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Actualités - Opinion

Courrier La voie du salut

La date du 14 mars 2005 est sans aucun doute une date-clé dans l’histoire contemporaine du Liban. Celle de la renaissance d’un pays meurtri, du nouveau pacte libano-libanais qui est apparu sous son plus beau jour. Mais le 14 mars 2005 marque surtout la voie à suivre pour l’édification d’une société solide, maîtresse d’elle-même, capable de prendre son destin en main. Ce qui se produit depuis plus d’un mois tient du rêve. Les Libanais, ayant perdu tout espoir de voir leur pays renaître durant ces dernières décennies, se sont résolus (à l’exception d’un petit groupe restreint) à plier bagage pour quitter leur terre, en espérant retourner « un de ces jours » ! Mais nul ne peut ignorer la réalité absurde qui a été à la base de ce pessimisme et de cette apathie. Depuis 1975, le Liban sombre dans une léthargie prolongée qui semblait être sans fin : attentats, massacres, déplacements de population, dévaluation de la monnaie, dette galopante, corruption... Une liste à donner le vertige et l’envie de maudire tous ceux qui, de l’intérieur du pays et par-delà les frontières, ont œuvré à déstabiliser le pays et à faire fuir ses fils ! Plus inquiétant encore est cet effort acharné visant à défigurer la vocation libanaise, celle de terre de paix, d’ouverture et de dialogue dans un esprit démocratique. Ils nous ont divisés pour justifier la tutelle ; ils nous ont opprimés et terrorisés pour nous faire taire. Ils ont amendé la Constitution pour tenter de saper les mécanismes d’alternance. La Syrie est en grande partie responsable de cette décadence, mais nos très chers responsables politiques sont, eux aussi, complices du crime puisqu’ils ont usé et abusé du pluralisme libanais pour fortifier leurs positions dans un système politique anormal. L’attentat exécrable qui a coûté la vie à Rafic Hariri a révélé une unité nationale tacite qui ne pouvait s’exprimer ouvertement sous la terreur syrienne. Les cloches des églises mêlées aux prières du muezzin, les signes de croix côtoyant la fatiha : ce climat d’unité semble avoir bouleversé toutes les équations politiques, avoir renversé les intentions malsaines. Les Libanais sont plus que jamais unis dans leur douleur mais également dans le refus du destin macabre qu’on leur impose. C’est un nouveau pacte fait dans le sang qui confirme une fois pour toutes un pays sans cesse contesté par ses voisins. Un pacte confirmant « la grandeur de la nation libanaise ». Après trente ans de déchirure, le peuple s’est finalement déchaîné et la légende du phénix renaissant de ses cendres s’avère plus que jamais authentique. La théorie de John Locke sur la source du pouvoir, selon laquelle le « peuple est l’unique souverain », semblait être loin de la réalité libanaise. La société libanaise paraissait être vouée à un vrai clash confessionnel et politique, et le mouvement estudiantin, supposé être celui du renouveau, semblait arpenter petit à petit les chemins du traditionalisme. Aujourd’hui, comme dans un rêve, la théorie de Locke se réalise, le choc des civilisations de Huntington semble ne plus tenir avec l’exception libanaise. L’histoire post-guerre froide enregistre après les modèles ukrainien et géorgien celui du Liban... Ce mouvement de masse, qui mêle bourgeois et moins fortunés, intellectuels, artistes, sexagénaires et jeunes, croyants et athées, sudistes et nordistes, a ainsi plus d’une portée symbolique. Il représente la marche de l’histoire. Incapable de saisir le sens de l’histoire, le gouvernement prosyrien se contente de lancer inlassablement des appels au dialogue. C’est pourtant ce même type de gouvernement qui a cherché, durant plus d’une décennie, à entraver, à travers l’exil, l’emprisonnement et la terreur, tout dialogue réel entre Libanais. Ces appels au dialogue, que tout le monde attendait il y a 15 ans, prouvent que la panique et la désorientation ont touché les rangs officiels. Le salut du Liban est pour bientôt. Sa seule et unique garantie : notre unité. Bachir EL-KHOURY Étudiant à l’AUB

La date du 14 mars 2005 est sans aucun doute une date-clé dans l’histoire contemporaine du Liban. Celle de la renaissance d’un pays meurtri, du nouveau pacte libano-libanais qui est apparu sous son plus beau jour. Mais le 14 mars 2005 marque surtout la voie à suivre pour l’édification d’une société solide, maîtresse d’elle-même, capable de prendre son destin en main. Ce qui se produit depuis plus d’un mois tient du rêve. Les Libanais, ayant perdu tout espoir de voir leur pays renaître durant ces dernières décennies, se sont résolus (à l’exception d’un petit groupe restreint) à plier bagage pour quitter leur terre, en espérant retourner « un de ces jours » !
Mais nul ne peut ignorer la réalité absurde qui a été à la base de ce pessimisme et de cette apathie. Depuis 1975, le Liban sombre dans une...