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Actualités - Opinion

La souplesse de Siniora commence à irriter son propre camp

Des députés haririens et joumblattistes se plaignent à haute voix du comportement du chef du gouvernement, un peu trop diplomatique à leur goût dans ses rapports avec les autres pôles du pouvoir. Ils lui reprochent notamment de vouloir composer en matière de nominations judiciaires et sécuritaires. Joumblatt lui-même, s’exprimant devant le congrès extraordinaire de son parti, a accusé le gouvernement de « n’avoir rien su faire jusqu’à présent. De ne s’être pas assuré du contrôle, ne serait-ce qu’élémentaire et minimal, des articulations sécuritaires. De n’avoir même pas pu désigner un commandant en chef de la gendarmerie qui soit un homme sûr. Ni un responsable de la Sûreté générale appartenant à la ligne nationale et garanti sans liens avec les services, ou avec l’ancien ordre libano-syrien, le système de Rustom Ghazalé. Si nos ministres n’ont pas d’avis propre sur ce sujet et sur les nominations, alors nous nous trouvons face à une grande faille ». Pour le leader progressiste, « la logique veut que la fraction politique qui remporte les élections prenne le pouvoir ». « Or nous n’en avons toujours pas le contrôle, les choses restant en l’état, ailleurs. C’est très étrange, l’erreur étant de composer avec le régime d’Émile Lahoud. Il ne doit pas y avoir d’arrangements avec un tel régime. Il faut au contraire l’extirper, politiquement et sécuritairement. Ensuite, nous prendrions en charge la responsabilité. Aujourd’hui nous sommes dans une situation de perdants bien que nous ayons gagné les élections. » Abondant évidemment dans le même sens, le ministre Ghazi Aridi affirme qu’il faut prendre en main la sécurité, pour prévenir des secousses. D’après lui, « la partie qui s’est exprimée le 14 mars est plus responsable qu’une autre pour ce qui est de trancher les dossiers en matière sécuritaire. Et pour désigner les cadres les plus compétents, les plus fiables, car il existe des gens qui nous lancent : nous vous avons remis la sécurité, alors prenez vos responsabilités ». Autre lieutenant de Joumblatt, Akram Chéhayeb a relevé durant la dernière séance parlementaire qu’il faut séparer le sécuritaire du politique et que le gouvernement doit initier un nouveau concept dans ce domaine. Après avoir évoqué l’affaire des saisies d’armes, il a directement apostrophé le président Siniora : « En matière de sécurité et de justice autant qu’en politique, il n’y a pas de solutions médianes. Il n’y a ni demi-sécurité ni demi-pouvoir. Car demain il n’y aurait pas de demi-verdict populaire. » Du côté des haririens, le député Walid Eido a réclamé une réédification de la justice, critiquant les immixtions politiciennes et demandant l’éviction des symboles de la phase précédente, car, selon lui, les services judiciaires avaient alors été noyautés, infestés. Les députés haririens et progressistes dénoncent, dans les salons, ce qu’ils appellent la mollesse du pouvoir. Ils affirment que la majorité se laisse mener par le bout du nez, qu’elle se montre incapable de prendre les rênes, de procéder aux nominations si la minorité s’y oppose. Dès lors, soulignent ces parlementaires, le gouvernement se trouve contraint d’accepter la sécurité à l’amiable et le pouvoir par compromis, ce qui fait, selon eux, que le pays reste mal gouverné et demeure paralysé. Un ancien ministre souligne de son côté que la sécurité était aussi bien tenue au Liban qu’en Syrie, du temps des Syriens. Les cadres qui coopéraient avec les Syriens ont été écartés sans être dûment remplacés et la sécurité s’est pour ainsi dire retrouvée à l’abandon. Puis les nominations ont fait l’objet d’un bazar traditionnel de copartage confessionnalisé, dont on n’est pas encore sorti. L’appartenance politique ou partisane pour les postes sécuritaires ou judiciaires prend le pas sur la compétence, sur l’expérience et sur le savoir-faire. Le président Lahoud n’a pas réussi à faire rendre la Sûreté générale aux chrétiens, car les chiites s’y accrochent en parlant de droit acquis, alors que la désignation de Jamil Sayyed avait constitué une première, en se fondant sur la compétence et non sur la confession. Quand le régime a cédé, le Hezbollah a exigé de nommer lui-même le directeur. Il a fait de même pour le ministère des Affaires étrangères et on lui a donné satisfaction sur ce point, malgré les réserves de plusieurs puissances, dont les USA. En fait, les exigences du Hezb et son entrée au gouvernement, cheikh Naïm Kassem, secrétaire général adjoint de la formation, les explique par la nécessité de compenser la perte de l’ombrelle politique syrienne. Et d’être proche du centre de décision, maintenant devenu libanais, pour parer à toute éventualité face à Israël. Comme face à la 1559 ou à la 1614. Pour en revenir au président Siniora, il se trouve dans une position délicate. S’il appuie des nominations demandées par la majorité, il risque de voir les ministres de la minorité démissionner en bloc. Et s’il donne satisfaction à la minorité, il se trouverait contesté, bien évidemment, par la majorité. Ainsi Ghazi Aridi a déjà fait savoir que le maintien des ministres représentant la Rencontre démocratique de Joumblatt est tributaire de la cessation des tergiversations du gouvernement. Dont l’existence, menacée à gauche comme à droite, pourrait bientôt ne tenir qu’à un fil. Émile KHOURY
Des députés haririens et joumblattistes se plaignent à haute voix du comportement du chef du gouvernement, un peu trop diplomatique à leur goût dans ses rapports avec les autres pôles du pouvoir. Ils lui reprochent notamment de vouloir composer en matière de nominations judiciaires et sécuritaires. Joumblatt lui-même, s’exprimant devant le congrès extraordinaire de son parti, a accusé le gouvernement de « n’avoir rien su faire jusqu’à présent. De ne s’être pas assuré du contrôle, ne serait-ce qu’élémentaire et minimal, des articulations sécuritaires. De n’avoir même pas pu désigner un commandant en chef de la gendarmerie qui soit un homme sûr. Ni un responsable de la Sûreté générale appartenant à la ligne nationale et garanti sans liens avec les services, ou avec l’ancien ordre libano-syrien, le...