Trente-quatrième semaine de 2005 (J+195 : le rapport Mehlis sera-t-il un simple pétard mouillé, ou bien saura-t-il remettre les pendules à l’heure ?)
Comme s’il fallait une mini-expertise préliminaire pour confirmer toute la mauvaise volonté du monde de Damas… La Syrie, depuis des mois, de nombreux mois – et son départ précipité du Liban le 26 avril dernier ne semble pas lui avoir appris grand-chose… – fait tout pour prouver au monde entier sa maestria, la maîtrise qu’elle a désormais de l’art de donner le bâton pour se faire battre. À ce sujet, le rapport Mehlis préliminaire n’a rien appris à personne, et ce ne sont pas les deux experts judiciaires que Damas a dépêchés à Genève qui inverseront la tendance. C’est plutôt la réaction de la plus haute instance religieuse chiite à ce texte qui a fait hier l’effet d’une petite bombinette. Pas si petite que ça finalement puisque cheikh Kabalan lui-même a jugé bon, par le biais de son bureau de presse, de publier une mise au point pour jurer ses grands dieux qu’il veut à tout prix que la vérité soit faite sur l’attentat du 14 février, qu’il ne connaît pas Detlev Mehlis, qu’il ne peut donc le juger, et qu’il n’a fait que répéter ce que les gens disent, que le superjuge allemand serait en fait « un ami du sionisme », qu’il a autour de lui « douze officiers israéliens qui le secondent », et qu’il est carrément « téléguidé par ceux qui l’ont placé à ce poste ». Cheikh Kabalan a raté là une belle occasion de se taire – comme si la communauté chiite avait encore besoin de se singulariser de cette façon, comme si elle avait besoin que l’un de ses guides la place, encore une fois, aux frontières de la légalité internationale (et avec elle, un peu, le Liban dans son ensemble), en abusant de la plus cheap, de la plus galvaudée et de la moins crédible des accusations. C’est dommage, dommageable, malvenu, et, surtout, désespérant.
Trente-quatrième semaine de 2005.
Dans l’une des rues parallèles à Hamra, il y a une banderole, énorme, qui dit en gros ceci : « Le désespoir (ou le désenchantement) est une industrie américaine. Boycottez-la. » On louera, certes, même si elle est facile, l’astuce marketing utilisée par les commanditaires du calicot, sauf que l’on aurait aimé de leur part un petit peu plus d’objectivité, un peu plus de bonne foi, qui leur aurait permis de voir d’abord – et mieux – la poutre qui est dans leurs yeux plutôt que la paille coincée sur d’autres rétines. Le désespoir, le désenchantement sont en ce moment de prospères industries typiquement made in Lebanon. Entre un Émile Lahoud qui va certainement finir, dans les tout prochains jours, par se prendre réellement pour un abbé Pierre tout entier et exclusivement consacré au bien d’autrui, et une majorité qui a honte de sa propre nature et qui se retrouve carrément incapable d’exercer ce pour quoi elle est payée, il est clair qu’ils sont loin de grimper aux rideaux de plaisir, les Libanais. Entre des dizaines de kilos de TNT qui explosent à chaque coin de rue, l’impossibilité de miser la moindre livre libanaise sur ne serait-ce que le moyen terme, et cette certitude que si même un 14 mars n’a pas réussi à changer les choses de dedans, rien ne le pourrait, le désenchantement et le désespoir se retrouvent de facto en terrain ami et fertile. Et ils n’ont rien d’US, de chinois, de belge ou de chilien.
Heureusement qu’il reste un homme capable, dans ce camaïeu de gris, de redonner un peu d’espoir. Faouzi Salloukh s’est rendu compte hier que Rafic Hariri était « un homme d’État international », voilà pourquoi « tout le monde veut la vérité », et lorsqu’elle éclatera, « beaucoup de questions seront élucidées ».
Ce néo-Talleyrand est un génie.
Ziyad MAKHOUL
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