13 avril
L’heure des nouvelles générations
Ce 13 avril 2005 tombe le trentième anniversaire de la guerre contre l’identité libanaise. Une guerre qui était le résultat d’un complot diabolique, visant à faire du Liban la patrie de rechange des Palestiniens (« al-watan al-badil »).
Ce complot, rappelons-le, remonte aussi loin que l’année 1969. Et en ce trentième anniversaire, le Liban tout entier ne peut que saluer la mémoire des martyrs tombés en défendant l’entité libanaise et rendre hommage aux milliers de martyrs vivants que sont les handicapés ; il souhaite, en même temps, le retour à leurs foyers de centaines de ses fils disparus durant les combats.
D’autre part, nul ne peut ignorer les leaders nationaux qui, inlassablement, continuent de défendre, contre vents et marées, l’indépendance et la dignité nationales. En 2005, après ces trente années de lutte armée, politique, économique, le fait libanais s’est imposé à tous ceux qui pariaient sur la destruction du pays ainsi qu’au monde entier. Les foules qui ont pris part aux obsèques du regretté ancien Premier ministre Rafic Hariri et la manifestation monstre du 14 mars, animée par plus d’un million de Libanais, confirment que le Liban est entré dans une nouvelle ère de son histoire, toutes tendances et toutes appartenances confessionnelles confondues.
La Ligue arabe, les Nations unies, les États-Unis d’Amérique, la France et l’Europe portent désormais une attention renouvelée au sort et aux aspirations de ce petit pays. La résolution 1559 du Conseil de sécurité est là pour le démontrer.
Aux nouvelles générations de tirer les leçons de la guerre et de l’après-guerre : ce qui pouvait être accepté à la fin du siècle dernier est désormais périmés en l’an 2005. Ces générations qui réclament des institutions politiques et sociales modernes doivent se prendre elles-mêmes en main et contribuer à leur création pour que le Liban ne retombe pas dans les fautes du passé.
Gaby Jean CHAMI
Pardon nos enfants
En ce 13 avril 2005, nous nous rappelons le 13 avril 1975…
Date convenue pour fixer le déclenchement de la guerre du Liban.
Guerre des autres, dans laquelle les Libanais ont été les exécutants. Les massacres n’ont épargné personne. Nous avons séquestré, tué, torturé. Nous avons cru naïvement que nous étions en train de préparer un avenir pour nos enfants. La conséquence a été la ruine et l’exode.
Il a fallu la Résistance pour libérer le Sud en l’an 2000, grâce à des jeunes qui ont pris leur avenir en main, lutte dans laquelle, il ne faut pas l’oublier, sayyed Hassan Nasrallah a perdu un fils sur le champ de bataille, comme d’ailleurs nombre d’autres Libanais.
Puis en 2005, la jeunesse a pris conscience de son rôle, a refusé l’héritage de ses parents, est descendue dans la rue pour crier haut et fort : nous voulons bâtir notre Liban de demain.
Malheureusement, cette prise de conscience n’a été possible qu’après le drame inqualifiable qui a eu lieu le 14 février, date de l’assassinat odieux de Rafic Hariri, un homme qui a consacré sa vie à la reconstruction du Liban, qui a donné un but à la jeunesse et qui a versé son sang pour ce Liban, ce Beyrouth qu’il aimait tant.
Puisse son martyre servir de leçon à cette jeunesse à laquelle ne cessent de penser Walid Joumblatt ou le général Aoun et toute l’opposition, et qu’elle prenne son avenir en main, qu’elle brise les barrières et qu’elle proclame d’une voix unifiée : nos parents nous ont légué un pays divisé ; nous voulons bâtir un Liban nouveau unifié sous le seul drapeau libanais.
Wajdi WEHBÉ
Souvenirs du Liban
Pendant cinq ans, de 1970 à 1976, j’ai vécu au Liban. Sous mon nom artistique de Flako, je jouais de la guitare à La Taverna Española et en plusieurs autres endroits bien connus à l’époque.
