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Actualités - Opinion

Collabo, ou alors ennemi

Personne n’est dupe. Les prétextes invoqués par les responsables syriens pour justifier les mesures prises à la frontière avec le Liban sont loin d’être convaincants. D’autant que les précédents à cet égard sont nombreux. L’histoire contemporaine des relations bilatérales entre le Liban et la Syrie est en effet jalonnée d’une longue série de mesures vexatoires qui avaient souvent pour théâtre, précisément, les frontières entre les deux pays. Béchir Gemayel a souligné un jour, au plus fort de la crise entre les Forces libanaises et Damas au début des années 80, que le fond du problème dans les rapports avec notre voisin réside dans le fait que les dirigeants syriens ne conçoivent les relations avec les Libanais que sous l’angle de l’équation (pernicieuse) « collabo ou ennemi ». Sur les bords du Barada, le pouvoir a, de fait, constamment cherché à contraindre les Libanais à faire preuve de suivisme ou, à défaut, à subir les conséquences de leur soif insatiable de liberté. Pas de place, donc, pour des relations rationnelles, équilibrées, d’égal à égal. Cette approche ne date pas d’hier et n’est nullement une conséquence de la guerre libanaise ou des derniers développements sur la scène locale. Elle a commencé à se manifester au lendemain même de la première indépendance du Liban, en 1943. À la fin des années 40 et jusqu’au début des années 50, la Syrie a ainsi tenté d’entraîner le gouvernement libanais dans son option d’économie dirigée, basée sur le protectionnisme et l’autarcie. Face au refus du Liban de s’engager sur cette voie, Damas a multiplié de 1948 à 1953 les mesures vexatoires à l’égard des Libanais, plus particulièrement aux frontières, en imposant de sévères restrictions à la circulation des produits alimentaires, en refusant de vendre du blé au Liban lorsqu’il en avait besoin ou, tout simplement, en interrompant carrément le libre passage des personnes et des marchandises entre les deux pays. La même logique de coercition a été appliquée en mai 1973 sous le mandat du président Sleimane Frangié (pourtant un fidèle allié du régime syrien) afin d’amener le pouvoir libanais à abandonner son opération (légitime et justifiée) de mise au pas des organisations armées palestiniennes qui avaient instauré, à l’époque, un État dans l’État. Damas avait alors fermé ses frontières pour faire fléchir le gouvernement libanais. Plus de trente ans plus tard, la Syrie utilise à nouveau ces mêmes armes. Lorsque le Premier ministre Nagib Mikati s’est prononcé pour une révision des accords bilatéraux (déséquilibrés) conclus avec Damas après Taëf, le pouvoir syrien s’est vite empressé de geler les livraisons de gaz destiné au fonctionnement des usines d’électricité de Beddaoui et Zahrani. Quant aux récentes mesures prises aux frontières pour filtrer au compte-gouttes la circulation des camions se rendant en Syrie, elles constitueraient, de l’avis de la plupart des observateurs, une pression exercée par anticipation sur le chef du gouvernement désigné, Fouad Siniora, dont l’affiliation au courant haririen n’est pas pour plaire outre mesure aux maîtres de Damas. Le plus grave dans les mesures vexatoires de ces dernières semaines, c’est qu’elles reflètent une mentalité, une approche des rapports bilatéraux relevant d’une ère totalement révolue au chapitre des relations internationales. Le chantage et la coercition sont, sur ce plan, des méthodes totalement incongrues qui n’ont plus – ou ne devraient plus – avoir leur place en ce début du XXIe siècle. Le Liban et la Syrie viennent de sortir d’une phase de quinze années de tutelle qui a débouché sur un implacable effet boomerang contre Damas. Il est peut-être grand temps aujourd’hui de dépasser l’esprit des années 50 pour nous engager, enfin, sur la voie de relations équilibrées, régies par des gouvernements qui se respectent. Et qui se respectent mutuellement… Afin de tirer un trait, définitivement, sur l’équation « collabo, ou alors ennemi ». Michel TOUMA
Personne n’est dupe. Les prétextes invoqués par les responsables syriens pour justifier les mesures prises à la frontière avec le Liban sont loin d’être convaincants. D’autant que les précédents à cet égard sont nombreux. L’histoire contemporaine des relations bilatérales entre le Liban et la Syrie est en effet jalonnée d’une longue série de mesures vexatoires qui avaient souvent pour théâtre, précisément, les frontières entre les deux pays.
Béchir Gemayel a souligné un jour, au plus fort de la crise entre les Forces libanaises et Damas au début des années 80, que le fond du problème dans les rapports avec notre voisin réside dans le fait que les dirigeants syriens ne conçoivent les relations avec les Libanais que sous l’angle de l’équation (pernicieuse) « collabo ou ennemi ». Sur les bords du...