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Les lecteurs ont voix au chapitre

Bravo pour le Conseil constitutionnel ! Je pense que tous les Libanais doivent être heureux, comme moi, de découvrir que le pouvoir constitutionnel représenté par le Conseil constitutionnel a pu renforcer le principe de séparation des pouvoirs dans cette phase critique de la reconstruction du pays. En effet, il est primordial que les pouvoirs juridique et constitutionnel puissent agir et décider en ayant une indépendance totale vis-à-vis du Législatif et de l’Exécutif, ce qui n’était pas toujours le cas malheureusement ces derniers temps. Ainsi, la déception de voir un Parlement nouvellement élu sortir une loi anticonstitutionnelle (loi n° 679) pour de petits intérêts personnels n’a d’égal que la fierté de voir des responsables osant dire non à cette violation de la Constitution en abrogeant totalement la loi votée par la majorité. Heureusement que parmi les députés, il y en avait une dizaine qui représentaient la conscience de cette Assemblée, qui ont cru à leur droit et à leur devoir de contrôle, et qui ont été jusqu’au bout pour le réclamer. Je souhaite que ce vent d’indépendance qui souffle sur le Liban depuis le 14 mars puisse souffler sur tous les responsables afin de les libérer de toute tutelle, de toute crainte et de tout désir égoïste d’agir pour soi contre l’intérêt général. Naji WAKED La réforme à quel prix ? Le gouvernement a décidé de considérer la réforme comme un premier objectif, mais comment et à quel prix ? Il existe une seule méthode efficace : établir des états généraux à l’échelle nationale pour effectuer les analyses nécessaires. La méthode est souvent pratiquée par le corps médical à travers le monde et par les personnes avisées. Il s’agit des étapes suivantes : 1- effectuer les analyses ou les diagnostics sur la situation actuelle de l’État libanais pour déterminer la nature de la maladie ou du virus affectant son appareil de fonctionnement ; 2- il est essentiel donc de stopper l’hémorragie (corruption) en premier lieu et sans tarder, car toute excuse ou report tue le malade ; 3- faire passer le malade à la salle de réanimation pour le traitement nécessaire si l’on veut éviter de voir son état empirer ; 4- traiter le malade à terme pour le rétablissement de sa santé ; 5- assurer un suivi et un contrôle efficaces ; 6- un plan de bon fonctionnement et de bonne conduite sera établi en conséquence pour rétablir l’ordre et assumer la pratique ; Il appartient aux praticiens de retrousser les manches et de préparer le plan de travail. Salah EL-ACHKAR Idéologie et religion C’est toujours avec plaisir que je lis les articles de Michel Hajji Georgiou, qui montre des qualités de journaliste combinées à des qualités de sociologue et d’analyste politique. Ses divers articles sur le 14 mars sont très révélateurs et seront, je crois, utiles aux historiens qui chercheront à comprendre ce mouvement complexe. Je souhaite toutefois revenir sur l’entretien avec Nabil Khalifé, dont les propos me semblent symptomatiques de la mentalité ultraconfessionnelle qui est celle de nombreux Libanais, même parmi les universitaires. Nabil Khalifé appelle à la constitution d’un axe chrétien entre le CPL et les FL. Il est en droit de suggérer cela, même si les deux mouvements sont très différents, le premier étant laïc et le second confessionnel. Par ailleurs, pourquoi faudrait-il toujours que les chrétiens s’allient entre eux et les musulmans entre eux ? N’est-il pas temps de voir émerger des mouvements et des alliances multicommunautaires ? Mais cela ne prêterait pas à commentaire si M. Khalifé ne poursuivait pas dans sa logique en tenant des propos confessionnels très simplistes. Ainsi, il déclare : « La liberté est à la base de l’idéologie chrétienne, l’unité à la base de l’idéologie musulmane. » Je trouve ces propos très choquants. Tout d’abord parce que les « idéologies » ne dépendent pas de l’appartenance religieuse. Ensuite parce que cette affirmation péremptoire ne s’appuie sur rien de solide d’un point de vue académique ou historique. Je suis un Libanais sunnite et je suis très attaché à la liberté, de même que mes amis chrétiens sont très attachés à