J’ai quitté le Liban après le samedi noir, mais votre pays n’a jamais cessé d’être présent dans mon cœur. Toutes ces années j’ai attendu avec impatience de voir arriver le jour de votre libération et de votre indépendance.
J’ai toujours admiré le sentiment patriotique du peuple libanais et je me sens moi-même libanais.
Dieu est avec vous. Ne laissez pas les intérêts étrangers régir le destin de votre pays.
Du Venezuela, toute mon affection et tout mon soutien.
Eleazar GAELLEGOS (dit Flako)
Venezuela
Et après?
Les Libanais sont agressés dans leur chair et dans leurs symboles, mais Messieurs les dirigeants n’en font qu’à leur tête, confisquant le pouvoir plutôt que de se résoudre à le perdre (démocratiquement, et non pas comme ils l’ont gagné…).
Nous nous demandons tous : «Et après?» au lendemain des quatre explosions. Mais c’est bien à eux qu’il faudrait adresser cette question. Oui Messieurs, et après, que voulez-vous ? Le Liban muselé ? Mis à feu et à sang, ou bien monocolore, ou encore sans âme ? Un Liban qui défend la cause arabe en sacrifiant son peuple ?
Ou peut-être une sorte de synthèse de tout cela, monstruosité qui, soulagement pour vous, ressemblerait enfin à son voisin ?
Marc KOUEIRY
Plus près du Liban
Je suis très heureuse de lire L’Orient-Le Jour assidûment sur l’Internet. Je peux, tout en étant éloignée, m’informer en détail de la situation. Merci pour les beaux reportages et articles, que j’imprime de temps à autre pour les passer à quelqu’un, ou plus encore pour les relire.
Notre cher journal me permet d’être un peu plus près de mon Liban, car être là trois mois par an, c’est très peu pour un vrai Libanais.
Merci pour Mohammed Nokkari (directeur de Dar el-Fatwa). Son article concernant le pape (L’Orient-Le Jour du lundi 4 avril) me fait réfléchir sur plusieurs détails de notre existence et sur l’injustice qu’il y a à n’avoir pas l’occasion de connaître des êtres du niveau de M. Nokkari.
Lina Nader MATTAR
Belém-Pará, Brésil
Un exemple à suivre
En lisant vos articles et reportages, nous ne pouvons que nous féliciter d’appartenir à ce pays qui est le Liban, et espérer que l’objectivité et le professionnalisme dont vous faites preuve feront tache d’huile dans cette région du monde que nous aimons tant.
Fadi TANNOURI
Docteur en ethnologie,
directeur d’entreprise
Paris
À ces jeunes qui font revivre mon Liban
À l’aube de mes 80 ans, j’étais jusque-là triste de savoir que mes 17 petits-enfants et bientôt 11 arrière-petits-enfants n’auraient pas connu mon Liban.
Ils ne l’ont pas connu, mais ont apparemment assez de courage, de force, d’audace et de détermination pour le réclamer et le faire renaître.
À l’automne de ma vie, j’ai aujourd’hui au moins la chance de vivre l’espoir de voir refleurir mon Liban.
J’aurais bien aimé brandir mon drapeau et marcher avec vous, les jeunes artisans de la liberté, mais les aléas de l’âge n’épargnant personne, je me contente de vous écrire pour affirmer que mon esprit, mon âme et ma raison vibrent au son des slogans de cette place des Martyrs que vous et vous seuls avez ressuscitée au nom de notre Liban.
May Fouad FERNEINÉ
À l’image de Beyrouth
J’ai découvert la place des Martyrs à la fin de la guerre, en 1991. J’avais alors 10 ans. Je découvrais enfin ce fameux centre-ville où immeubles criblés de balles et végétation folle entouraient la statue des martyrs. Spectacle désolant même pour un petit garçon de dix ans.
– « On a gagné la guerre, papa ? » demandais-je innocemment.
– « Non habibi, personne n’a gagné... »
J’avais enfin tout compris en me promenant dans les rues de Beyrouth.
