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LE POINT Veillée d’armes

Arik vs Bibi. Aussitôt apparue, la tête d’affiche tant attendue a relégué au second plan les images de l’évacuation des colons de Gaza, à l’heure où l’on avait droit aux premières escarmouches d’une bataille qui promet d’être homérique, lourde de conséquence pour le monde politique et surtout pour l’avenir même de l’État hébreu. Ah les petites phrases assassines de l’un et de l’autre ! Ariel Sharon : « Pour diriger ce pays, il faut avoir du bon sens et des nerfs d’acier. « Il » ne possède aucune de ces deux qualités. C’est un homme angoissé, qui panique aisément et perd la tête.» Benjamin Netanyahu : « « Il » a tout donné aux Palestiniens et n’a rien obtenu en échange. On n’abandonne pas la voie du Likoud pour choisir celle de la gauche. » On ne peut dire que c’est l’ambiance des jours de fête aujourd’hui à Tel-Aviv. Bref retour en arrière. Grand Argentier jusqu’à la date du 7 août au sein du cabinet de coalition, ancien Premier ministre, ennemi juré de l’actuel chef de gouvernement, l’ex-protégé des Américains – il est tombé en disgrâce depuis, malgré l’avènement des néoconservateurs à la Maison-Blanche et à tous les niveaux de l’Administration US – démissionne au moment où il était supposé défendre le budget 2006 devant la Knesset. Officiellement, c’est pour protester contre la braderie représentée à ses yeux par l’abandon des 21 points de peuplement de Gaza et de quatre colonies installées en Cisjordanie au lendemain de la guerre de juin 1967. Mais tout le monde a compris : l’ambitieux vizir rêve d’être calife à la place du calife, ce qu’il confirme lui-même peu après en annonçant son intention de briguer le leadership du grand parti de la droite. Au nombre de ses atouts : une incontestable popularité au sein de la formation fondée dans les années soixante-dix par… son adversaire et le succès des réformes économiques qu’il a initiées dès son arrivée au ministère des Finances. Mais aussi le fait que le PIB per capita a dépassé la barre des 17 000 dollars atteinte à la veille de la première intifada et que, pour le premier semestre de l’année en cours, le taux de croissance s’inscrit à 4,9 % ; sans compter que l’économie commence à se débarrasser du carcan imposé par des années de dirigisme travailliste. Enfin le moment choisi – quelques jours à peine avant le coup de tonnerre de la démission – par George W. Bush pour accorder une interview, la première depuis longtemps, à un média israélien a été interprété comme étant de bon augure pour l’intéressé. Certains ont voulu rappeler à cet égard qu’une initiative similaire avait été prise par Bill Clinton en 2000, alors que le gouvernement d’Ehud Barak se trouvait au bord du gouffre après l’échec des négociations de Camp David. Une crise, ajoutent-ils, qui rappelle étrangement la situation découlant du démantèlement des colonies. Perfidement, certains rétorquent à ce propos que Netanyahu avait effectivement cherché alors à profiter de l’occasion qui s’offrait. Cheveux teints, il avait convoqué à la hâte une conférence de presse pour annoncer sa candidature, avant de faire machine arrière, aussitôt adopté le principe de la désignation du Premier ministre au suffrage universel et de laisser la place libre à Sharon Par la suite, il était apparu que s’il était resté en lice, il aurait battu à plate couture le falot Barak. Rien n’indique que, cette fois, la partie sera aisée. Si les caciques et même les 152 000 électeurs du parti ont pour lui les yeux de Chimène, l’homme de la rue, lui, préfère (51 contre 26 %) le vieux baroudeur à un embusqué dont le livret de guerre est d’une scandaleuse minceur dans un pays aussi outrageusement militariste. Et même parmi les siens, le nouveau défenseur de la cause des colons est talonné par Uzi Landau, qui a annoncé il y a deux semaines son intention de participer à la compétition. Le scénario le plus probable reste celui qui verrait se tenir à la date du 25 septembre la réunion des quelque 3 000 dirigeants du comité central du Likoud chargés de fixer – probablement aux derniers jours de novembre – la date des primaires pour la désignation d’un nouveau leader. Ce serait ensuite la chute du gouvernement et une consultation populaire dans les trois mois. L’autre éventualité est celle d’un éclatement du parti, prélude à l’émergence d’une large formation centriste incluant le clan des modérés conduits par Sharon, les membres du Shinui et des transfuges du Parti travailliste de Shimon Peres. Membre du présent gouvernement, Meir Shitrit bougonne : « Je n’ai jamais vu un suicide collectif commis dans une telle atmosphère d’allégresse. » Il reste que le moins inquiet dans tout cela, ce n’est pas Mahmoud Abbas. Que le Hamas et le Jihad islamique poursuivent leurs attaques, que, dans l’autre camp, les durs l’emportent et c’est tout le processus de paix qui se retrouvera bloqué pour des années à venir. À quelques mois d’élections palestiniennes dont on attend beaucoup, la perspective n’a rien de réjouissant. Christian MERVILLE
Arik vs Bibi. Aussitôt apparue, la tête d’affiche tant attendue a relégué au second plan les images de l’évacuation des colons de Gaza, à l’heure où l’on avait droit aux premières escarmouches d’une bataille qui promet d’être homérique, lourde de conséquence pour le monde politique et surtout pour l’avenir même de l’État hébreu. Ah les petites phrases assassines de l’un et de l’autre ! Ariel Sharon : « Pour diriger ce pays, il faut avoir du bon sens et des nerfs d’acier. « Il » ne possède aucune de ces deux qualités. C’est un homme angoissé, qui panique aisément et perd la tête.» Benjamin Netanyahu : « « Il » a tout donné aux Palestiniens et n’a rien obtenu en échange. On n’abandonne pas la voie du Likoud pour choisir celle de la gauche. » On ne peut dire que c’est l’ambiance...