Quatorzième semaine de 2005 (J+55).
La mesure du conclave (littéralement : fermé à clé) pour l’élection du souverain pontife a été prise suite à l’élection mouvementée de Grégoire X, en 1271, qui avait duré près de 3 ans. Au bout de 2 ans et 9 mois, les autorités romaines avaient emmuré les cardinaux pour les pousser à la résolution. Pour éviter de nouvelles élections à rallonge, Grégoire X décida, lors du concile de Lyon II, de garder le principe de l’enfermement (décret Ubi periculum). Il y ajouta de nouvelles restrictions : au bout de 5 jours de conclave, les cardinaux étaient réduits au pain, au vin et à l’eau, et ils devaient vivre en commun sans séparation dans la pièce, ce qui provoqua un tollé parmi les cardinaux. En 1276, Jean XXI suspendit les mesures de Grégoire X, et les vacances longues du siège pontifical reprirent, jusqu’à ce que Boniface VIII réinstaure le Ubi periculum. Depuis lors, toutes les élections pontificales ont eu lieu en conclave.
Les femmes et les hommes de l’opposition nationale plurielle devraient être emmurés immédiatement – pas nécessairement au Bristol, un peu plus d’inconfort est indispensable, mais sans pour autant qu’ils ne soient mis à la « rabta » et à l’eau. Le but de l’opération serait, idéalement, d’élire une sorte de consortium ; une espèce d’oligarchie parfaitement représentative de la kyrielle de courants, de blocs, de partis, de mouvances, d’idées qui prévaut au sein de cette opposition ; un genre de Conseil de sécurité restreint, un Clan des 5, un Club des 7, peu importe, mais un groupe de personnes capables, ensemble, de prendre des décisions, de parler, de débattre, d’agir, de préserver les formes, les ego, de coordonner et, surtout, d’apprendre à se faire confiance mutuellement les uns les autres. Des personnes capables de décider ensemble : s’il ne vaut pas mieux jouer la carte jusqu’au-boutiste et s’arc-bouter sur le caza, peu importe qu’il y ait élections ou pas. Des personnes capables de trancher ensemble : s’il ne vaut pas mieux essayer de construire des ponts entre deux rives, deux camps, deux visions apparemment irréductibles pour éviter une cassure cette fois réellement profonde, pour éviter que ne sévisse de nouveau, inversée cette fois, la logique des vainqueurs et des vaincus, pour faire en sorte que le dossier des élections reste purement libano-libanais. Des personnes capables de foncer ensemble : s’il ne vaut pas mieux sauver ces élections dont on peut, sans trop de risques, sans fanfaronnades ni ivresses précoces, prévoir les bénéfiques résultats. Des personnes capables de se souvenir, ensemble, qu’elles avaient passé des semaines à marteler que la loi importait peu, que seul comptait un scrutin « à la date prévue » ; des personnes capables de jouer, ensemble, le jeu de leurs adversaires politiques, en gardant jusqu’au bout, en main, des cartes capables d’abattre celles des autres.
Ensemble, ne serait-ce que jusqu’à ce que cette Rencontre du Bristol obtienne la majorité à la Chambre des députés. Parce qu’il est évident, su et connu de tous que l’opposition libanaise, quel que soit son volume, quelle que soit l’époque (du moins depuis l’an 2000) pendant laquelle elle a exercé, est loin d’être l’opposition la plus intelligente du monde. Un constat d’autant plus rageant que ce collectif est formé d’une grosse majorité d’individus brillants, consciencieux, dévoués, préoccupés d’abord par l’intérêt public. Et parce qu’il est tout aussi évident, de notoriété publique, que les loyalistes locaux et leurs tuteurs syriens misent les 9/10es de ce qui leur reste sur une division de l’opposition, sur un effritement du formidable mur qui s’est construit instinctivement depuis le 14 février dernier, sur un report perpétuel, régulier des législatives six mois par six mois... C’est d’ailleurs tout ce qui reste à Aïn el-Tiné, maintenant que ses membres semblent avoir compris, du moins intuitivement, que jouer le temps en espérant que les Libanais se fatiguent et se désengagent est chose tout à fait vaine ; maintenant que commence à se préciser de plus en plus l’option d’un nouveau – et visiblement urgent – recours à la rue, au phénoménal don de soi de ceux qui n’acceptent plus d’être de simples spectateurs : les Libanais.
Emmurer les membres de l’opposition est une chose nécessaire certes, mais loin d’être suffisante. C’est même un détail si les Libanais se décident à faire confiance à l’instinct de survie de ces 70 ou 75 personnalités politiques. Emmurer la troïka présidentielle (une expérience psycho-biologique intéressante, au vu des relations qui prévalent actuellement entre Baabda, Aïn el-Tiné et le Sérail) afin qu’elle accélère réellement l’accouchement d’un gouvernement qui serait chargé d’organiser ces élections dans les délais constitutionnels ne servirait, non plus, à rien, ou presque.
C’est la Chambre que les Libanais devraient mettre sous clé. Emmurer 125 députés, avec à leur tête l’homme qui possède toutes les clés, mais qui refuse ne serait-ce que de se souvenir qu’il les a – Nabih Berry –, et les forcer à débattre de la proposition de loi revêtue du caractère de double urgence proposée par les parlementaires de l’opposition et signée déjà par plus de 45 personnes. Ne les libérer que lorsqu’ils l’auront adoptée, amendée ou pas ; que lorsqu’ils seront parvenus à s’entendre sur la nature de la circonscription électorale, de façon à ce que les législatives 2005, c’est impératif, se tiennent en mai 2005.
Ziyad MAKHOUL
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La mesure du conclave (littéralement : fermé à clé) pour l’élection du souverain pontife a été prise suite à l’élection mouvementée de Grégoire X, en 1271, qui avait duré près de 3 ans. Au bout de 2 ans et 9 mois, les autorités romaines avaient emmuré les cardinaux pour les pousser à la résolution. Pour éviter de nouvelles élections à rallonge, Grégoire X décida, lors du concile de Lyon II, de garder le principe de l’enfermement (décret Ubi periculum). Il y ajouta de nouvelles restrictions : au bout de 5 jours de conclave, les cardinaux étaient réduits au pain, au vin et à l’eau, et ils devaient vivre en commun sans séparation dans la pièce, ce qui provoqua un tollé parmi les cardinaux. En 1276, Jean XXI suspendit les mesures de Grégoire X, et les vacances...