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Actualités - Opinions

Les lecteurs ont voix au chapitre

De Charybde en Scylla « Un gouvernement est comme une mayonnaise : si on ne le réussit pas vite, du premier coup, il est raté. » Ces paroles sont du regretté Sami el-Solh et datent de l’été 1954, lors de la formation du premier cabinet sous le mandat du président Chamoun. Je les ai tirées de l’Almanach 1974 de L’Orient-Le Jour. Avec sa nouvelle équipe, Sami bey voulait innover en créant un ministère du Plan. Mais en abordant le problème du choix d’un directeur à ce nouveau poste, il n’avait pas tardé à reconnaître que l’on se heurtait à un grave problème : cette perle rare, allait-elle être sunnite, chiite, maronite, druze ? On comprend ainsi pourquoi la planification n’a jamais été exécutée que sur le papier. Aujourd’hui et plus d’un demi-siècle plus tard, les choses ne font qu’empirer. La nomination d’un directeur se décide sur une base confessionnelle, plus précisément au nom du rite et non du mérite. Demandez-vous après cela pourquoi la mayonnaise ne prend pas… Antoine SABBAGHA On vous regrette, « Amid » J’observe avec beaucoup de tristesse l’attitude de la classe politique libanaise, souvent très décevante. L’absence de conscience patriotique et d’humilité vis-à-vis de notre jeunesse, qui attend, risque de nous mener droit à l’absurde. Mais l’espoir naissant des Libanais ne doit pas être déçu ; l’histoire ne pardonnera à personne d’avoir fait échouer la renaissance de notre pays. Un homme aurait pu incarner ces aspirations : Raymond Eddé. Le Liban et les Libanais doivent vous regretter plus que jamais aujourd’hui, « Amid ». Joseph MAROUN Tahiti Trottoir et chaussée Les kilomètres de trottoirs récemment réaménagés à Beyrouth ne sont-ils pas destinés aux piétons ? Que Dame Municipalité veuille renflouer ses caisses en y autorisant l’installation de kiosques à journaux, passe encore. Mais faut-il que ces kiosques monopolisent toute la largeur du trottoir, obligeant ainsi les piétons à les contourner en se rabattant sur une chaussée à haut risque ? Essayez donc de remonter la rue de Rome jusqu’à la hauteur de la pharmacie Bustros et plus loin jusqu’au cinéma Concorde. Une expérience que je ne conseillerais à personne de tenter. Négligence ? Absence totale de bon sens ? Yvette KENAN Annales du brevet À l’approche des examens officiels du brevet, obtenir les annales est devenu un vrai casse-tête. Chaque librairie, pourtant proche de l’école, est devenue une maison d’édition indépendante, ne reconnaissant que ses publications . L’une se méfie d’un manuel d’occasion qui rapporte peu ; l’autre est fière d’avoir toutes les annales universelles sauf… le programme libanais. Enfin la dernière, elle, consentira une faveur insigne mais il vous faudra attendre votre copie quelques jours, car elle est en voie d’impression. Merci enfin pour l’encouragement officiel. Rosy A. SABBAGHA Énergies propres J’ai appris, comme la plupart des Libanais, la bonne nouvelle à travers un texte paru dans la presse : une société américaine va entreprendre une étude géosismique pour situer les gisements de pétrole et nappes de gaz dans nos eaux territoriales et ainsi donner sa chance au Liban de s’autosuffire en énergie. Sur l’immense plateau surplombant le port de Selaata, appelé Hamate, livré aux vents et aux rayons du soleil, une magnifique piste d’atterrissage, dotée d’un bâtiment et de son annexe, attend preneur depuis qu’elle a été libérée de l’occupant. Ce site, qui depuis attire les promeneurs du dimanche, serait à mon avis idéal pour implanter durablement un centre d’expérimentation et production d’énergies alternatives, et cela pour le plus grand bonheur de nos jeunes physiciens et électriciens. Je veux parler des éoliennes, systèmes infrarouges et piles photovoltaïques Le Liban pourrait-il avoir la chance de domestiquer les nouvelles formes d’énergie propre qui, à présent, sont au stade d’utilisation concrète dans nombre de pays ? Cela permettrait au pays de parer, dans une certaine mesure, aux crises actuelles dont pâtissent les Libanais. Mihran PAMBOUKDJIAN Triste réalité Après cette brise prometteuse, ou plutôt cet ouragan de jeunesse qui a balayé par sa détermination et sa fraîcheur l’occupant pourri et corrompu, place à une triste réalité : celle d’une montagne accouchant d’une souris. Alors que tous les espoirs étaient permis, nous nous retrouvons malheureusement devant un mur d’archaïsme où la seule issue semble le clonage à l’infini d’une caste de politiciens qui refusent de céder la place ou bien qui résistent à ce mouvement de renouveau tant voulu. Les Libanais ne seraient pas descendus en masse dans la rue pour les beaux yeux de tel politicien ou tel autre ; ils voulaient préserver l’entité du Liban et clamer leur appartenance à la patrie. En psychologie, nous remarquons comment la victime finit par sympathiser avec son bourreau et va même jusqu’à l’excuser car il détient la clé de sa survie. Pour se débarrasser de ce complexe, il faudrait écarter les anciennes chefferies et laisser les jeunes décider et donner un souffle de renaissance à notre société. Carole Mouzannar NAWAR À l’école d’Atatürk On a souvent entendu parler ces derniers mois de la réforme du système politique (développement de la démocratie, instauration de l’État de droit, abolition du système confessionnel, etc.). Il est curieux de voir les féodaux et les tenants du confessionnalisme politique avancer l’idée de ces réformes, longtemps réclamées par les jeunes. Certes, la fin du