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Actualités - Chronologie

Vient De Paraître «Liban: le vivre ensemble», de Aïda Kanafani-Zahar (Photo)

Un sujet d’une brûlante actualité. Le vivre ensemble libanais dans un pays composé de dix-huit communautés! Aïda Kanafani-Zahar se penche sur le sujet et en tire un livre remarquable, intitulé Liban: le vivre ensemble – Hsoun, 1994-2000 (204 pages, aux éditions Geuthner). À titre de rappel, les autres ouvrages intéressants publiés par le même auteur: Le mouton et le mûrier: rituel du sacrifice dans la montagne libanaise (Presses universitaires de France), Mûné, la conservation alimentaire traditionnelle au Liban (Maison des sciences de l’homme, avec le concours du Centre national du livre, prix Langhe Ceretto 1995) et La réconciliation des druzes et des chrétiens du Mont-Liban ou le retour à un code coutumier. Quelque lumière sur le parcours de Aïda Kanafani-Zahar, chargée de recherche au CNRS, groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS-EPHE). Après un PhD en anthropologie à l’Université du Texas, à Austin, elle a enseigné à l’Université libanaise de 1979 à 1989, date à laquelle elle se rend à Paris où elle est maître de conférence invitée au Musée de l’homme. Après de nombreux travaux sur l’anthropologie de l’alimentation, elle se consacre depuis 1994 à l’étude de l’après-guerre dans la société libanaise (travail de mémoire, réconciliation, tentatives de sécularisation institutionnelle). La première idée qui viendrait à l’esprit, en parcourant le dernier opus de Aïda Kanafani-Zahar, pourquoi Hsoun? Et de quel vivre ensemble s’agit-il? Qu’est-ce que le vivre ensemble dans un village bi-religieux? Comment se construit-il? Qu’implique-t-il de la part de ceux qui vivent dans le même village? Quels sont ses enjeux et ses limites. Tout d’abord pourquoi Hsoun. L’auteur y répond, en toute simplicité, dans son introduction: «Entre 1994 et 2000, j’ai effectué plusieurs séjours à Hsoun. Le village est situé dans le district de Byblos (Jbeil), dans le département du Mont-Liban, à une quarantaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Je vivais tantôt dans une famille chiite, tantôt dans une famille maronite, circulant entre les deux durant les jours de fête et les jours ordinaires. J’ai également rendu visite à de nombreuses familles des deux communautés; j’ai entretenu des contacts réguliers avec certaines d’entre elles pendant les six ans qu’a duré mon travail et, avec d’autres, la communication a été moins régulière. J’ai aussi recueilli des informations auprès des habitants de Michân et de Firhit, deux villages biconfessionnels, et auprès des habitants de Fatrî, un village maronite, et de Calmât, un village chiite. Pourquoi Hsoun? Lors des travaux consacrés à l’étude de traditions alimentaires rurales (la constitution de réserve – 1994-1999 –, la fabrication du pain – 1994-1995,1997), le choix des villages n’a obéi qu’à un critère, celui de les sélectionner dans des régions plus ou moins urbanisées pour évaluer les modifications que subissaient ces traditions. Je n’avais associé aucune préoccupation d’ordre religieux à ce choix.» Un univers représentatif à plus d’un égard et dont le préfacier de l’ouvrage, Jean-Paul Willaime, dit en substance: «Le grand mérite de l’ouvrage de Aïda Kanafani-Zahar est de nous faire découvrir, à partir d’une enquête localisée et approfondie, comment des Libanais vivent ensemble avec leurs différences religieuses... La saisie de ce vivre ensemble interreligieux à l’échelle d’un village n’empêche pas l’auteur de mesurer les difficultés et les obstacles qui subsistent à l’échelle nationale : non seulement l’échec du mariage civil, en 1998, et l’abolition du confessionnalisme politique, mais aussi les difficultés persistantes pour déboucher sur une vision commune de l’histoire récente du Liban à travers les manuels scolaires, comme l’opposition manifestée au retrait des cours confessionnels de religion à l’école. On ne décide pas ces choses par décret face à une société civile fortement imprégnée de segmentations communautaires. Si celles-ci ont une incontestable dimension religieuse, le livre n’omet pas de mentionner le poids très important des lignages familiaux dans ces segmentations: à Hsoun même, il y a, outre deux mosquées, deux églises maronites issues de deux familles différentes… Si ce village bi-religieux n’offre forcément qu’une vision limitée des réalités libanaises, l’enquête fouillée qu’a menée Aïda Kanafani-Zahar permet de mieux comprendre les logiques sociales à l’œuvre dans un pays où les cultures religieuses sont fortement structurantes des identités individuelles et collectives. Mais si 47,6% des Libanais déclaraient en 1997, selon une enquête citée par l’auteur, ne pas avoir d’opinion à propos du projet d’introduction du mariage civil, on peut se demander si, au Liban comme ailleurs, un processus de sécularisation des mentalités n’est pas à l’œuvre.» Un ouvrage éclairant sur les structures et les mentalités d’une société... Et, en même temps, une invite à réfléchir en profondeur sur un état d’être. Le mot de la fin est encore à Jean-Paul Willaime: «La religion est ici une culture structurante et englobante, pourvoyeuse d’une identité régulièrement vécue à travers des rites et des coutumes qui entretiennent le sentiment d’un entre-soi symbolique. Une manière d’être, une façon de faire lien, de se rapporter au monde, de vivre le don et d’accepter la différence...» E. D.
Un sujet d’une brûlante actualité. Le vivre ensemble libanais dans un pays composé de dix-huit communautés! Aïda Kanafani-Zahar se penche sur le sujet et en tire un livre remarquable, intitulé Liban: le vivre ensemble – Hsoun, 1994-2000 (204 pages, aux éditions Geuthner). À titre de rappel, les autres ouvrages intéressants publiés par le même auteur: Le mouton et le mûrier: rituel du sacrifice dans la montagne libanaise (Presses universitaires de France), Mûné, la conservation alimentaire traditionnelle au Liban (Maison des sciences de l’homme, avec le concours du Centre national du livre, prix Langhe Ceretto 1995) et La réconciliation des druzes et des chrétiens du Mont-Liban ou le retour à un code coutumier.
Quelque lumière sur le parcours de Aïda Kanafani-Zahar, chargée de recherche au CNRS, groupe de...