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Actualités - Opinions

Les lecteurs ont voix au chapitre

Printemps Les oiseaux blancs sont de retour Leurs pas s’impriment dans la cire Parmi les bouquets et les flammes Sur la terre remuée des tombes. L’espérance est de couleur rouge Au cou très blanc de la colombe. Regardez ces arbres qui volent Au lieu de branches, ils ont des bras Des mains nouées, des mains tendues Et des visages jusqu’à la mer. L’espérance est de couleur rouge Au cou très blanc de la colombe. Jean-Michel MAULPOIX Le droit de vote Aujourd’hui, Beyrouth était plus belle que jamais. Une idée toute fraîche (vraiment très fraîche) a germé en pleine nuit dans ma tête d’expatriée : un site Internet (qui fonctionnera demain, inchallah) pour rassembler la signature des Libanais vivant à l’étranger qui revendiquent, comme moi, leur droit de citoyen libanais : le droit de voter. J’ai trouvé deux informaticiens libanais de génie et « yalla »! http://www.lebanese-abroad.com. Quoi qu’il en soit, merci d’exister. Nada ABOUZEID Avocat au barreau de Paris Le défi Hariri C`est vraiment merveilleux de voir les Libanais, unis et en si grand nombre, place des Martyrs, le lundi 14 mars 2005. Le regretté Premier ministre martyr Rafic Hariri avait relevé le défi du statu quo en lançant le projet de reconstruction du Liban. Jadis, on parlait de l’époque (« aahd ») Émile Eddé, Camille Chamoun ou Fouad Chéhab, surtout quand on évoquait la construction du Liban : le projet du Litani en 1948, la Cité sportive, etc., les barrages du Bared réalisés en 1964 et tant d’autres à l’époque de la présidence de Chéhab. J’invite les dix-huit confessions libanaises à donner au pays des personnages comme Eddé, Chamoun, Chéhab et Hariri. Vive un Liban pour tous les Libanais, souverain et démocratique. Hassan EL-SAGHIR Montréal – Canada La marche vers la vie Je suis un jeune Libanais actuellement en France (Paris) pour poursuivre mes études. Je voulais juste exprimer toute mon admiration et tout mon respect pour chaque Libanais qui a participé à la manifestation du lundi 14 mars. Sincèrement, c’est la première fois que je sens que j’appartiens à un peuple uni, soudé et libre. Je trouve cependant désolant qu’il ait fallu qu’un homme meure pour que le peuple se réveille, pour que les Libanais remarquent qu’au bout de compte, ils sont capables de se révolter, de s’exprimer et de sortir du cadre dans lequel ils ont toujours été placés : celui d’un peuple soumis, opprimé et divisé. Une mort nous a conduits à la liberté, et cette liberté nous mènera enfin à la vie. Marc CHEMALY Paris Le vrai pouvoir En descendant dans la rue massivement, et ce depuis le 14 février 2005, date de l’assassinat de Rafic Hariri, les Libanais ont appris une chose : le vrai pouvoir, c’est eux. C’est en participant à la vie politique, en dénonçant, en manifestant et en votant que nous pouvons avoir la vie que nous souhaitons. Les députés sont là pour nous servir. Leur salaire, c’est nous qui le payons, et nous devons être exigeants quant au travail effectué. C’est notre droit. C’est notre vie. C’est notre pays. Alors, la leçon à tirer de ces mouvements populaires, c’est qu’à l’avenir, quand il y aura un ou des députés ou autre « personnalité » qui servira son intérêt personnel ou celui de sa communauté, et qui trahira donc l’engagement pris depuis un mois maintenant par le peuple, eh bien cette personne sera déboulonnée, parce que nous avons appris que nous étions maîtres de nous-mêmes, de notre destin et de notre pays. Et c’est une leçon qui ne s’oublie pas. Nada HADDAD Seulement le drapeau libanais J’aurais tellement aimé partager avec mes compatriotes cette immense fête du 14 mars, jour historique dans la vie du Liban. Vivant à l’étranger, j’ai voulu manifester avec tous les Libanais à ma manière en portant haut les couleurs de l’opposition, du Liban, au-dessus du Wadi Bani Aawf, plus connu sous le