La fraternité retrouvée
Pour moi, chrétien de Beyrouth qui tente de vivre tous les jours ma foi ainsi que mes convictions sociales en ne prenant en compte que les intentions positives de mes concitoyens, le Seigneur Dieu, tout en me consolant de cette grande perte, m’a guidé vers la réflexion sur le sens de la disparition de Rafic Hariri. Cela s’est produit au travers du tube cathodique que je quitte difficilement, comme de nombreux citadins ces derniers temps...
C’est là que la Vérité de Dieu m’a été proposée, et ce par la vision toute simple, sur l’écran, de deux citoyens anonymes, côte à côte, unis dans une même douleur, dans une même supplique, une même prière, l’un passant ses deux mains sur le visage, s’en remettant à Dieu, l’autre en faisant un signe de la croix !
Deux signes pour une même foi !
C’est par ces deux gestes simultanés, emplis de ferveur et de conviction, dans une même transcendance, que les deux citoyens signent majestueusement l’arrêt et la condamnation de la haine aveugle, de la violence et de la cruauté.
Dans la simplicité la plus totale, ces deux anonymes nous annoncent un printemps avant l’heure. Ils nous annoncent la Résurrection, celle de tous les hommes, sans aucune distinction, par la grâce de ce Dieu unique dans Son amour infini pour tous Ses enfants.
Gardons donc l’espoir,
Encore plus, élevons bien haut l’étendard de l’espérance,
Car la mort n’est rien.
La dignité humaine et la liberté sont les seuls biens que le peuple possède.
Armand PARASKEVAS
On prend les mêmes et on recommence
Au risque de m’attirer les foudres des nouveaux patriotes, je tiens à écrire ces quelques lignes pour exprimer mon inquiétude face à la situation que traverse le Liban.
Mon inquiétude est en partie comparable à celle de cette masse qui s’est retrouvée unie de fait de par la seule découverte d’un ennemi devenu comme par enchantement commun.
Je me souviens encore de cette période où je regardais, avec mes yeux de gosse, mes parents catastrophés par le seuil jusque-là inimaginable des 250 livres pour 1 dollar. Et je me souviens surtout des hommes politiques qui étaient alors au pouvoir.
Mais tout cela, c’est le passé. Aujourd’hui, le sang des dizaines de milliers de jeunes partis au combat pour défendre les intérêts de leurs chefs respectifs est lavé par une simple visite de courtoisie entre ces mêmes chefs. Des chefs qui se sont tous racheté une conscience. Car à environ 200000 morts, ça fait cher la conscience…
Nous aspirons tous à un changement, et cela depuis longtemps. Sinon nous ne serions jamais partis vivre loin du paradis terrestre qu’est notre pays. Mais quand Mgr Sfeir parle de renouveau, j’ai l’impression qu’il est le seul à comprendre ce que cela veut dire.
Le renouveau, plus précisément les nouveaux visages que l’on attend ne sont pas ceux que l’on voit, à l’étranger, parler au nom du Liban. Ni ceux que l’on voit traîner dans les rencontres et les réunions, toutes patriotiques qu’elles soient.
Ce sont des visages que l’on connaît, déjà frères, ce sont des visages qui nous ont menés à notre perte jusqu’à l’arrivée de personnes comme Rafic Hariri. Son assassinat les a unis, paraît-il. Ils sont déterminés maintenant. Déterminés à reprendre le pouvoir.
Pour en faire quoi? Je ne saurais répondre. Mais il est tellement plus facile de refaire le passé avec les mêmes hommes…
Alors profitons de la vague qui submerge le Liban, celle-là est pleine d’espoir, qui lavera la boue qui entache notre histoire. L’espoir de voir un peuple prendre le pouvoir.
Marwan EL-TIBI
La guérison est proche
Mon Liban,
Tu es né par accident en 1920, issu d’un pacte franco-anglais. La naissance a été difficile car tes frontières ont été dessinées sans tenir compte de la réalité du milieu où tu devais évoluer. Puis, abandonné à ton sort, tu as grandi dans la tourmente entre deux voisins sans scrupules qui ont utilisé tous les subterfuges pour t’infiltrer et te dominer.
Tu es tombé gravement malade et ton paysage a été ravagé par cette maladie qui a également disséminé tes fils à travers le monde et détruit ceux qui n’ont pas voulu ou pu te quitter. Certains t’ont trahi, connaissant ta faiblesse confessionnelle, et d’autres t’ont défendu, croyant en ta libanité unique au monde.
