Ni le FBI, ni le fisc tombeur d’Al Capone ne sont venus à bout d’une mafia incrustée à Las Vegas dès les années 50, mais les financiers de Wall Street y sont parvenus, grâce à une loi débloquant l’investissement qui a ouvert l’ère des hôtels-casinos géants.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les patrons de casinos clandestins à travers le pays trouvent refuge à Las Vegas, seule ville américaine où le jeu est légal. « Bugsy » Siegel, le boss de la mafia de Los Angeles, débarque dans la ville en 1941. « Les patrons mafieux viennent à Las Vegas en quête de respectabilité, mais ils utilisent une partie de leurs bénéfices pour alimenter le crime organisé », explique l’historien Michael Green, dans un entretien à l’AFP. Personne d’autre n’investit dans « la ville du péché ». Les banques refusent de prêter aux casinos ou d’y investir, « à l’exception du fonds de retraite du syndicat des Teamsters (dirigé par Jimmy Hoffa), clairement lié à la mafia », poursuit ce professeur de l’Université du Nevada (ouest).
« Les patrons du crime organisé ont joué un rôle majeur dans le financement des hôtels (...) accélérant le développement » de la ville dans les années 50, souligne pour sa part Eugene Moehring, l’historien de référence de Las Vegas. Une nouvelle époque s’ouvre en 1967 avec l’arrivée du milliardaire excentrique Howard Hughes. « Mais ce n’est pas lui qui chasse la mafia, sa perte est provoquée par l’adoption d’une loi permettant à des sociétés de détenir des casinos », explique M. Green. Avant cette loi, chaque investisseur présent dans un casino doit être détenteur d’une licence de jeu, ce qui rend impossible la levée de capitaux en Bourse puisque chaque actionnaire devrait avoir une licence.
La loi sur le jeu votée en 1967 et amendée en 1969 révolutionne le secteur. Désormais, seuls les actionnaires principaux d’un casino doivent détenir une licence, ouvrant la voie à l’arrivée de nouveaux investisseurs qui déclenchent la pompe financière nécessaire à la construction des mégahotels bâtis sur le « Strip », l’artère principale de la ville. La mafia, dépeinte notamment dans le film Casino, ne tient pas longtemps face aux financiers capables de mobiliser des milliards de dollars. Elle aurait disparu de Las Vegas à la fin des années 70.
L’étape suivante est marquée par les extravagances. L’investisseur Steve Wynn ouvre en 1990 l’hôtel-casino Mirage, doté d’un volcan crachant le feu. Il est largement aidé financièrement par le roi des « junk bonds » (obligations pourries) de l’époque, Michael Milken, qui finira en prison. Le groupe Circus-Circus répond à Wynn avec Excalibur, un hôtel-casino en forme de forteresse moyenâgeuse.
La décennie suivante est celle des mégafusions. Le groupe MGM-Mirage de l’investisseur Kirk Kerkorian a avalé en avril le groupe Mandalay Resort Group pour 8 milliards de dollars. L’opération donne à Kerkorian le contrôle de dix mégahotels : le Mirage, Treasure Island, Bellagio (racheté à Wynn) MGM-Grand, New-York-New York, Monte Carlo, Circus Circus, Excalibur, Luxor et Mandalay Bay.
Face à ce géant, un autre se dresse, plus impressionnant encore. Le groupe Harrah’s Entertainment propose 9,4 milliards pour le contrôle de Caesars Entertainment, qui comprend Caesars Palace, Bally’s, Paris, Flamengo, Rio. La fusion est moins spectaculaire pour Las Vegas mais plus significative au niveau national où Harrah’s domine largement le secteur du jeu. Les autres joueurs encore sur le « strip » sont Steve Wynn et son nouvel hôtel éponyme ouvert début mai ainsi que l’investisseur Sheldon Adelson qui contrôle le Venetian et construit le Palazzo. Les jours de la mafia sont loin. La ville est désormais « dominée par les corporations et les fusions, ce qui ne laisse plus la place au crime organisé, non pas par manque d’intérêt de la mafia mais simplement parce que les grosses compagnies ont beaucoup plus d’argent que n’importe qui », conclut M. Green.
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Pendant la Seconde Guerre mondiale, les patrons de casinos clandestins à travers le pays trouvent refuge à Las Vegas, seule ville américaine où le jeu est légal. « Bugsy » Siegel, le boss de la mafia de Los Angeles, débarque dans la ville en 1941. « Les patrons mafieux viennent à Las Vegas en quête de respectabilité, mais ils utilisent une partie de leurs bénéfices pour alimenter le crime organisé », explique l’historien Michael Green, dans un entretien à l’AFP. Personne d’autre n’investit dans « la ville du péché ». Les banques...