S’il réclame un retour à l’islam des origines, c’est en mettant à profit les technologies de l’information du XXIe siècle, sur internet, que s’exprime Abou Moussab al-Zarqaoui, chef du réseau terroriste el-Qaëda en Irak.
Dans des enregistrements audio mis en ligne, sur lesquels les observateurs avertis reconnaissent sa voix sans pouvoir formellement l’authentifier, il y revendique attaques et attentats, profère des menaces, commente l’actualité, s’adresse au peuple américain ou à Oussama Ben Laden ou, comme ce fut le cas lundi, donne des nouvelles de sa santé.
Pour un homme traqué par l’armée américaine, cela démontre une bonne capacité d’organisation et, estiment des experts, la présence à ses côtés d’une solide structure de communication.
Elle est dirigée par Abou Maisara al-Iraqi, chef de son « département de l’information », dont la signature sert d’authentification aux communiqués du groupe. C’est certainement sur lui que s’appuie Zarqaoui qui, ne lisant pas l’anglais, ne peut comprendre les articles de la presse occidentale (surtout américaine), dont des extraits émaillent certains de ses discours. « Les jihadistes en général et Zarqaoui en particulier se sont appropriés de façon extrêmement efficace la sphère technologique », explique Alain Chouet, ancien cadre de la DGSE (renseignements français).
Les efforts de détection déployés par les services secrets des pays cibles sont relativement faciles à contrecarrer, ajoute-t-il. « Si on change de point d’accès à chaque fois, ce n’est pas facile de s’y retrouver. Il suffit de trois ou quatre types bien placés, en Irak ou dans la région, pour recevoir, directement ou non, les messages et les transmettre. »
Rita Katz, qui dirige à Washington le Site Institute, spécialisé dans la surveillance et la traduction des sites Internet jihadistes, assure traiter « quotidiennement de quatre à dix messages émanant d’el-Qaëda en Irak. Ce n’est pas l’œuvre d’un homme seul. Je ne doute pas qu’il ait une équipe de gens doués autour de lui ».
« Si vous voulez adresser un message à Zarqaoui, vous pouvez. Il y aura une réponse. Nous en avons traduit de nombreuses. Son interaction sur Internet est étonnante. »
Régulièrement, le chef terroriste commente les affaires du monde (il a évoqué la mort du pape), évoque des événements dans des pays étrangers, polémique avec des journalistes.
Dans l’univers islamiste radical, l’usage d’Internet est encouragé, développé, omniprésent. « Voici une phrase que j’ai trouvée sur un site d’el-Qaëda », commente Jerrold Post, professeur de psychiatrie à la George Washington University, longtemps conseiller de la CIA : « Grâce aux avancées technologiques, il est facile de faire circuler des informations sur Internet. Nous demandons instamment aux musulmans professionnels de l’Internet de répandre les informations sur le jihad. Si vous ne le faites pas, vous en rendrez des comptes à Allah le jour du Jugement dernier ». « Il y a quelque chose comme 4 000 sites Internet islamistes, changeant de serveur chaque jour », ajoute M. Post. « Il n’y a aucun moyen d’empêcher cela, et nous en Occident, nous ne savons pas contrer les effets de ces messages extrémistes. »
Michel MOUTOT (AFP)
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