De tous côtés, mais surtout du côté des Occidentaux et des capitales arabes, de pressants conseils sont donnés aux parties libanaises. Pour qu’elles coopèrent ensemble, s’allient si possible. En évitant d’aggraver les tensions à caractère confessionnel qui ont pris corps ces derniers temps. À travers les clivages et les conflits opposant nombre de forces politiques. Qui ont presque rompu les ponts. Ce qui fait par exemple dire à Aoun que la porte est fermée mais sans tour de clé.
C’est surtout au sein de l’opposition que les différends ont éclaté. Poussant les modérés à exprimer la crainte que les réalisations, les acquis issus du 14 mars ne s’envolent comme plume au vent. À la grande déception du peuple libanais dont le tiers au moins avait participé à la glorieuse, l’historique marche de la liberté, de la souveraineté et de l’indépendance. Le « printemps de Beyrouth », prometteur de changement, surtout après le retrait syrien, a tourné en bourrasque.
Le retour de Michel Aoun a eu un impact certain sur la scène politique locale. Donc sur la bataille électorale, sur les alliances de forme ou de fond. Conjoncturelles ou d’avenir. Le général a clairement annoncé la couleur. Insistant sur la nécessité première d’un consensus autour d’un projet politique national cohérent. D’une vision stratégique des étapes à suivre. Il a souligné que le changement ne peut se faire si les Libanais, tous ensemble, ne se serrent pas les coudes, ne se donnent pas la main. Il a dès lors critiqué les positions de certaines forces politiques qui sortent du couloir de l’unité des rangs. Y voyant des tentatives non seulement d’autonomie de mouvement mais aussi, et surtout, de monopole imposé. Il a fustigé des attitudes qui lui semblent relever d’une hautaine arrogance. Notamment en ce qui concerne la fabrication des listes dans certaines régions. Ce qui, ajoute-t-il en substance, est contraire au principe d’un sain partenariat fondé sur la concertation évolutive autant que sur la coexistence bien comprise.
D’autres pôles ont également manifesté un fort degré d’agacement face aux initiatives électorales unilatérales qui ont été prises çà ou là. En rappelant qu’on était antérieurement convenu de s’asseoir autour d’une table ronde pour discuter. Non seulement de listes unifiées dans les régions, mais aussi de ce programme commun pour le changement, prôné par le général Aoun avant même son retour du 7 mai.
La visite à Geagea
Selon des sources informées, ces têtes de chapitres auraient bien été évoquées lors de la visite rendue hier par l’ancien président du Conseil au Dr Samir Geagea, dans sa cellule de prison à Yarzé. Le général avait indiqué, à la télévision comme à ses proches, qu’il ne parlerait pas politique avec le leader des Forces libanaises. Que sa démarche se voulait à la fois protocolaire et symbolique. Afin de montrer, d’une part, que la page du sombre passé était tournée. Et d’autre part qu’étant solidaire de Geagea pour sa libération, il souhaitait que tout le monde suive son exemple et se rende à Yarzé. Afin qu’un élan de solidarité générale permette de cristalliser des principes communs visant à bâtir un Liban nouveau. Où aucune partie ne serait discriminée et marginalisée.
Toujours selon les mêmes sources fiables, le général a donc parlé politique avec Geagea sans en parler. C’est-à-dire qu’il aurait évoqué les principes généraux susmentionnés, sans entrer dans les détails, électoraux ou autres. D’après ces témoins, Aoun pense que les péripéties actuelles sont finalement passagères. Que les termes des contrats signés par les uns ou par les autres à cause des élections peuvent facilement changer, une fois que le scrutin sera terminé. Qu’il n’y a là rien de fondamental. Selon ses proches, il se propose d’appeler, après les élections, à une réunion élargie, pour un front politique cohérent du changement. Regroupant diverses forces, dont certaines issues de la Rencontre de Kornet Chehwane.
Pour sa part, rappelons-le, Geagea avait confirmé, par le truchement de David Issa qui lui avait rendu visite, avoir donné blanc-seing à son épouse, Sethrida, pour les opérations électorales. Ratifiant de la sorte les accords qu’elle a conclus au Chouf avec Joumblatt ou au nord avec les haririens. Concernant Aoun, Geagea avait fait savoir qu’il « était heureux de son retour et de le rencontrer ». Ajoutant à son tour qu’il fallait tourner la page, que le Liban ne pouvait vivre que dans un climat d’entente et de coexistence.
Retour au plan global. Les Occidentaux et les Arabes insistent pour qu’on ne fasse pas des élections tout un monde. Comme l’a dit Feltman, le processus du changement ne s’arrête pas à cette échéance et il restera beaucoup à faire par la suite. Dès lors, il est conseillé aux Libanais de jouer la détente, de ne pas oublier le climat du 14 mars, de ne pas se livrer à des surenchères confessionnelles ou régionales. En souhaitant que, puisque la loi électorale est manifestement mauvaise et décriée, le prochain Parlement se donne pour premier but d’en élaborer une nouvelle, juste et équilibrée, dès les premiers mois de son mandat. Les parties extérieures pressent surtout les différents acteurs de la scène libanaise de ne pas se brouiller d’une manière durable. De garder les ponts ouverts. Pour rétablir aussitôt que possible un tissu solide de solidarité nationale. Seule voie menant au changement positif.
Ces conseils de l’étranger ont reçu des échos favorables localement. Dans ce sens que des communications ont été établies entre diverses forces. Notamment entre les aounistes d’une part, les joumblattistes et les haririens d’autre part. Avec une sourdine mise aux attaques médiatiques.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats De tous côtés, mais surtout du côté des Occidentaux et des capitales arabes, de pressants conseils sont donnés aux parties libanaises. Pour qu’elles coopèrent ensemble, s’allient si possible. En évitant d’aggraver les tensions à caractère confessionnel qui ont pris corps ces derniers temps. À travers les clivages et les conflits opposant nombre de forces politiques. Qui ont presque rompu les ponts. Ce qui fait par exemple dire à Aoun que la porte est fermée mais sans tour de clé.
C’est surtout au sein de l’opposition que les différends ont éclaté. Poussant les modérés à exprimer la crainte que les réalisations, les acquis issus du 14 mars ne s’envolent comme plume au vent. À la grande déception du peuple libanais dont le tiers au moins avait participé à la glorieuse, l’historique marche de la...