nom de « Snake Canyon », dans le sultanat d’Oman. Vive le Liban libre et démocratique ! Ce qui est encourageant, c’est surtout le fait que tous ces Libanais portaient le drapeau libanais et seulement le drapeau libanais. Dr Khaled ABDUL MALAK Un modèle pour le monde Merci à tous les Libanais pour ce modèle donné au monde entier. Le Liban est en train d’acquérir la plus prestigieuse des renommées, celle de la révolution pacifique. Le club étant très fermé, la distinction n’en est que plus magnifique. Depuis le premier instant où j’ai découvert votre pays, je l’ai aimé. Maintenant s’ajoute un sentiment de fierté d’avoir eu ce privilège. « Vous avez votre Liban et j’ai le mien... », disait Gebran Khalil Gebran. Cette phrase est en passe d’être obsolète, il n’y a plus qu’un seul Liban, universel, fraternel, un Liban libanais tout simplement, conquis dans la dignité et le respect. Mabrouk ! Nadine DEVOILLE Paris Prendre en main notre destin Je vous écris d’Abidjan où je réside depuis toujours. En tant que citoyen libanais, je ne peux que me réjouir de la forte mobilisation de mes compatriotes en vue de mettre fin à la tutelle syrienne et de voir aboutir l’enquête sur l’assassinat de notre ancien Premier ministre. Je souhaite que nous Libanais – quelles que soient nos opinions, notre appartenance religieuse, nos aspirations – prenions le destin de notre pays en main et que, dans le dialogue et la concertation, nous trouvions les voies et moyens pour vivre ensemble en toute intelligence. Bravo et bon courage ! Philippe SALIBA Abidjan – Côte d’Ivoire L’histoire du Liban en 30 minutes Je suis d’origine libanaise mais né au Canada. Mon épouse est libanaise de Beyrouth. Je suis membre du club Rotary de ma ville, et on m’a demandé de donner une conférence sur le Liban, la situation politique, économique, confessionnelle. Tous les jours je cherche sur le site de L’Orient-Le Jour les nouvelles, l’éditorial, les commentaires pour être capable de comprendre, ce qui n’est pas facile. Les gens nous posent des questions sur la situation et c’est très dificile pour un Canadien de comprendre. Nous, on comprend, mais l’expliquer, c’est autre chose. Ma conférence va durer environ 30 minutes et sera suivie des questions. Difficile de concentrer l’historique du Liban en 30 minutes. J’ai beaucoup d’informations, dont l’accord de Taëf que vous avez publié sur votre site ainsi que d’autres informations. Il y a eu la guerre civile, ainsi que l’occupation du pays par la Syrie, et il reste le gros problème des réfugiés palestiniens. Je veux féliciter vos journalistes pour leur francais, qui est excellent, et surtout pour votre humour dans l’éditorial. Bravo ! Continuez. C’est une nourriture pour nous et nous sommes toujours avec vous par la pensée. Mon épouse quitte pour le Liban le 23 mars avec mes deux sœurs. Ici au Québec, les Libanais sont très aimés et acceptés. Édouard THABET St-Georges – Québec Ce jour-là, nous avions tous 18 ans Si j’avais 18 ans aujourd’hui, j’aurais campé sur la place de la Liberté depuis un mois déjà. J’aurais planté des tentes à l’ombre des drapeaux, distribué des foulards, des rubans, écrit de beaux discours et galvanisé tous les étudiants. J’aurais approché chaque militant, lui aurais confié mes rêves, il m’aurait prêté les siens. J’aurais approché les aînés et les plus grands, pris par la main tous les récalcitrants, emporté leur foi, leur esprit et leur cœur vers demain, dessiné leurs espoirs à côté des miens. J’aurais dormi à même le sol, ce sol que nos grands-pères et pères ont foulé de leurs rêves, arrosé du sang de chaque Libanais combattant, de chacun de mes copains d’université qui avaient 18 ans et qui sont partis très discrètement pour que demeure le Liban. Si j’avais 18 ans aujourd’hui, j’aurais planté un cèdre dans chaque cœur, je n’aurais plus dormi de peur que la grandeur du moment ne m’échappe, j’aurais porté ce peuple grandiose à bout de