Libération a publié dans son édition d’hier le témoignage de Marie-Jeanne Ion, journaliste roumaine, qui raconte en détail avoir été détenue avec Florence Aubenas en Irak. Dimanche soir, sur l’aéroport de Villacoublay, Florence avait démenti, après hésitation, avoir été détenue avec les Roumains.
Pour Marie-Jeanne Ion, Florence Aubenas attend certainement un « feu vert » des services de renseignements avant de raconter leur détention commune.
L’ancien ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a de son côté confirmé lundi midi sur RMC que la journaliste française et les Roumains « avaient été détenus ensemble dans le même endroit ».
Interrogée à Bucarest par un correspondant de Libération, Marie-Jeanne Ion, journaliste de Prima TV, a dit son « soulagement » : « Je peux enfin parler et dire à quel point Florence Aubenas nous a aidés à passer les moments durs de notre détention ».
Elle a été retenue en otage pendant un mois et demi avec ses deux confrères et leur guide irakien. « Florence Aubenas et son guide se trouvaient déjà dans le sous-sol de dix mètres carrés quand on nous y a emmenés. J’avais les yeux bandés, mais j’ai senti qu’il y avait quelqu’un d’autre dans la pièce. J’ai alors demandé si l’on parlait anglais ou français, mais personne ne m’a répondu. On m’a assise à même le sol. Quelque temps plus tard, j’ai senti une présence à côté de moi. C’était Florence. Elle a chuchoté en français, puis en anglais et m’a parlé des règles des ravisseurs : la première étant de ne pas discuter entre nous », a dit la jeune femme.
« Au début, j’avais très peur et je lui ai demandé si on lui avait fait mal. Elle m’a rassurée, en me disant avoir été plutôt bien traitée. Mais c’était très dur (...). On nous donnait peu de nourriture : du riz, du pain, des tomates, des cornichons, du thé le matin. Florence nous disait tout le temps avoir envie d’un bon steak, alors que moi je lui parlais du café que nous allions boire une fois sortis d’ici », témoigne-t-elle.
Elle reconnaît avoir tenu grâce à sa consœur de Libération : « Elle nous encourageait tous, dans les moments de déprime. »
« Au début, nous parlions peu entre nous, par peur des punitions. On pouvait nous menotter ou nous priver de dîner, mais, petit à petit, nous nous sommes rendu compte que dans la cellule il ne pouvait pas y avoir de caméras vidéo, comme l’avaient affirmé les gardiens (...). Alors, on a commencé à bavarder davantage. Florence nous racontait ses expériences journalistiques, au Rwanda, au Kosovo, en Irak, nous, on lui parlait de la Roumanie d’aujourd’hui. »
Les deux femmes étaient assises l’une à côté de l’autre, presque 24 heures sur 24 : « Même aux toilettes, on nous faisait sortir ensemble (...). Les seuls moments où on était séparées, c’était lorsqu’on nous emmenait pour les interrogatoires ou les enregistrements des cassettes, mais après on se racontait comment cela s’était passé. »
La libération des journalistes roumains et leur guide s’est passée « tellement vite qu’on n’a pas eu le temps de dire au-revoir à Florence et à Hussein ».
Marie-Jeanne espère voir Florence au plus vite. Elle regrette de ne pas avoir pu dire la vérité à la sœur de Florence quand elle lui a parlé après sa propre libération : « C’étaient les consignes que nous avions reçues. Je craignais que si je disais quoi que ce soit, ceci aurait pu retarder la libération de Florence et de Hussein. »
Un ministre irakien appelle à une révolte façon mai 68 dans les universités
Le ministre de l’Enseignement supérieur irakien, Sami al-Mouzaffar, a appelé hier de ses vœux une révolution des mentalités sur le mode du mai 1968 français dans les universités en Irak, une fois le pays stabilisé. Pour M. Mouzaffar, un tel mouvement est nécessaire pour rompre avec l’ère dictatoriale de Saddam Hussein, qui a pris fin avec la prise de Bagdad par les Américains en avril 2003. « Ils démontreront ainsi qu’ils ont changé radicalement, qu’ils travaillent, qu’ils pensent clairement et qu’ils savent ce qu’est la politique », a-t-il dit. « C’est la leçon que j’ai apprise de la révolte des étudiants en France. » Selon lui, les étudiants irakiens ne connaissent pas le concept de révolte et doivent y réfléchir. En mai 1968, les étudiants et les travailleurs en France ont organisé des protestations qui ont duré des semaines, paralysant l’économie et marquant la fin de l’ère incarnée par le président Charles de Gaulle.
Damas veut « assainir »
ses relations avec Bagdad
La Syrie, qui est régulièrement accusée de faciliter l’entrée de combattants étrangers en Irak, a souhaité dimanche « assainir » ses relations avec Bagdad, a rapporté l’agence officielle Sana. L’agence citait des « recommandations » publiées après la tenue du congrès du Baas qui s’est achevé jeudi. Le parti souhaite « poursuivre le dialogue avec les dirigeants et les partis politiques irakiens pour faire aboutir le processus politique en cours dans le cadre d’un Irak démocratique », ajoute Sana. Selon l’agence, le parti Baas recommande également de « donner la priorité aux relations historiques avec le Liban et de renforcer la coopération » entre les deux pays.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats