La démocratie en marche
L’opposition libanaise doit absolument saisir l’offre de dialogue (faite par le Hezbollah, ndlr) et concentrer son effort sur l’application des accords de Taëf et le retrait total des troupes syriennes.
Les événements survenus depuis le 14 février sont déjà le signal d’un début de laïcisation du Liban, signal manifesté par le panachage multiconfessionnel des composantes des forces des deux bords.
Une fois le retrait des troupes syriennes achevé, il faudra veiller au renforcement de l’armée libanaise au détriment et à la non-ingérence totale de la Syrie, de quelque nature qu’elle soit. Ce seront les tâches les plus ardues et elles devront faire l’objet d’un débat parlementaire. Si le Liban peut relever, à terme, ces deux défis, la souveraineté sera complète et la démocratie définitivement assurée.
Axel NACCACHE
Paris/Beyrouth
Grand Liban et Grande Syrie
Il est vrai qu’il est plus facile aux Libanais de l’étranger de s’exprimer qu’aux Libanais du Liban. Quoique...
Mais, il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi tous les leaders libanais insistent-ils pour avoir d’excellentes relations avec la Syrie, histoire de ménager sa susceptibilité, alors que la Syrie ne souhaite apparemment pas avoir des relations de bon voisinage avec le Liban et considère notre pays comme assimilable ? La Jordanie ne se pose pas ce genre de question et l’Irak non plus.
Ou bien le Liban fait partie de la Grande Syrie ou bien il n’en fait pas partie, comme je le pense. Je crois plutôt que la Syrie fait partie du Grand Liban.
Alors, allons-y sans complexe mais sans agressivité.
Michel KANDALAFT
Toulouse
L’échec d’un rêve
Autant je me suis battu pendant trente ans, au Liban d’abord puis à l’étranger, pour faire vivre le rêve d’un Liban uni, non confessionnel, tendu par-delà les religions vers une nation, et une communauté de destin, affranchi des influences étrangères, résolument tourné vers l’avenir, autant aujourd’hui je dois constater l’échec de ce rêve. Une journée qui marque encore une fois si nécessaire la difficulté ou même l’impossibilité de faire de notre pays une nation. Je ne sais pas si la foule de mardi était de 1,5 million de personnes ou pas, si elle était constituée de Syriens ou de Libanais, mais quelle qu’en soit l’ampleur, quelle que soit la proportion de Syriens, force est de constater qu’une partie significative de Libanais a une vision de ce pays en totale contradiction avec l’autre. L’espoir de renouveau porté par ces dernières semaines est anéanti tout simplement parce que, encore une fois, nous n’avons pas su ou pu nous regrouper autour d’objectifs communs, même minimalistes. Les politiques tenteront de démontrer que les revendications de l’opposition ne sont pas très éloignées de celle du Hizb, mais la rue parle. D’un côté un non catégorique à la Syrie, à son ingérence, bien au-delà des discours modérés des politiques, une volonté de rejeter la Syrie, en bloc. D’un autre côté, une autre rue, libanaise aussi, qui continue à se définir en fonction de la Syrie, de réclamer une communauté de destin. Comment des vues aussi divergentes peuvent-elles créer une nation ? Il n’y a plus une double négation, ni une double affirmation, il n’y a plus que des peuples si différents dans leurs aspirations qu’ils ne peuvent espérer un destin commun.
Christian HOMSY
Belgique
« Exigences » étrangères
Sur les différents sites d’informations relatives au Liban, on lit depuis quelque temps : untel exige ceci, untel exige cela du Liban. Pardon ? De quel droit un pays étranger pourrait-il se permettre d’exiger quoi que ce soit du Liban ? À part le peuple libanais, personne n’a le droit d’exiger au Liban. Ravalez vos exigences, vous n’avez aucun droit sur le Liban, en doutiez-vous ?
Jacqueline
PETMEZAKIS
Du sang versé au cri du sang
Il rêvait d’un Liban uni
Libre et indépendant
Face à la guerre et aux destructions
Il l’a reconstruit
Pour tous nos enfants
Tendant sa main à son peuple
Qui souffrait
Dans l’incertitude
De son prochain
L’espoir...
Il nous l’avait ancré
Dans nos esprits et nos mémoires
C’en était trop
Pour les ennemis de notre patrie
Voulant saper notre fragile bonheur
Ils nous l’ont arraché
Lâchement
Croyant ébranler notre foi
En ce beau pays qu’est le Liban
Ton sang innocent, versé injustement
Nous l’avons gardé
Dans le calice de notre croyance
Une croyance imperturbable
En notre nation, le Liban !