bras et crié ma ferveur au monde entier. Si j’avais 18 ans aujourd’hui, j’aurais libéré le Liban de mes propres mains, rien ni personne plus jamais ne m’inquiétera. En ce 14 mars 2005, nous étions un million de Libanais purs et durs – tous âges, confessions, classes sociales confondus – à exiger la vérité, sur la place de la Liberté. Aujourd‚hui, nous avions tous, peuple du Liban, 18 ans. May SALHA Religion: libanaise J’étais ce matin chez Adonis, le plus grand supermarché libanais à Montréal. Tous les Canadiens qui aiment les mets libanais vont y faire leurs achats, ainsi que bien entendu tous les gens du Moyen-Orient, et surtout les Libanais. Alors que j’attendais mon tour devant l’étalage des pistaches et cafés, un homme, qui s’est présenté comme étant turc, demande au vendeur sa nationalité. Ce dernier répond : « Je suis libanais. » Le Turc lui dit : « De quelle religion ? » Le Libanais répond sans hésiter : « De religion libanaise ! » Le Turc : « Oui d’accord tu es Libanais, mais quelle est ta religion ? Es-tu chrétien ou musulman ? Je sais qu’au Liban, il y a plusieurs religions. Es-tu maronite ? » Le Libanais répond d’une voix forte : « Ma religion est libanaise ! » Je lui fis un grand sourire. J’étais heureuse de sentir cette fibre nationale ici à Montréal, aussi forte que celle de tous ces Libanais qui manifestent au Liban. Et là, je me suis rappelée une phrase que mon père, que Dieu ait son âme, me répétait sans cesse dans mon jeune âge : « N’aie jamais peur de quelqu’un qui a une religion, aie peur seulement de quelqu’un qui n’en a pas... car celui qui n’a pas de religion n’a pas de Dieu. » Nicole ABDUL-MASSIH Montréal Le clown au cœur brisé Il est étrange que je ne vous aie jamais parlé de ma longue marche aux côtés de la mort, lorsque, jour après jour, je voyais le Beyrouth de mon enfance, le Beyrouth que j’avais tant aimé, se faire méthodiquement détruire. Collées à ma rétine, à tout jamais, les images de ces hommes se faisant traîner par les pieds derrière des jeeps, ceux sortis de leur voiture se faire abattre comme des chiens, celui planqué à un angle de rue, qui vous sourit un instant avant de la traverser, pour le voir, moins d’une minute plus tard, affalé à terre, noyé dans une mare de sang rouge vif jaillissant de sa tête. Les trottoirs de mon enfance transformés en cercueils, un quartier à tout jamais interdit, la découverte d’un autre, Achrafieh, avec ses rues dessinant un labyrinthe, aussi étrange qu’une ville étrangère. Les coups de feu stupides avec mes anciens amis, les après-midi passées dans les abris avec des femmes qui se lamentent, les images de mon père avalant une pilule contre l’angine de poitrine, pour avoir vu des images de morts à Beyrouth, et puis, l’espoir d’un rêve qui se concrétise enfin, pour le voir tout aussi-tôt s’effondrer comme un château de cartes. Les moments de liberté dont mes camarades profitaient pour aller, au printemps de leur âge, draguer les filles, mon printemps, je le consacrais à marcher d’un bout de la ville à l’autre, pour trouver dans un kiosque, un quotidien qui allait me rabâcher, ligne après ligne, le décompte de la violence et des morts. Et ainsi de suite, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, années après années, mes rêves et mes illusions s’en allaient. Lorsque je mettais le meilleur de moi-même pour être séduisant et drôle, les filles ne manquaient pas de percevoir, dans le fond de mes yeux, cette profonde mélancolie qui m’étouffait. J’étais le clown au cœur brisé. Pierre NAAYEM Je reviens dans quelques jours Le Liban est mon berceau, le pays où je suis née et où j’ai grandi sans jamais obtenir une carte d’identité de Libanaise. Mais mon cœur sera pour toujours libanais. Voilà près de dix ans que j’ai quitté notre cher Liban, mais je garde intact le désir d’y retourner et de contribuer à reconstruire un pays digne de son nom et de son peuple, un pays fait de respect. Nous