En observant tous ces immeubles, ces influences, en me promenant entre églises et mosquées. Il y avait tout ce que j’étais: cette forte influence française dans l’architecture et les rues, mêlée à des arcades et des moulures au style ottoman ou byzantin, des balcons italiens rencontrant des influences arabes, le tout joliment rassemblé autour de la pierre libanaise. Le minaret et le clocher qui résonnent en même temps, les taxis-service ne pouvant s’empêcher de klaxonner à tout-va, les mêmes odeurs d’Achrafieh à Hamra, à l’Ouest comme à l’Est.
Je suis né à l’étranger, j’ai vécu vingt-trois ans entre les Émirats, Oman, le Liban et la France. Je suis de forte culture française mais ne peux m’empêcher d’utiliser des expressions franbanaises. J’ai appris l’arabe à l’école française dans un pays musulman à forte influence anglo-saxonne. J’ai côtoyé toutes les religions et toutes les nationalités lors de mon expatriation. Le muezzin me manque et la chaleur écrasante du désert également. Dans mes veines coule du sang turc, arménien, syrien, libanais... J’ai passé mes vacances d’été au Liban, parfois sous les bombes et dans les abris. Nous prenions le bateau de Chypre à Jounieh, et arrivions à l’aube sous le regard de la Vierge de Harissa.
Qu’étais-je ? Tout cela... et Beyrouth représente au mieux tous ces mélanges. Beyrouth est une femme laide mais très élégante.
En retournant régulièrement au Liban, je me suis trouvé, et les questions que je me posais trouvèrent réponses. Lorsque Beyrouth se reconstruisait, je me construisais aussi.
En assassinant le père de la reconstruction, c’est un peu de nous que l’on assassine. Quoi qu’il arrive, nous ne reviendrons pas en arrière, mais une chose est sûre: nous reviendrons toujours à Beyrouth.
Jean-Paul ACHKAR
Paris
Confuse et honteuse
Au fil des semaines, je suis de plus en plus perplexe et confuse. Je me sens happée par le désordre des « dialoguerres » télévisées orchestrées par de valeureux modérateurs qui mettent en scène des adversaires politiques désarmants.
Ces « dialoguerres » se déroulent, à quelques exceptions près, comme un scénario de série C. Les entretiens ne sont que des chapelets d’invectives, une suite ininterrompue de rappels historiques, des échanges d’accusations, voilées ou non. Au total, une série de peaux de banane, de cabales et de pièges tendus. Le ton monte, le modérateur ne réussit que très rarement à endiguer ces flots.
Notre pays s’enlise, nos esprits «mollissent», et nos jeunes, qui se sont si bien manifestés durant les dernières semaines pour nous assurer de leur appartenance à un Liban qu’ils veulent moderne, uni et pacifiste, ont tous les droits de nous juger sévèrement.
Nous reprenons les clivages d’avant-guerre, nous les maquillons pour les aligner selon les nouvelles démarcations et nous oublions l’avenir de ces jeunes, le nôtre et celui de notre pays. Et cela n’est certainement pas dû au manque de visions, d’analyses et de recommandations. L’esprit libanais, bien heureusement, ne se limite pas à nos phares politiques traditionnels et à ceux de la dernière heure, mais il englobe aussi des penseurs, des chercheurs qui ont élaboré leurs réflexions pour qu’elles servent de tremplin pour la reconstruction d’une nation. Mais au lieu d’un choix entre différents modèles d’économie sociale, politique et culturelle, nous demeurons les témoins plus ou moins consentants d’un show qui humilie tout à la fois l’esprit, la vérité, l’avenir, la justice, la liberté et la démocratie.
De grâce… En ces jours de deuils successifs, de polarisation exacerbée et obligatoire, il m’arrive de perdre espoir alors je trouve refuge dans les bienfaits lénifiants des programmes de « stars », et je me sens honteuse.
Elizabeth REBEIZ
Quand la rue parle…
La rue a parlé, et désormais il va falloir tendre l’oreille.
Opposition, loyalistes, pros, anti, pauvres, nantis, hommes, femmes, une voix longtemps réprimée, au nom de la sécurité, au nom de la paix sociale, a dit son mot.