Unissez-vous
Enfants d’une même patrie
Scellez vos cœurs
Défendez vos droits
Comme il vous l’avait appris !
À travers sa mort
Un peuple est ressuscité
Malgré son absence
Notre cri du sang va émerger
Afin de poursuivre
La route de l’espoir
Déjà traçée !
Hilda DADOURIAN
Liban, mon pays
Tu as mal
Tu te déchires !
Tu souffres !
Ton peuple est désorienté
Il a été trop malmené
Ton peuple est secoué
Il ne sait plus à quel saint se vouer.
Des vagues te secouent
Une tempête se déchaîne.
Elle tue !
Elle blesse !
Liban, mon pays
Cela fait trop longtemps que tu souffres !
Trente ans : c’est assez !
Liban, mon pays
Prends patience.
Ton peuple est là aujourd’hui
Il se réveille
Et te veille.
Les bougies éclairent les visages de tes hommes
Leurs yeux brillent de liberté
Leur bouche ne peut retenir
Leur soif de vivre enfin !
L’esprit les guide
Et le drapeau, ton drapeau les réchauffe !
Liban, mon pays
Patiente
Ton peuple se soulève enfin,
Les mains dans les mains
Et d’une seule voix tous crient
Liberté !
Indépendance !
Ils vont te sortir de là !
Ils vont le faire enfin !
Il le faut !
Pour toi
Pour nous tous !
Nicole ABDUL-MASSIH
Montréal
La résistance, place des Martyrs
Depuis longtemps, le Hezbollah, et à sa tête son secrétaire général, sayyed Hassan Nasrallah, ont représenté pour moi un idéal de résistance. Mardi, rivée à mon écran, j’attendais impatiemment le discours qui allait changer la face du Liban. Mais à ma grande déception, je n’ai entendu que des accusations de trahison pour tout citoyen brandissant depuis le 14 février, date de l’assassinat odieux et barbare du Premier ministre Rafic Hariri, à la place des Martyrs le drapeau greffé du majestueux cèdre du Liban et clamant haut et fort : oui à l’indépendance, oui à la liberté, non à l’occupation syrienne.
Moi aussi je refuse toute ingérence étrangère au Liban, mais toutes sans exception, c’est-à-dire l’américaine, l’israélienne, l’arabe et la syrienne. Je suis loin d’être engagée dans l’action politique, mais je suis néanmoins une patriote qui, après avoir vécu une enfance tachée de sang, de peur et de violence, refuse tout simplement que mes enfants aient à subir le même sort.
Deux raisons me poussent chaque jour à participer aux manifestations, aux sit-in et à cette déferlante de patriotisme qui envahit la place des Martyrs : la vérité avec un grand V sur le crime qui a visé Rafic Hariri et l’indépendance et la souveraineté du Liban. J’en ai assez de vivre et de voir vivre le peuple libanais sous l’humiliation. Si je me joins avec ferveur à la foule déchaînée et assoiffée de vérité et de liberté, c’est pour mettre fin à ces humiliations qui ont marqué mon passé et qui marquent encore et toujours mon présent.
Aujourd’hui, la résistance ne se fait plus dans le Sud libéré, ou aux portes des fermes de Chebaa. Elle se déroule désormais place des Martyrs.
Marie-Thérèse ZAHR
Histoire de Jonas
Jonas était heureux dans le ventre de la baleine. Les conditions, certes, n’étaient pas idéales, mais qu’irait-il faire dehors, seul, perdu sur son petit radeau, face à l’océan immense ? Ici, au moins, il espérait une sécurité relative ; il évitait les caprices des éléments déchaînés et les décisions contingentes quant à l’orientation de son embarcation. Le nord ou le sud ? L’est ou l’ouest ? Sans compter que toutes ces questions devaient, par-dessus le marché, être assorties de calculs difficiles. Et inutile de préciser que son radeau n’était pas équipé pour de telles entreprises.
Jonas était donc heureux dans le ventre de la baleine. Et pour animer la monotonie de ses jours, il regardait le paysage varier au gré de son lent voyage. Car certes, il était dans le ventre de la baleine, mais il continuait à explorer bravement sa nouvelle géographie. Et s’il se retrouvait parfois devant l’innommable inconnu, il ne perdait jamais la chaude certitude de la sécurité matricielle.
Jonas était heureux dans le ventre de la baleine. Il naviguait au gré de voies toutes tracées pour lui. Où le mènerait sa prochaine expédition ? Jamais loin des eaux rassurantes de la matrice originelle.
