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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Politique ? Et comment !

Un ministre des Affaires étrangères totalement étranger aux formidables changements survenus dans la perception qu’a le monde de la question libanaise ; un ministre de l’Injustice, procureur général de surcroît, qui, par un juste retour des choses, se trouve être récusé tout à la fois aujourd’hui par l’opinion publique locale et les nations étrangères ; un ministre de l’Intérieur visiblement perdu entre ses convictions syriennes et les failles du système policier qu’il était supposé contrôler ; et pour finir, un ministre de la Défense qui ne se défend pas d’émettre des inepties aussi énormes que l’incapacité de l’armée régulière à régenter la Békaa, une fois parti le dernier soldat syrien. C’est pour faire part de leurs fortes réserves sur le rapport de la mission d’information de l’Onu sur l’assassinat de Rafic Hariri que ces mousquetaires d’un autre âge sont montés en première ligne hier, reprochant notamment aux investigateurs d’avoir outrepassé leurs prérogatives. Tous les quatre se sont retrouvés sur ce point précis : dans ses conclusions et recommandations, le rapport Fitzgerald est à caractère moins technique, policier et judiciaire que politique. Et sur ce point on leur donnera volontiers raison : non point pour le déplorer comme eux, qui ne conçoivent d’autre ingérence dans nos affaires en effet que si elle est syrienne, mais pour s’en réjouir au contraire. Car il est réconfortant de constater, dans la foulée de la résolution 1559, que la communauté internationale est plus que jamais résolue à porter assistance à peuple arraisonné, rançonné, opprimé et terrorisé, mais nullement disposé à se laisser faire plus longtemps. Peu riche en informations techniques, ce document qui se borne à faire état d’une charge de 1 000 kilos déposée en surface sur le passage du convoi de l’ancien Premier ministre ? Et pour cause : les enquêteurs indiquent s’être heurtés à la mauvaise grâce des autorités, pire, à leurs manipulations frauduleuses. La scène du crime est loin d’avoir été préservée, des éléments capitaux en ont été inexplicablement soustraits et d’autres y ont été plantés après coup. Manque de capacités mais aussi d’engagement, négligences aussi systématiques que sérieuses : c’est tout juste si le texte ne parle pas de collusion avec les organisateurs et exécutants de l’attentat, mais le résultat est le même. Car de simples suspects qu’ils étaient au départ, les responsables paraissent promis à la catégorie des coupables présumés : ceux qu’on ne tient pas encore, faute de preuves… Ainsi en vient-on à la nécessité d’une enquête internationale en règle, bien différente dans sa nature et sa compétence de la mission Fitzgerald : les enquêteurs internationaux seraient habilités cette fois à conduire des interrogatoires même dans les sphères les plus hautes, et ils devraient être assurés pour cela de l’entière coopération des autorités locales. Mais à son tour, avertit ce rapport proprement historique, une telle enquête aurait peu de chances d’aboutir si devaient demeurer en place les chefs actuels des services de sécurité : cela en attendant une réforme en profondeur de ces mêmes services contrôlés par la Syrie, dévoyés de leurs missions naturelles et voués à la propagation d’une « culture de l’intimidation et de l’impunité ». Particulièrement significative à ce sujet (éminemment politique aussi et c’est, une fois de plus, tant mieux) est l’évocation que fait le rapport Fitzgerald de toutes les pressions et menaces syriennes qui auront en quelque sorte planté le décor de l’attentat de Aïn-Mreïssé. Toutes ces plaintes et exigences, l’État y est demeuré obstinément sourd quand elles étaient le fait de la seule opposition. Et il se retrouve soudain acculé à obtempérer ou du moins à faire mine, sous peine d’être classé dans la catégorie des hors-la-loi, des voyous tombant sous le coup des résolutions antiterroristes de l’Onu. Émile Lahoud a une bien curieuse notion de la fuite du temps, qui s’avisait jeudi seulement de rendre hommage à la mémoire de l’homme qu’il n’avait cessé de combattre avec l’appui de ses protecteurs syriens. Ce même jour, le président de la République proclamait sa volonté tout aussi tardive de recourir aux instances internationales afin que soient identifiés et châtiés les assassins de Hariri. On ne sait trop si le chef de l’État dispose, pour cela, de l’assentiment de Damas ou s’il n’est pas en passe de devenir un boulet pour le régime syrien. Ce qui est certain en revanche, c’est que les chefs des services et le préposé à la justice sont devenus tout un chapelet de boulets pour un mandat présidentiel à la longévité étirée dans le tumulte et menacé aujourd’hui de gangrène.

Un ministre des Affaires étrangères totalement étranger aux formidables changements survenus dans la perception qu’a le monde de la question libanaise ; un ministre de l’Injustice, procureur général de surcroît, qui, par un juste retour des choses, se trouve être récusé tout à la fois aujourd’hui par l’opinion publique locale et les nations étrangères ; un ministre de l’Intérieur visiblement perdu entre ses convictions syriennes et les failles du système policier qu’il était supposé contrôler ; et pour finir, un ministre de la Défense qui ne se défend pas d’émettre des inepties aussi énormes que l’incapacité de l’armée régulière à régenter la Békaa, une fois parti le dernier soldat syrien.
C’est pour faire part de leurs fortes réserves sur le rapport de la mission d’information de...