avons vécu la guerre, été témoins de la mort de nos voisins, nous avons étudié à la lueur des bougies, fait la corvée de l’eau, vu les obus éclairer le ciel étoilé du Liban et des bateaux en flammes. Images atroces enfouies dans le cerveau de toute personne ayant vécu cette trop longue guerre du Liban. Depuis l’assassinat de Hariri, ces images ressurgissent et la pire hantise est que cela recommence. Tout le monde a voulu quitter le pays, en idéalisant le monde occidental, avant de se retrouver dans le piège de l’individualisme. Je suis heureuse de voir que les Libanais, quelle que soit leur religion ou leur appartenance sociale, sont désormais pleinement conscients de l’importance des principes de tolérance et de respect mutuel. Mes brefs retours au Liban avaient toujours fini par me décevoir. Aujourd’hui, je suis impatiente de rentrer dans quelques jours pour assister à cette nouvelle prise de conscience. J’espère ne pas être déçue. Marina MOLLO Amsterdam Et la Palestine? Il est bien certain que la perspective lointaine que j’exprime est celle d’une Libanaise du Canada. De ce point de vue, je le reconnais, le problème de la présence syrienne au Liban est trop simple et ne prend en considération que sa dimension « externe ». Vu du Canada, proche géographiquement mais pas nécessairement politiquement ou idéologiquement des États-Unis, le problème actuel du rapport entre le Liban et la Syrie relève davantage de la politique internationale au Moyen-Orient que des sensibilités communautaires. En fait, celles-ci semblent être, comme toujours, encore et encore, malheureusement, utilisées comme instrument de manipulation par des puissances étrangères. Hier, la France et la Grande-Bretagne, aujourd’hui les États-Unis, l’Iran et Israël et quoi et qui encore? Malgré tout, il semble certain que les Libanais veulent l’indépendance. Mais encore une fois, on se demande au Canada si les choses n’échappent et ne dépassent pas le simple Liban pour toucher au cas de la Palestine. Il n’est pas certain que la question de la négociation pour mettre un terme au conflit palestinien ne change pas encore la donne pour le Liban, sans que celui-ci ne puisse y faire quelque chose. Pour bien des Libanaises du Canada comme moi, la question est simple : à quoi cela servirait-il de se débarrasser de la tutelle syrienne, et à plus long terme de l’Iran, si la question palestinienne n’est pas réglée ? Mariam HASSAOUI Enseignante, Université du Québec à Montréal La naissance d’une nation Ayant vécu presque toute ma vie au Liban en tant qu’étranger, n’ayant pas la nationalité libanaise, et plutôt ne voulant pas l’acquérir, j’assiste à la naissance d’une nation. J’ai vu des enfants, des vieillard, des mères, et même des invalides brandir bien haut leur drapeau – un moment mémorable et inoubliable. Combien j’aurais aimer fêter ce jour avec ma famille, qui, malheureusement, est à l’étranger actuellement. Je ne sais pas si j’aurai assez de mots pour leur expliquer ce que j’ai vu. Alain MORIN France Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (Rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com
Printemps
Les oiseaux blancs sont de retour
Leurs pas s’impriment dans la cire
Parmi les bouquets et les flammes
Sur la terre remuée des tombes.

L’espérance est de couleur rouge
Au cou très blanc de la colombe.

Regardez ces arbres qui volent
Au lieu de branches, ils ont des bras
Des mains nouées, des mains tendues
Et des visages jusqu’à la mer.

L’espérance est de couleur rouge
Au cou très blanc de la colombe.

Jean-Michel MAULPOIX

Le droit de vote

Aujourd’hui, Beyrouth était plus belle que jamais. Une idée toute fraîche (vraiment très fraîche) a germé en pleine nuit dans ma tête d’expatriée : un site Internet (qui fonctionnera demain, inchallah) pour rassembler la signature des Libanais vivant à l’étranger qui revendiquent, comme moi, leur droit de citoyen libanais : le droit de...