Mais hélas ! Jonas, un jour, s’aperçut que le précieux liquide nourricier de la mer enveloppante avait cédé la place à un obscur et grouillant marécage. Alentour, pas âme qui vive, mais çà et là des carcasses, des reliefs, des morceaux en voie de décomposition. Et qu’était donc cette pluie corrosive qui s’était mise à lui attaquer la peau ? Des sucs, des sucs digestifs ? Alors, sans perdre une minute, Jonas décida, au prix d’un grand feu, de s’éjecter hors de sa baleine et d’affronter enfin l’océan.
Jonas était heureux dans le ventre de la baleine mais l’océan, après tout, est un lieu pur, sain, ensoleillé, quoique ouvert sur l’immensité. Des tempêtes ? Certes, mais aussi ce goût de liberté qui l’enivrait, à chaque brassée, d’une vivifiante brise marine. Et puis, il était là, dehors, toujours vivant, voguant, naviguant. Et puis le monde l’attendait, prêt à être exploré.
Jonas alors apprit à mener sa barque. Et à éviter les baleines.
Anne-Marie SAFA
D’un accord à un autre
Je vous écris d’un pays où l’on avait construit la tour de Babel qui, d’après le livre qui est à la source de nos croyances, représente aujourd’hui le lieu idéal pour voir s’ouvrir une page de l’histoire.
Depuis la nuit des temps, nous subissons des accords avec les uns et les autres, depuis les Phéniciens nos ancêtres, jusqu’à nous, Libanais habitant ce pays de 10 452 kilomètres carrés, que tout le monde convoite. Le dernier siècle a vu naître autant d’accord que de cèdres dans nos bois, du temps des Ottomans, des Français.
Qu’il est loin le temps où le patriarche Arida annonçait la création du Liban, où Bechara el- Khoury, Riad el-Solh, l’émir Majid Arslan, Hamid Frangié, Camille Chamoun, Saëb Salam, Abdel Hamid Karamé et tous les autres ont, main dans la main, proclamé l’indépendance du Liban. Depuis, il y a eu la création d’Israël et les hésitations arabes qui ont fait de notre pays un laboratoire unique en son genre pour la guerre des autres, nous qui étions fiers de notre démocratie, trait d’union entre l’Orient et l’Occident, porteurs d’idées simples dans cet Orient compliqué, fiers de notre culture, prêts encore une fois à arracher notre liberté.
Les Libanais sont assez adultes pour se protéger eux-mêmes.
Youssef G. HADDAD
Bagdad
À toutes les femmes libanaises
8 mars, Journée internationale de la femme que je dédie à toutes les femmes libanaises qui descendent dans la rue au nom de la liberté, aux côtés de leurs enfants, de leurs amis, de leurs maris, en citoyennes responsables. Et je n’oublie pas ma compatriote Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun, un homme qui a aidé une femme à faire son métier, pour nous permettre à toutes et à tous d’avoir un autre regard sur le monde.
Nadine DEVOILLE
Paris
Rien que des avantages pour la Syrie
J’ai 22 ans et je suis licenciée en sciences économiques de la faculté des sciences économiques et de gestion d’entreprise à l’Université libanaise, Section 2, à Achrafieh.
En écoutant le discours du président Bachar el-Assad, il m’est venu à l’esprit une question :
pourquoi le retrait total des troupes syriennes du Liban devrait-il être considéré comme une défaite pour la Syrie ?
En évacuant ses troupes, la Syrie va perdre beaucoup, surtout économiquement.
Le coût pour Damas de la présence de ses troupes au Liban (entre 1992 et 2005), ainsi que révélé par les chiffres du budget national, est approximativement de 1 milliard de dollars américains. Un montant qui ne représente qu’une part minime de ses recettes. Explications :
1- La présence sur le marché du travail libanais d’une main-d’œuvre syrienne a été la meilleure solution au problème du chômage en Syrie estimé à 32 % pour une population active de 6 millions de personnes.
2- Les revenus de la main-d’œuvre syrienne sont pour la plupart transférés en Syrie, ce qui signifie que ces revenus ne sont plus injectés sur le marché libanais.
3- Économiquement, il est prouvé qu’une offre excessive de main-d’œuvre aboutit à la diminution des salaires. Il y a là un résultat avantageux pour les entrepreneurs.
En outre, le Liban est depuis longtemps considéré un marché favorable aux marchandises syriennes, sans protection aucune pour les biens libanais.
Joanna RIZKALLAH
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