confessionnalisme politique et l’instauration de la laïcité sont indispensables pour consolider l’intégration des Libanais et du Liban dans la sphère des pays avancés et développés. Il appartient aux jeunes – toutes confessions confondues – de se battre pour instaurer cette démocratie depuis si longtemps espérée, pour établir une laïcité qui ne signifie guère qu’il faut reléguer la religion aux oubliettes, mais dont l’objectif est de renforcer le sentiment d’appartenance communautaire plutôt que religieuse. Ce sentiment doit émaner de la masse, comme l’a très bien noté le général Michel Aoun. Il ne sera jamais établi par une classe féodale bénéficiaire d’ancien système confessionnel qui lui permet de préserver sa place au pouvoir. Les exemples de laïcité sont nombreux. Le kémalisme turc en est l’exemple par excellence. Pourquoi ne pas l’adopter ? Khalil MOUCHANTAF Haute stratégie Il n’y a pas très longtemps (quelques mois seulement) avant la tentative d’assassinat de M. Marwan Hamadé, la présence syrienne au Liban était héroïquement défendue par d’excellents et charismatiques politiciens et orateurs. Ces derniers adoraient le terme stratégique qui, dans une phrase de dix mots, était répété au moins cinq fois. Cette défense acharnée rassurait le Syrien qui, à force de les écouter, finissait par croire lui-même que sa présence répondait réellement à une nécessité stratégique et que nul n’oserait toucher à la moindre présence stratégique d’un de leurs marchands ambulants. Depuis, le vent a tourné, la conjoncture internationale aussi et avec eux tous les principes fondamentaux et stratégiques desdits défenseurs. Du coup, et comme par enchantement, la présence syrienne au Liban n’est plus stratégique. Voici que les mêmes recommencent. Cette fois-ci, il s’agit de défendre une autre cause tout aussi stratégique : les armes du Hezbollah. Mais attention, le vent risque de tourner, cette fois aussi, après les élections et avec lui les nouveaux principes. Alors de grâce, Messieurs, cherchez quelque chose de nouveau et surtout de stratégique. Il faut bien nous distraire par les prochains débats télévisés. Peter INGEA Liberté d’expression, disent-ils Juste un mot pour dire ma colère et mon dégoût. Premières élections libres depuis trente ans, démocratie… Paroles, paroles, paroles… Il faut dire que nous sommes bien servis au pays du Cèdre : entre ceux qui retournent leur veste régulièrement – mais auraient-ils le pouvoir et la longévité politique qui sont les leurs s’il en avait été autrement ? –, ceux qui se portent candidats simplement grâce à leur nom, ceux qui sont élus d’office et ceux dont on se demande d’où ils sortent et ce qu’ils font en politique, c’est la débandade. Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu interdire à la diaspora libanaise et le vote à l’étranger et le vote par procuration. Elle est belle, la liberté d’expression. Comment faire son devoir de citoyen dans ces conditions ? Tout ce que nos bons politiciens ont réussi ou réussiront à faire, c’est de pousser à l’absentéisme. Ça promet pour la suite ! Où est passé ce magnifique mouvement d’il y a trois mois ? Lara YOUAKIM Pékin Comment rembourser notre dette ? C’est peut-être une idée folle… Moi, Youmna Jreissati, 12 ans, qui rêve de voir son pays prospère et enfin débarrassé de sa dette, propose à quelque 1,5 million de Libanais, sur un nombre total, vivant chez eux ou éparpillés dans le monde, estimé à 10 millions de personnes, de ceux qui sont financièrement capables et ont le sens de la solidarité et du patriotisme, le projet suivant : si chacun de ces 1,5 million de Libanais sacrifiait un montant de 450$ par mois, sur une période de cinq ans (ce qui équivaut à l’achat à crédit d’une voiture de gamme moyenne), à déposer dans un compte de dépôt bloqué en garantie auprès d’une grande institution financière internationale, nous serions à zéro dette dans cinq ans (l’égalité est la suivante : 40 500 000 000 = 1 500 000 x 450 x 12 x 5). Et que pensez-vous si chacun de vous arrivait à sensibiliser une personne étrangère et l’invitait à contribuer à cette caisse géante ? Quel beau rêve ! Mais, pour que cela se réalise, une autre condition s’impose : à partir de demain, le gouvernement libanais fera en sorte de se serrer la ceinture et d’équilibrer ses finances tout en barrant la voie à toute tentative de corruption. J’espère que je vivrai ce rêve très prochainement. De toute manière, c’est votre dette, vous les adultes, puisque engendrée par la guerre et les gouvernements que vous avez choisis. Élaborez d’autres calculs, trouvez des idées meilleures et moins folles, mais surtout, surtout ne transmettez pas à vos enfants cette dette, je vous en prie ! Youmna JREISSATI Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
De Charybde en Scylla

« Un gouvernement est comme une mayonnaise : si on ne le réussit pas vite, du premier coup, il est raté. » Ces paroles sont du regretté Sami el-Solh et datent de l’été 1954, lors de la formation du premier cabinet sous le mandat du président Chamoun. Je les ai tirées de l’Almanach 1974 de L’Orient-Le Jour.
Avec sa nouvelle équipe, Sami bey voulait innover en créant un ministère du Plan. Mais en abordant le problème du choix d’un directeur à ce nouveau poste, il n’avait pas tardé à reconnaître que l’on se heurtait à un grave problème : cette perle rare, allait-elle être sunnite, chiite, maronite, druze ? On comprend ainsi pourquoi la planification n’a jamais été exécutée que sur le papier.
Aujourd’hui et plus d’un demi-siècle plus tard, les choses ne font...