environ 1,7 euro).
Noal Abou Anze, 45 ans, entièrement voilée de noir, emporte une chaise d’enfant en plastique et sur la tête quatre pauvres étagères de contreplaqué. Elle a fait 9 km à pied pour venir les chercher. C’est la première fois qu’elle pénètre dans ce qui fut un îlot de verdure et de prospérité au milieu des sables. « Le bois, c’est pour cuire le pain. C’est notre terre, je suis heureuse qu’on l’ait récupérée. Les Israéliens en avaient fait quelque chose de joli... Dommage qu’ils aient tout détruit en partant... »
Plus loin, Amin, 30 ans, et un ami démontent les grillages métalliques entourant un jardin d’enfants. « Nous allons clôturer nos terres. Cela vaut pas très cher, dans les 20 shekels le panneau (3,5 euros), mais c’est de la qualité israélienne... On trouve pas ça, ici. » De jeunes garçons fouillent les décombres des maisons : ils feuillettent des magazines en hébreu, soupèsent des ustensiles, reluquent des morceaux de meubles. Sur un trottoir, un disque 33 tours cassé : Chava Albertstien : At home. Au mur, une inscription en gros caractères : « I wish you death ! » (Crevez tous !). Signé Ariel S.
Plus au sud, plus éloignée de la ville palestinienne de Khan Younès, l’ex-colonie de Gan Or est plus calme. Une poignée de policiers garde la synagogue, que personne n’a touchée. Les immenses serres à légumes sont elles aussi intactes, sous la surveillance de la Sûreté nationale. Des ouvriers agricoles attendent déjà, couchés à l’ombre. « Une poignée de gamins est venue ce matin pour casser, raconte le capitaine Ramzi Shawaf. Nous leur avons dit : “C’est notre terre. Laissez tout ça tranquille, on va en avoir besoin.” Ils sont partis. »
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Après les soldats et les porteurs de drapeaux, des hordes de miséreux à pied, en voitures déglinguées ou à bord de charrettes tirées par des ânes, se sont précipitées dès lundi sur les rares bâtiments intacts et les monceaux de ruines laissés derrière eux par les colons et l’armée israélienne. La joie, la colère et les slogans nationalistes des premières heures ont laissé place à une frénésie, âpre et silencieuse, d’accumulation et de récupération. Bois, métal, plastique, câbles, grillages et barrières, poteaux électriques, tuiles des toits, montants des fenêtres, rampes des escaliers : tout est démonté, brisé, tordu ou cassé et jeté en vrac...