l’unité. C’est probablement cette logique confessionnelle, et à mes yeux manichéenne, qui pousse M. Khalifé à préconiser un système électoral fondé sur des découpages essentiellement confessionnels. Il affirme : « La représentation saine, c’est la représentation des communautés. » Je crois que nous sommes nombreux à penser que la représentation saine est celle des citoyens, y compris ceux qui ne se sentent pas liés prioritairement à leur communauté, mais se considèrent d’abord et avant tout comme libanais. J’espère que la commission de sages réunie autour de Fouad Boutros saura prendre en considération le fait que les Libanais en ont assez de cette logique communautariste et souhaitent une loi électorale qui favorise l’émergence de partis pluriconfessionnels à la place des groupements sectaires que nous avons aujourd’hui. Firas SAAD Diplômé en sciences politiques de l’Université de Georgetown Sans partager nécessairement les thèses de M. Khalifé, il faut cependant lui reconnaître la sincérité académique d’affirmer d’emblée que sa lecture sociopolitique du système politique libanais est une lecture communautaire, dans la mesure où le Liban est un pays qui constitue, avant toute autre chose, un agrégat, un rassemblement de communautés au fil de l’histoire. Il a également l’honnêteté intellectuelle, et c’est une denrée rare dans les milieux intellectuels de se situer dans une école de pensée, en s’avouant, sans hypocrisie, comme un disciple de Michel Chiha et du libanisme. D’où l’importance, pour lui, dans l’équilibre réel que suppose le pacte de convivialité, que chaque communauté puisse se repositionner, avec ses représentants réels sur l’échiquier libanais, pour que le pacte islamo-chrétien ne soit pas vicié à la base, ne soit pas affublé d’une tare structurelle, ne soit pas délégitimé dès sa naissance. Concernant par ailleurs l’usage du terme « idéologie » par M. Khalifé dans un contexte de lecture communautaire, il ne fallait pas le comprendre dans sa dimension péjorative, dimension acquise surtout après les expériences nazie et communistes, dans la période de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide. Nabil Khalifé voulait renvoyer, par le terme « idéologie », à l’existence d’une valeur fondamentale sous-jacente. C’est le concept de « l’idéologie » tel qu’utilisé par Nassif Nassar, dans le sens d’une « idée motrice qui tend à s’imposer à un groupe au fil du temps ». C’est dans ce sens qu’il distingue, dans les valeurs religieuses, une nette tendance en faveur de l’unité dans l’islam et de la liberté dans le christianisme, qui se répercute sur une certaine perception de la chose politique. Il s’agit là, et Nabil Khalifé a également l’honnêteté de le reconnaître dans le cadre de l’interview, d’une approche culturaliste de la sociologie politique. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il occulte toute dimension de l’individu dans sa lecture sociopolitique de la société libanaise. Cependant, Nabil Khalifé ne fait que procéder à une analyse pragmatique de la situation libanaise, et ne fait qu’utiliser les forces (communautaires) en présence dans la logique même (tout aussi communautaire) du système. Et nous ne l’avons malheureusement pas interrogé sur le processus de formation de la citoyenneté au Liban, toujours avorté et renvoyé aux calendes grecques du fait même de ce « despotisme » communautaire. M.H.G.

Bravo pour le Conseil constitutionnel !

Je pense que tous les Libanais doivent être heureux, comme moi, de découvrir que le pouvoir constitutionnel représenté par le Conseil constitutionnel a pu renforcer le principe de séparation des pouvoirs dans cette phase critique de la reconstruction du pays. En effet, il est primordial que les pouvoirs juridique et constitutionnel puissent agir et décider en ayant une indépendance totale vis-à-vis du Législatif et de l’Exécutif, ce qui n’était pas toujours le cas malheureusement ces derniers temps. Ainsi, la déception de voir un Parlement nouvellement élu sortir une loi anticonstitutionnelle (loi n° 679) pour de petits intérêts personnels n’a d’égal que la fierté de voir des responsables osant dire non à cette violation de la Constitution en abrogeant totalement la...