Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Feux mal éteints

Le 21 novembre 1995 étaient signés les accords de Dayton mettant fin, sur le papier du moins, à la guerre interethnique qui ravageait depuis trois ans l’ex-Yougoslavie et avait coûté la vie à plus de 200 000 personnes. L’un des principaux effets de cet accord fut la partition de la Bosnie-Herzégovine en une entité serbe, la Republika Srpska, et en une entité croate musulmane, la Fédération du même nom. Dix ans plus tard, les accords de Dayton ont montré leurs limites. Si chaque entité dispose de ses propres institutions, armée, police et gouvernement, l’État unitaire est toujours particulièrement faible. Alors que les Serbes ont finalement accepté la mise en place d’un ministère central de la Défense, ils opposent toujours un veto à la mise en place d’un ministère commun de l’Intérieur. Des Serbes qui, par ailleurs, se sont illustrés par un manque complet de coopération avec le Tribunal pénal international. Face à ce double manquement, de réformes et de coopération avec la justice internationale, les portes de l’Europe restent fermées à l’ancienne république yougoslave. Plus dangereux encore, la réconciliation est loin d’être au rendez-vous au sein des populations. Ainsi, les Serbes de Bosnie lorgnent toujours en direction de la Serbie voisine. À Srebrenica, désormais sise en Republika Srpska, les réfugiés rentrent au compte-gouttes. Selon le maire de la ville, seuls 4 000 des quelque 28 000 musulmans vivant avant la guerre dans cette ville martyre ont regagné leurs foyers. Une situation qui se reflète naturellement sur la scène politique. Les partis modérés ont en effet eu une durée de vie plutôt brève. Dès les législatives de 2002, les nationalistes opéraient un retour en force en Bosnie-Herzégovine. Un phénomène d’ailleurs commun à toute l’ex-Yougoslavie, puisqu’en 2003, on observait le même scénario en Croatie. Sans parler de la Serbie dont la population portait au Parlement les ultranationalistes, dont Milosevic, fin décembre 2003. Une configuration qui rappelle les années précédant la guerre... Sur le plan économique, la situation n’est pas plus reluisante. Malgré les 5 milliards de dollars d’aide financière, la Bosnie est toujours sous perfusion internationale. Outre la faiblesse des investissements étrangers, 40 % de la population est au chômage et 20 % vit sous le seuil de pauvreté. Dans ce contexte tendu, le jugement des criminels de guerre de tout bord est, selon de nombreux experts, d’une urgente nécessité. Or à ce niveau, si les autorités serbes sont à blâmer, la communauté internationale en général, et l’Otan en particulier, le sont tout autant en raison de leur manque de motivation et de volonté, jusqu’à une date récente, dans la traque des Mladic et autre Karadzic. Dans cette région que l’on a longtemps baptisée la poudrière des Balkans, les feux sont, dix ans après les massacres de Srebrenica, toujours mal éteints. Émilie SUEUR
Le 21 novembre 1995 étaient signés les accords de Dayton mettant fin, sur le papier du moins, à la guerre interethnique qui ravageait depuis trois ans l’ex-Yougoslavie et avait coûté la vie à plus de 200 000 personnes.
L’un des principaux effets de cet accord fut la partition de la Bosnie-Herzégovine en une entité serbe, la Republika Srpska, et en une entité croate musulmane, la Fédération du même nom.
Dix ans plus tard, les accords de Dayton ont montré leurs limites. Si chaque entité dispose de ses propres institutions, armée, police et gouvernement, l’État unitaire est toujours particulièrement faible. Alors que les Serbes ont finalement accepté la mise en place d’un ministère central de la Défense, ils opposent toujours un veto à la mise en place d’un ministère commun de l’Intérieur. Des Serbes...