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Actualités - Opinion

LE POINT Dernière cartouche

À l’occasion, les poètes savent faire preuve de pragmatisme. Dans les salles de rédaction, on a cru un moment que sa déclaration de politique générale, le Premier ministre français allait la truffer d’envolées lyriques – le souvenir du discours devant le Conseil de sécurité n’est pas près de s’estomper … Au lieu de quoi, il fut sobre, mesuré, technique, comme l’exigeait la circonstance. En un mot pragmatique, n’en déplaise aux adversaires de Dominique de Villepin, qui ont choisi de garder leurs critiques pour le lendemain. Le « plan d’urgence » contre le chômage et pour la relance de l’économie ? Des « mesurettes » dans lesquelles le gouvernement s’enlise, ont ainsi jugé les Verts par la voix de l’un des leurs, Jean Desessard. Une expression qui a dû faire mal à un homme plus à l’aise dans la démesure que dans le carcan du banal quotidien. Aussi, la riposte n’a-t-elle pas tardé à fuser, virulente dans la forme au point d’en être passablement injuste : « C’est la faute à quinze ans de socialisme et notre marge de manœuvre est étroite », a rétorqué le principal intéressé. Il n’empêche : le problème est posé et le ton donné. Désormais, il n’y aura plus de mouche au bout du fleuret pointé dans sa direction, côté cœur, comme si, à vingt-deux mois de la fin du mandat quinquennal de Jacques Chirac, les cadeaux même gratuits n’étaient plus de mise. Ernest-Antoine de Seillière s’est déjà prononcé sur le sujet, parlant de mesures « probablement insuffisantes pour créer un élan vers l’emploi » et brossant de la situation un tableau propre à en effaroucher plus d’un, surtout en cette période où la France profonde, celle d’ « en bas » pour reprendre une expression mise à l’honneur par Jean-Pierre Raffarin, s’installe dans la déprime, alors que la croissance est faible et que les déficits vont en s’aggravant. Le président du Medef s’est attiré aussitôt une mise au point indirecte de Jean-Louis Borloo :« Les vrais impacts (du plan de cohésion sociale) seront pour 2006 », a rappelé le ministre de l’Emploi. Mais dans cette étrange partie de poker menteur entamée il y a des mois, est-ce bien d’économie qu’il s’agit ? Tous les partenaires, pour le faire croire, prennent des accents si convaincants qu’on se prend à douter de leurs intentions. À juste raison d’ailleurs. C’est que, à l’horizon plus du tout lointain, il y a cette échéance présidentielle qui en fait rêver plus d’un (et pas seulement en se rasant, ainsi que s’était laissé à le confier lors d’une émission télévisée un Nicolas Sarkozy en veine de confidence ce soir-là). Au lendemain même du 29 mai, les alliances d’occasion ont commencé à se défaire pour céder la place dans un premier temps aux assauts conjugués contre la nouvelle équipe en place avant que ne s’enclenchent les duels à l’intérieur des camps qui constituent les deux grands blocs trop commodément baptisés gauche et droite. Côté socialiste, nous allons avoir droit, ce n’est qu’un exemple entre plusieurs, à de drôles de règlements de comptes. Il y aura ainsi un groupe emmené par le premier secrétaire du parti François Hollande, ayant fait un temps cause commune avec l’UMP loyaliste, et un autre groupe placé sous la houlette de Laurent Fabius qui s’était retrouvé au pied de la barricade anti-Constitution européenne en compagnie du peu fréquentable Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers, un Chouan point du tout repenti. La situation n’est guère plus rassurante en face, avec la perspective d’un combat singulier entre « deux Premiers ministres » dont l’un au moins brigue l’honneur suprême de se mettre au service de la France et des Français. Cent jours pour convaincre l’opinion publique, c’est peu, quand la cote de défiance est de 79 pour cent et que le soutien au chef de l’État lui-même n’est plus que de 24 pour cent. Quand bien même les pourcentages seraient inversés, cela ne risque pas de changer grand-chose au climat ambiant de fin de règne. Jean-Marc Ayrault, chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, évoque une « phase de déstabilisation politique » et n’hésite pas à parler de « crise nationale ». Depuis la dissolution de 1997, le régime a accumulé les revers, principalement dus à de mauvais calculs dont le poids a fini par être lourd. Tel ce référendum sur le texte fondamental de l’UE que rien ne l’obligeait à organiser, ou encore ce ministère Raffarin qui n’en finissait pas de finir, alors que montait la grogne de la rue. Ainsi aussi de cet exposé par deux fois repris en l’espace de quelques heures devant le Sénat après avoir été lu devant les députés. Si l’histoire ne hoquète que rarement, il arrive trop souvent aux gouvernements de bégayer. Et c’est rarement un bon signe. Christian MERVILLE
À l’occasion, les poètes savent faire preuve de pragmatisme. Dans les salles de rédaction, on a cru un moment que sa déclaration de politique générale, le Premier ministre français allait la truffer d’envolées lyriques – le souvenir du discours devant le Conseil de sécurité n’est pas près de s’estomper … Au lieu de quoi, il fut sobre, mesuré, technique, comme l’exigeait la circonstance. En un mot pragmatique, n’en déplaise aux adversaires de Dominique de Villepin, qui ont choisi de garder leurs critiques pour le lendemain. Le « plan d’urgence » contre le chômage et pour la relance de l’économie ? Des « mesurettes » dans lesquelles le gouvernement s’enlise, ont ainsi jugé les Verts par la voix de l’un des leurs, Jean Desessard. Une expression qui a dû faire mal à un homme plus à l’aise dans...