La récente démission du ministre israélien des Finances, Benjamin Netanyahu, et l’opposition travailliste au budget 2006 pavent la voie à une lutte sans merci pour la direction du Likoud d’Ariel Sharon et à d’éventuelles législatives anticipées après le retrait de la bande de Gaza.
M. Netanyahu a jeté l’éponge en dénonçant, avec le soutien des durs du Likoud, le retrait de la bande de Gaza. Des sondages publiés hier prouvent a posteriori qu’il avait bien calculé sa démarche : il évincerait nettement M. Sharon de la direction du Likoud dans des élections primaires. Selon un sondage de la Chaîne-10 privée de télévision israélienne, M. Netanyahu l’emporterait avec 42 % des voix des 152 000 membres du Likoud contre 27 % à M. Sharon, 15,6 % étant hésitants. Un autre sondage publié par le quotidien Haaretz montre que M. Netanyahu s’imposerait avec 47 % des voix contre 32 % à M. Sharon, dans le cas où ils seraient les seuls à briguer la direction du parti.
Ces chiffres ont été publiés après que le gouvernement eut adopté, dans la nuit de mardi à mercredi, le projet de budget de l’État 2006 approuvé par douze ministres contre huit, dont sept du parti travailliste. Ces derniers ont désapprouvé le projet de budget car ils ont en vain réclamé une rallonge substantielle pour la lutte contre la pauvreté, suite à un rapport indiquant que 1,5 million d’Israéliens vivaient en 2004 sous le seuil de pauvreté.
« Si ce budget n’est pas voté d’ici au 31 mars au plus tard, nous devrons organiser un scrutin anticipé », a déclaré le porte-parole et conseiller de M. Sharon. Selon lui, « les travaillistes pourraient prétexter du “caractère antisocial” du budget pour quitter la coalition gouvernementale après la fin du retrait de Gaza », début octobre. Le budget doit encore obtenir l’aval du Parlement en trois lectures d’ici à fin mars au plus tard, faute de quoi le gouvernement tomberait, alors que la législature s’achève normalement en novembre 2006.
M. Sharon a récemment épinglé le manque de considération des couches défavorisées dans le budget 2006 élaboré par M. Netanyahu avant sa démission. Selon un de ses proches, M. Sharon envisage de dissoudre la Chambre après la fin du retrait, sans attendre le vote du budget fin décembre, pour couper l’herbe sous le pied des travaillistes. Dans ce cas de figure, il se heurterait alors très vite et frontalement à M. Netanyahu lors d’élections primaires du Likoud.
Sa position n’est pas meilleure parmi les quelque 3 000 membres du comité central du parti, place forte traditionnelle de M. Netanyahu, qui lui ont fait la vie dure ces deux dernières années sous l’impulsion des « durs » opposés au plan de désengagement. Cette instance établit la liste des candidats du parti au Parlement. On voit mal comment M. Sharon pourrait aller de l’avant dans le processus de règlement politique avec les Palestiniens, si les modérés de son parti sont écartés de cette liste au profit des radicaux.
« En politique, il ne faut jamais dire que quelque chose ne peut en aucun cas se produire », a récemment déclaré le Premier ministre à des journalistes qui l’interrogeaient sur la possibilité d’une implosion du Likoud. À mots couverts, il a ainsi apporté une certaine crédibilité aux rumeurs récurrentes sur l’éventuelle émergence d’une formation centriste rassemblant notamment des éléments modérés du Likoud, des travaillistes et les sympathisants du Shinouï (centre laïque).
Cette formation, selon le politologue israélien Akiva Eldar, « pourrait faire campagne sur les perspectives de paix, de prospérité et de bien-être social offertes par la relance du processus de règlement politique avec les Palestiniens, après la fin du désengagement ».
Charly WEGMAN (AFP)
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M. Netanyahu a jeté l’éponge en dénonçant, avec le soutien des durs du Likoud, le retrait de la bande de Gaza. Des sondages publiés hier prouvent a posteriori qu’il avait bien calculé sa démarche : il évincerait nettement M. Sharon de la direction du Likoud dans des élections primaires. Selon un sondage de la Chaîne-10 privée de télévision israélienne, M. Netanyahu l’emporterait avec 42 % des voix des 152 000 membres du Likoud contre 27 % à M. Sharon, 15,6 % étant hésitants. Un autre sondage publié par le quotidien...