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Actualités - Opinion

Le jour d’après

Depuis une semaine, le monde a les yeux rivés sur la bande de Gaza où colons récalcitrants et policiers israéliens jouent au chat et à la souris. Devant les caméras des plus grandes chaînes de notre planète média, les colons crient et pleurent leur douleur. Les policiers laissent faire, un temps, celui nécessaire pour marquer les opinions publiques, puis évacuent tout ce beau monde. C’est pourtant loin des caméras que se joue la véritable tragédie. À Gaza d’abord qui, libérée de la présence des colons, pourrait toutefois demeurer cette grande prison qu’elle est actuellement. Elle se joue ensuite à Jérusalem. Dans un rapport publié au début de ce mois, l’International Crisis Group (ICG) tirait la sonnette d’alarme. En repoussant les frontières de la Ville sainte, en annexant des terres palestiniennes, Israël a multiplié la surface de la municipalité de Jérusalem. Par ailleurs, en multipliant la construction de colonies autour de Jérusalem-Est, Israël vise à isoler la portion arabe de la ville du reste de la Cisjordanie. La construction du « mur » de Cisjordanie aura également des conséquences dramatiques pour les résidents palestiniens de Jérusalem-Est. Quelque 200 000 d’entre eux seront coincés dans les limites de la ville, avec un accès difficile à la Cisjordanie, tandis que 55 000 autres, rejetés de l’autre côté du mur, seront déconnectés de la ville sainte. L’État hébreu travaille parallèlement à un autre projet baptisé « E1 ». Un projet dont la sobriété du nom est inversement proportionnelle à l’ampleur du désastre qu’il implique. Une véritable bombe à retardement, puisque le projet « East 1 » vise à relier Jérusalem à la colonie géante de Maalé Adoumim, une « ville », comme la qualifient des Israéliens, de plus de 30 000 colons. S’il est mené à son terme, ce projet créera un arc de colonisation juive continue, des faubourgs de Jérusalem aux portes de Jéricho. En annexant de facto ces nouvelles terres palestiniennes, la Cisjordanie sera dès lors coupée en deux, et Jérusalem plus isolée que jamais. Un enterrement première classe pour tout projet de création d’un État palestinien viable. « L’activité en cours autour de Jérusalem, qui vise à relier les colonies juives de Cisjordanie à Jérusalem-Est, ne va pas seulement compromettre les chances d’une solution avec deux États viables, mais elle créera un mélange explosif qui mettra en péril la sécurité même qu’Israël affirme tenter de garantir », soulignait ainsi récemment Robert Malley, ancien conseiller de Bill Clinton pour les questions israélo-arabes et responsable au sein de l’ICG. Au-delà des signes perceptibles sur le terrain, les déclarations politiques ne sont pas plus rassurantes. En avril dernier, le Premier ministre Ariel Sharon déclarait devant le comité de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset : « Il faut poursuivre la construction du corridor E1. Ce projet existe depuis 10 ans. Nous devons absolument le faire progresser. »Mercredi dernier, le leader du Likoud réaffirmait que la colonisation allait « se poursuivre et se développer » en Cisjordanie. Seul rempart à ces prétentions contraires au droit international, l’opposition de la communauté du même nom, États-Unis en tête. Jeudi, la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice appelait d’ailleurs les Israéliens à ne « pas se limiter » au retrait de Gaza. Le porte-parole du département d’État a, de son côté, rappelé au « mauvais » souvenir de Sharon l’existence de la « feuille de route ». Si ces déclarations vont dans le bons sens, l’expérience de ce conflit ne pousse pas à l’optimisme. L’après-retrait de Gaza porte en lui beaucoup plus de questions que de réponses. Émilie SUEUR

Depuis une semaine, le monde a les yeux rivés sur la bande de Gaza où colons récalcitrants et policiers israéliens jouent au chat et à la souris. Devant les caméras des plus grandes chaînes de notre planète média, les colons crient et pleurent leur douleur. Les policiers laissent faire, un temps, celui nécessaire pour marquer les opinions publiques, puis évacuent tout ce beau monde.
C’est pourtant loin des caméras que se joue la véritable tragédie.
À Gaza d’abord qui, libérée de la présence des colons, pourrait toutefois demeurer cette grande prison qu’elle est actuellement.
Elle se joue ensuite à Jérusalem. Dans un rapport publié au début de ce mois, l’International Crisis Group (ICG) tirait la sonnette d’alarme. En repoussant les frontières de la Ville sainte, en annexant des terres...