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Actualités - Opinion

Scénario pour l’avenir

N’attendons pas que l’euphorie passe pour nous mettre à réfléchir. Car la Syrie, dans quelques jours, on n’en parlera plus au Liban, si ce n’est dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Hariri, qu’il faut absolument poursuivre jusqu’au bout pour connaître la vérité non seulement sur cet attentat, mais également sur tous les autres qui l’ont précédé et qui ont touché à des symboles du pays. Il est donc urgent de prendre du recul pour songer sérieusement à l’avenir. Heureusement, le clivage aujourd’hui est politique et non plus confessionnel. Nous aurons bien mûri à ce niveau. Il y a certes deux camps pluriels, comme dans toute démocratie, mais il y a des difficultés à leur donner des étiquettes, celles qui ont été utilisées jusque-là ne signifiant plus grand-chose. Car tous les Libanais sont désormais opposés au pouvoir en place. De même que tous les Libanais sont devenus loyalistes au seul Liban. Il faudra laisser aux médias le soin de nous apporter une nouvelle terminologie, momentanée, pour mieux décrire ce nouveau paysage, en attendant d’avoir, à nouveau, un pouvoir véritablement élu, avec ses loyalistes et ses opposants, comme dans tous les pays civilisés. Chacune des communautés libanaises a connu des épreuves, à un moment ou à un autre de cette malheureuse guerre, avec la peur de se voir marginalisée. Ces communautés ont également prouvé, chacune à sa façon, son attachement au Liban, certaines en portant les armes et d’autres en se refusant d’en porter. De là est né le respect mutuel, fruit sans doute d’une même analyse du passé dont les mêmes conclusions ont été tirées par tous. Ces conclusions peuvent se résumer en quelques constantes nationales qui devront être enseignées aux générations futures comme un credo inamovible. La première et la plus importante de ces constants, c’est l’allégeance au Liban, et seulement au Liban. La deuxième constante, c’est l’égalité de tous les Libanais, une égalité impartiale et sans exception. La troisième constante, c’est le respect d’une démocratie communautaire, qui préserve les droits de chaque communauté, indépendamment de son nombre, dans le respect des différences et du droit à l’expression. Une fois que ces trois constantes auront été admises, votées et consacrées définitivement dans la Constitution, il faudra procéder à la création du Sénat qui nous est promis depuis longtemps. Et à ce moment-là, il n’y aura plus aucun problème à voir les quatre présidences, de la République, du Parlement, du Sénat et du gouvernement devenir rotatives. Cela permettra à chacun de se sentir pleinement responsable du Liban et de ses concitoyens. Il y aura même émulation entre les différentes présidences, chacune se devant de mieux agir pour apporter des réformes et assurer un meilleur développement du pays. En attendant, appelons les choses par leurs noms. L’opposition et le Hezbollah doivent absolument parvenir à un accord le plus vite possible. Et comme dans un couple, il y a des étapes incontournables qu’il faut respecter avant de parvenir à un mariage durable. Comme dans un couple, l’amour à lui seul ne suffit pas pour bâtir un avenir ensemble. Il faut se connaître à fond, se respecter mutuellement et établir un projet de vie en commun. Cela nécessite de la transparence, de la confiance et des concessions mutuelles de part et d’autre. Il faut d’abord préciser que la communauté chiite du Liban ne se réduit pas au Hezbollah, ni au mouvement Amal. Cette communauté a ses intellectuels de qualité, qui se sont d’ailleurs exprimés, dernièrement, au nom de la majorité chiite silencieuse et qui ne se sent pas concernée par les milices. Des intellectuels qu’il faut saluer et avec lesquels nous nous retrouvons autour des mêmes constantes libanaises. Des intellectuels qui doivent avoir leur mot à dire et qu’il faut savoir écouter. Quant au Hezbollah, il se trouve dans l’impasse, à deux niveaux. D’abord sur le plan militaire, car après avoir libéré le Sud, ce dont nous lui sommes reconnaissants, il sent très bien qu’il n’a plus de raison d’être en tant que milice. Ensuite au niveau de l’allégeance, le Hezbollah se voit déchiré, comme s’il était obligé de choisir entre l’obédience chiite iranienne et l’obédience chiite irakienne ; ce qui ne lui semble pas facile, aujourd’hui, étant donné son appartenance naturelle à l’arabité, d’une part, et la situation critique de l’Iran à l’échelle internationale, d’autre part. Avec un peu de sérénité et le soutien de ses concitoyens dans l’opposition, le Hezbollah pourra trancher sur ces deux points. D’abord, sa reconnaissance vis-à-vis de l’Iran ne doit pas l’assujettir. L’Iran est un pays de grande civilisation plusieurs fois millénaire, et sa diplomatie est connue pour sa subtilité et sa realpolitik. L’Iran