Un sommet africain se tenait hier en Libye pour trouver une solution politique au conflit du Darfour, une région de l’ouest soudanais secouée par une guerre civile meurtrière entre populations d’origine arabe et populations d’origine africaine.
Le sommet devait s’ouvrir dans la soirée dans un grand hôtel de Tripoli et réunir autour du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi les chefs d’État du Tchad, d’Égypte, du Nigeria, du Gabon, du Soudan, auxquels s’est joint le président de l’Érythrée, Issaïas Afeworki. La participation du chef de l’État gabonais, Omar Bongo, restait cependant incertaine en fin de matinée. Des responsables de l’Union africaine (UA) et du secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa ont été conviés à la réunion. Les deux principaux mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM – proche des islamistes), ont été invités à Tripoli, mais ne doivent pas participer au sommet à proprement parler. « Ils resteront à proximité pour être consultés par les dirigeants africains en cas de besoin », a indiqué une source officielle libyenne.
Un responsable libyen a indiqué à l’AFP que Tripoli considérait que « la stabilité est essentielle pour la sécurité de la région et de la Libye », voisine du Soudan. « Nous confirmons notre engagement à observer le cessez-le-feu, en espérant qu’une date sera fixée pour la reprise des négociations et qu’un calendrier sera établi pour parvenir à une solution politique du conflit du Darfour », a déclaré à l’AFP le ministre soudanais des Affaires étrangères Mostafa Osman Ismaïl. Les rebelles et le gouvernement de Khartoum ont conclu en avril 2004 un cessez-le-feu, constamment violé depuis, malgré la présence sur le terrain d’une centaine d’observateurs africains pour le superviser.
Les négociations politiques entre les deux belligérants engagées à Abuja, sous l’égide de l’UA, sont suspendues depuis février. Elles avaient permis de conclure deux accords sur la sécurité et les secours humanitaires, mais achoppé sur les questions politiques, notamment le partage du pouvoir et des richesses, réclamés par les rebelles. « Nous sommes prêts à reprendre les négociations d’Abuja sans conditions », a déclaré M. Ismaïl, en estimant que le « minimum pour la réussite du sommet est le maintien du cessez-le-feu et la reprise des négociations ». « Le succès du sommet permettra de dessiner une nouvelle carte politique du Soudan dans laquelle les populations du Darfour participeront au pouvoir et partageront les richesses », a-t-il ajouté. Il a qualifié de « bandits et de voleurs » les milices arabes janjawids, accusées par les rebelles de mener une « guerre d’extermination » contre les populations africaines du Darfour, à l’instigation du gouvernement de Khartoum.
Dans une lettre adressée aux participants, le porte-parole du SLM, Mahjoub Hussein, a affirmé pour sa part que « la seule issue pour le gouvernement soudanais d’éviter l’internationalisation (du conflit du Darfour) est d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu ». M. Hussein a réaffirmé « l’attachement » du SLM au cessez-le-feu et à la reprise des négociations d’Abuja, en « refusant que le Soudan devienne un havre pour les criminels ». Khartoum a rejeté une résolution du Conseil de sécurité lui demandant de livrer les criminels de guerre au Darfour à la Cour pénale internationale (CPI).
Le conflit du Darfour a fait depuis février 2003 entre 180 000 et 300 000 morts, selon diverses estimations internationales, et provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes, dont plus de 200 000 réfugiés au Tchad.
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