« Je me donne cent jours… » Il est des expressions qui enchantent. Des défis, virils ou timides, claironnés ou murmurés, qui font sourire. C’est une chose quand l’albatros Dominique de Villepin le jette, un peu empêtré dans ses ailes de géant ; c’en est une toute autre quand Fouad Siniora se met en tête de jouer les argentiers égarés dans les impasses brumeuses de la poésie.
La réponse du gouvernement qu’il a lue samedi aux députés avant qu’ils ne votent est décidément intéressante. Certes, elle prouve de nouveau aux rares indécis qui restaient que le sport préféré du locataire du Sérail consiste à essayer de convaincre des Bédouins du désert, par exemple, de lui acheter des sacs de sable ; de persuader ces braves gens que ce sable-là, ils pourraient l’utiliser pour cuisiner le chameau, se laver les oreilles, ou acheter des actions à la Banque Méditerranée. Certes, elle reprend, dans beaucoup de ses paragraphes, les mêmes slogans creux et pompeux qui rythmaient sa déclaration de politique générale, notamment en ce qui concerne le Liban et la Syrie ou la libanisation de la (très) nécessaire application de la 1559.
Sauf que la réponse de Fouad Siniora a ceci de bon qu’elle dégage déjà une forte odeur de transpiration, de sueur aux fronts. Peu importe si, pour « assainir » les relations avec Damas, il faut s’aplatir, jouer aux Iouchtchenko de troisième catégorie, confondre les crachats avec de grosses gouttes de pluie ; peu importe si, pour ménager la chèvre et le chou, on maltraite un peu l’intelligence des Libanais : le Premier ministre veut du travail. Du travail, du travail et encore du travail. Des « efforts ». Il veut des ministres qui transforment les orientations en programmes de travail, des députés qui déclenchent un véritable chantier législatif, des chefs de service qui ne font que ce pour quoi ils sont payés, des pouvoirs indépendants les uns des autres, qui se respectent, qui ne se mélangent pas, qui n’empiètent pas les uns sur les autres, qui ne débordent pas, surtout, du cadre constitutionnel qui est le leur.
En distribuant à chacun une sorte de feuille de route – Nabih Berry, les parlementaires, les ministres, Tanios Khoury et son successeur, Saïd Mirza, les patrons de services, etc. –, en les exhortant tous à multiplier les heures de travail, Fouad Siniora se pose en patron d’entreprise amoureux qui veut exacerber le don de soi et le déterminisme de tout un chacun. Sauf qu’en amour, on n’a rien pour rien. Surtout qu’il lui reste encore à inclure l’essentiel dans les segments de son discours amoureux, de son ode à l’effort : les Libanais. Qui ne demandent qu’à se transformer, eux aussi, de simples spectateurs en acteurs véritables de la réforme et du développement.
100 jours pour convaincre ?
Ziyad MAKHOUL
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La réponse du gouvernement qu’il a lue samedi aux députés avant qu’ils ne votent est décidément intéressante. Certes, elle prouve de nouveau aux rares indécis qui restaient que le sport préféré du locataire du Sérail consiste à essayer de convaincre des Bédouins du désert, par exemple, de lui acheter des sacs de sable ; de persuader ces braves gens que ce sable-là, ils pourraient l’utiliser pour cuisiner le chameau, se laver...