d’aujourd’hui est également différent des années 80 où il avait encore le rêve d’exporter sa révolution. D’ailleurs, l’Iran avait déjà conseillé au Hezbollah de s’intégrer au processus politique du Liban en participant aux élections pour se faire représenter au Parlement, justement en prévision de ce jour où les milices armées n’auraient plus de place dans la société libanaise. Et si l’allégeance à l’Irak semble un peu critique aujourd’hui pour le Hezbollah, étant donné la coopération des chiites irakiens avec les Américains, la solution est toute simple : le Hezbollah a un recours chiite libanais très important, très connu et très respecté, qui est sayyed Mohammed Hussein Fadlallah, vers lequel il peut se tourner et à la sagesse duquel il peut faire confiance. D’autre part, si le Hezbollah se soucie de l’avenir de ses miliciens, qui s’étaient consacrés jusque-là au port des armes, il ne sera pas difficile de les orienter vers de nouvelles activités productives, dont l’agriculture, d’autant plus que le Sud a besoin d’être repeuplé, replanté et reconstruit, après tant d’années d’occupation, de négligence et d’abandon. Cette reconstruction du Sud doit être une des priorités du Liban à l’avenir. Quant à la cause palestinienne, le Hezbollah ne peut prétendre être plus royaliste que le roi, maintenant que l’Autorité palestinienne a des dirigeants qui savent ce qu’ils veulent, qui ont décidé la paix, qui sont soutenus à l’échelle internationale et qui ont annoncé une trêve en attendant de proclamer incessamment leur État. D’ailleurs, Abou Mazen a eu la sagesse de reconnaître, aussitôt élu, que les Palestiniens des camps sont des « hôtes » au Liban, soumis à la loi du pays et qui devront livrer leurs armes à l’armée libanaise. L’implantation des Palestiniens n’est plus à l’ordre du jour, dans ce cas de figure, puisqu’il relève du pouvoir libanais de leur refuser la nationalité libanaise. Ceux qui resteront de leur propre gré auront des cartes de séjour et des permis de travail renouvelables, conformément à des conditions qui seront établies par les autorités libanaises, selon les intérêts supérieurs du Liban. Et les Palestiniens finiront par émigrer vers les espaces qui leur fourniront travail et sécurité. Il relève donc de l’opposition d’aider le Hezbollah à sortir de l’impasse. De même que Bahia Hariri, une dame hautement politique, est en train de travailler le mouvement Amal pour le ramener au bercail, Walid Joumblatt est le mieux placé pour approcher le Hezbollah au nom de l’opposition. Cela ne doit pas se faire à travers des déclarations houleuses dans la presse. Cet ordre du jour, il faut d’abord que l’opposition en convienne ensemble. Former un gouvernement neutre pour engager le processus des élections législatives, cela représente la priorité dans les circonstances actuelles, pour avoir enfin un Parlement libanais qui élira le président de la République et qui apportera les réformes nécessaires. Mais pour que l’opposition reste toujours d’accord, il faut qu’elle dépasse continuellement ses calculs politiques pour ne garder devant les yeux que l’intérêt supérieur de la nation. Et pour garantir une telle cohésion, oserait-on demander à ses ténors politiques d’être magnanimes, capables de se situer au-dessus de la mêlée, pour se constituer en « comité de sages » qui prendrait en main la responsabilité de traiter, collectivement, la crise actuelle, afin de faire avancer les choses rapidement et pour éviter une stagnation qui risque de déraper ? Cela exigerait des ténors politiques qu’ils renoncent à se porter candidats aux élections, pour laisser la place aux jeunes, dont ils seront les parrains. C’est aussi la voie la plus rapide pour un changement sûr, qui ne peut être que l’œuvre d’une jeunesse instruite, qui a été puiser la science partout où elle se trouve, pour en rapporter le meilleur au Liban. Et cette jeunesse sera encadrée par ses aînés, dans le cadre de ce qui ne tardera pas à devenir un Sénat. C’est la plus belle manière, pour ces ténors, d’entrer réellement dans l’histoire. Lyna ÉLIAS
N’attendons pas que l’euphorie passe pour nous mettre à réfléchir. Car la Syrie, dans quelques jours, on n’en parlera plus au Liban, si ce n’est dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Hariri, qu’il faut absolument poursuivre jusqu’au bout pour connaître la vérité non seulement sur cet attentat, mais également sur tous les autres qui l’ont précédé et qui ont touché à des symboles du pays. Il est donc urgent de prendre du recul pour songer sérieusement à l’avenir.
Heureusement, le clivage aujourd’hui est politique et non plus confessionnel. Nous aurons bien mûri à ce niveau. Il y a certes deux camps pluriels, comme dans toute démocratie, mais il y a des difficultés à leur donner des étiquettes, celles qui ont été utilisées jusque-là ne signifiant plus grand-chose. Car tous les...