Cette même rue a explosé, claire, jeune, elle a bousculé tous les tabous, elle a pleuré un martyr, elle a renversé un gouvernement, elle a libéré un pays, elle demande la vérité, elle demande justice, elle n’acceptera pas les demi-mesures, elle refuse de se vendre.
Du jamais-vu, pas un seul incident, n’en déplaise à certains, pas une vitrine brisée.
Une rue exemplaire (des rêves pour seule inspiration), sinon pour elle, du moins pour ses enfants.
Dans un monde où l’oppression interprète la violence, la rue libanaise a mérité et gagné ses lettres de noblesse.
À qui veut bien l’entendre, dans un Liban voué aux oubliettes de la conscience internationale, désormais il va falloir l’écouter, cette rue.
Le plus bel exemple de protestation pacifique, digne de notre jeunesse, au cœur d’un Moyen-Orient malade, le plus bel exemple d’expression de ses revendications, un exemple à la hauteur de ce nouveau Liban, jeune mais sage, un exemple qui rend jaloux et qui fait trembler.
Une rue qui n’a pas dit son dernier mot.
Jean-Claude DELIFER
Montréal – Canada
Sur la bonne voie
Tout ce que j’ai pu dire et écrire depuis le 14 février dernier m’est soudain apparu insignifiant lorsque je me suis retrouvé sur la place de la Liberté, il y a quelques jours. Y être donne une tout autre dimension à cet événement et à l’extraordinaire mobilisation qui a suivi, deux événements auxquels j’avais assisté à distance. J’avais reçu bon nombre de photos et lu d’innombrables témoignages, participant même à cet élan d’écriture et d’action, manifestant avec mes compatriotes dans les rues de Paris. Je mesurais l’énergie qui animait la foule réclamant la vérité, jour et nuit, dans les rues de Beyrouth. Je pensais avoir vibré avec les Libanais du monde entier et bien encaissé l’onde de choc qui nous a réveillés et poussés à revendiquer ce dont on nous a privés pendant trente ans. Mais sur place, j’ai réalisé que tout Libanais doit venir voir.
Le lieu de l’attentat m’a laissé sans voix. L’état de désolation de l’endroit n’appelle que recueillement et méditation. Puis sur la place, autour de la statue des martyrs, tous ces jeunes dans leurs tentes m’ont rendu insensible au temps froid et pluvieux qu’il faisait ce jour-là tant la volonté et la détermination qu’ils dégagent dépassent ce que j’ai pu ressentir depuis l’étranger. Puis les tombes, devant la mosquée, recouvertes et entourées de fleurs aussi belles et flamboyantes que l’image que nous souhaitons donner désormais de notre pays…
Nous sommes sur la bonne voie, continuons, où que nous soyons.
Robert MALEK
Paris
Appel à la mobilisation
Quelle est la volonté du peuple ?
Qu’il dise ce qu’il veut !
Qu’il fasse ce qu’il a décidé !
Amis du Liban, diaspora, à l’aide !
Mobilisons-nous pour que le peuple libanais vote en temps voulu, par tous les moyens. En Europe et ailleurs, faisons pression pour que le peuple libanais se détermine et exigeons que plus personne au Liban ne paie.
Jacqueline PETMEZAKIS
Paris
Le dernier adieu
Tous les grands de ce monde se sont rassemblés place Saint-Pierre pour faire leur dernier adieu au pape le plus populaire de l’histoire.
Des dizaines de têtes couronnées et des centaines de chefs d’État étaient au rendez-vous au Vatican pour exprimer leur tristesse et leur deuil.
Un geste de paix posthume s’est manifesté pendant ces retrouvailles funèbres. Des chefs de nation et des rois en conflit étaient là à se saluer et à dialoguer.
Ce rêve tant caressé par Jean-Paul II s’est réalisé alors, comme pour rendre hommage à ce grand homme.
Grand de son vivant, puissant par-delà sa mort, qui a vu une foule très nombreuse, venue des quatre coins du monde, s’incliner devant sa dépouille mortelle, Jean-Paul II nous quitte pour un face-à-face avec le divin en laissant sur terre une empreinte qui nous marquera à jamais.
Claude MISK
Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats