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Actualités - Opinion

Cachots trois étoiles

Libéré enfin de la longue et pesante tutelle, le Liban manquerait-il donc de prisons, et plus précisément de prisons à haute sécurité ? Il faut le croire hélas, au spectacle de l’âpre débat surgi au sein du pouvoir à propos du lieu de détention des généraux arrêtés en relation avec l’affaire Hariri. Il faut le croire surtout au vu de la bien étrange solution que l’on se propose apparemment d’y apporter. Le Conseil des ministres extraordinaire réuni hier au palais de Baabda n’a pas fait que consacrer (et même deux fois plutôt qu’une !) le principe des prisons d’exception, montrant ainsi sa défiance envers le système carcéral du pays. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, les suspects militaires sous la garde des policiers et vice-versa : en pavant la voie, comme tout porte à le croire, à ce sidérant chassé-croisé, l’Exécutif officialise surtout la grave crise de confiance qui affecte, dans son ensemble, l’appareil sécuritaire. L’armée et les Forces de sécurité intérieure sont les deux bras dont dispose l’État pour maintenir l’ordre public ; mais ces deux outils censés se compléter l’un l’autre, l’héritage du passé et les tensions actuelles en ont fait des officines rivales, antagonistes sinon ennemies. L’institution militaire a théoriquement, pour raison d’être, la défense des frontières. Mais cette mission lui est généralement épargnée (et même carrément déniée parfois, comme c’est un peu le cas depuis des années au Liban-Sud). Dès lors, l’armée libanaise est devenue au fil des ans une sorte de supergendarmerie au maniement néanmoins délicat, puisque soumis à la règle de l’équilibre confessionnel. Il reste, au bout du compte,que les militaires n’ont pas vocation naturelle de gardiens de prison, de matons. Ce point avait d’ailleurs été matière à vive polémique lors de l’incarcération, dans les sous-sols du ministère de la Défense à Yarzé, du chef des Forces libanaises Samir Geagea qui n’était pas, pourtant, un militaire de carrière. Hamdane, Sayyed et Azar peuvent-ils, eux, exciper de leurs étoiles de général pour bénéficier de cellules à Yarzé comme le voudrait la tradition militaire, comme le réclamait avec insistance le président Lahoud ? C’était oublier que ces officiers ne sont guère mis aux arrêts de rigueur pour quelque entorse à la discipline : ils sont soupçonnés d’avoir préparé l’assassinat d’un ancien Premier ministre et de ses compagnons. Voilà qui change tout, qui tranche la question, même si ces personnages, qui bénéficient de la présomption d’innocence, ont droit à un traitement décent : cela, non point par commisération bien sûr pour les assassins présumés de Rafic Hariri, mais pour l’honneur et la dignité du Liban nouveau, un Liban guéri du mal totalitaire. Pour que les cachots des FSI ne soient pas la réplique fidèle de ceux de Yarzé ou Mazzé. Pour éviter la disgrâce d’un Abou Ghraib ou d’un Guantanamo local. Pour démentir surtout la vieille et tenace tradition voulant que les institutions armées soient, au Liban, les instruments de factions politiques précises, de clans, et non de l’État. Quoi qu’il en soit, la mise au secret des suspects reste invariablement le b. a.-ba de toute instruction judiciaire. La sécurité de l’enquête commande rigoureusement en effet que ces officiers naguère tout-puissants soient privés de tout contact avec le monde extérieur, de peur qu’ils envoient des consignes à des subalternes, des exécutants, des complices ; or ils auraient reçu plus d’une visite illégale durant leur détention au siège de la police militaire. De même, leur propre sécurité physique veut que ces gradés soient hors de portée de quelque âme charitable qui, par exemple, leur fournirait des capsules de cyanure : ce qui mettrait fin à leurs tourments et en arrangerait sans doute plus d’un. Et pas seulement à Beyrouth… Du roman que tout cela ? Certes non, même si les dessous de l’attentat du 14 février paraissent tout droit sortis d’un thriller politique. Tout y est en effet, des sombres brutes trahies par leurs traces génétiques aux ramifications extérieures que s’apprête à aller examiner sur place Detlev Mehlis, en passant par ce général des renseignements – encore un ! – savamment retourné et qui aurait déserté Damas pour révéler à l’enquêteur international l’origine des explosifs utilisés par les comploteurs. Pour les pauvres spectateurs que nous sommes, les thrillers sont plus que jamais matière à frissons. Cette fois pourtant, les Libanais ne sont plus seuls à retenir leur souffle. Issa GORAIEB
Libéré enfin de la longue et pesante tutelle, le Liban manquerait-il donc de prisons, et plus précisément de prisons à haute sécurité ? Il faut le croire hélas, au spectacle de l’âpre débat surgi au sein du pouvoir à propos du lieu de détention des généraux arrêtés en relation avec l’affaire Hariri. Il faut le croire surtout au vu de la bien étrange solution que l’on se propose apparemment d’y apporter.
Le Conseil des ministres extraordinaire réuni hier au palais de Baabda n’a pas fait que consacrer (et même deux fois plutôt qu’une !) le principe des prisons d’exception, montrant ainsi sa défiance envers le système carcéral du pays. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette, les suspects militaires sous la garde des policiers et vice-versa : en pavant la voie, comme tout porte à le croire, à ce...