Les années ont passé, ta maladie s’est aggravée, on t’a divisé et laissé pour cliniquement mort; mais durant tout ce temps, des martyrs sont tombés en faisant leur possible pour te guérir et te ressusciter des abîmes.
Et puis un jour, un de tes fils s’est sacrifié pour toi et, aussitôt, ta guérison est devenue toute proche car, après ce sacrifice, tes autres fils ont trouvé le remède, celui de l’unité, toutes confessions confondues, contre le mal venu d’ailleurs.
Mon Liban, je suis un de tes fils qui n’aspire qu’à vivre sous ton toit, entouré de tous mes frères et sœurs appartenant à une seule religion, celle de l’amour qu’on te porte; alors tu vivras pour l’éternité.
Carlos ACHKAR
Kinshasa
Dans mon pays, les hommes n’ont pas droit de survivre
Dans mon pays, les hommes qui ne meurent pas dans des attentats aux explosifs, on les laisse mourir sous les gravats. Ça leur apprendra. Ne pas mourir, c’est une rébellion, une révolte, et les opposants, chez nous, on leur apprend les bonnes manières. Quand on déclenche une explosion, vous êtes censés mourir. Chers concitoyens, touristes, visiteurs du Liban en tout genre, apprenez la leçon.
Zahi Bou Rjeily, combien d’heures as-tu attendu les secours ? Relié à la vie par la sonnerie affolée de ton cellulaire. Inaccessible. Tu écoutais l’angoisse de ta femme à travers cette interminable sonnerie et tu tenais bon contre tous les plafonds, tous les murs qui t’étaient tombés dessus. Parce qu’une femme te cherchait. Parce que tes enfants t’attendaient. Combien un homme peut-il tenir seul contre la mort ?
Où étaient les secouristes ? Comment se fait-il que personne n’ait cherché des survivants dans les étages de l’hôtel Saint-Georges? Tu étais au premier étage, et ta femme suppliait qu’on la laisse monter. Non-assistance à personne en danger.
Abdel Hamid Ghalayini, où es-tu ? Dans quel étage, sur quel toit ? Soufflé vers la mer ?
Dans mon pays, les hommes n’ont pas droit à la survie.
Les organismes étatiques, c’est pour faire bien sur les photos. Et hurler contre tout civil éploré. Il faudrait veiller à ce que tout le monde se tienne bien. C’est qu’on nous regarde. Souriez à la caméra.
Dans mon pays, les femmes sont dans la rue. Un drapeau à la main.
C’est là que commence mon pays. Dans chaque homme, dans chaque femme qui tient sa peur d’une main et le drapeau du Liban de l’autre. C’est dans ce courage inouï que naît enfin mon pays.
Mon pays est une boule d’émotions, toute d’espoir, toute d’amour, étranglée d’angoisse. Mon pays est un dossier dans les tiroirs du monde. Dépoussiéré aujourd’hui.
Hommes et femmes du monde, ne nous laissez pas tomber !
Nadyne EL-KHOURY-AOUDÉ
Dialoguons, disent-ils
Vous accusez les membres de l’opposition d’être des agents à la solde des pays étrangers et vous voulez parler de dialogue. Vous les traitez de tous les noms et les menacez, et vous voulez parler de dialogue. Vous bloquez les routes pour empêcher les manifestants de se rendre à la place des Martyrs et vous voulez parler de dialogue. Vous voulez organiser des contre-manifestations et vous voulez parler de dialogue. Vous menacez de déloger les manifestants et vous voulez parler de dialogue. Vous parlez d’un retour à la guerre civile et vous voulez parler de dialogue. Vous proclamez que l’armée n’est pas à la hauteur pour protéger le pays et qu’elle peut se diviser, et vous voulez parler de dialogue. Vous bâclez ou manquez de transparence dans les enquêtes qui ont visé le président Hariri et M. Marwan Hamadé, et vous voulez parler de dialogue. Vous refusez une enquête internationale pour élucider le lâche attentat du 14 février dernier et vous voulez parler de dialogue. Vous voulez découper les circonscriptions électorales selon votre bon plaisir et vous voulez parler de dialogue. Vous menacez de retourner à la loi électorale de 2000 sans justification aucune et vous voulez parler de dialogue. Vous fermez la MTV pour des raisons inconnues et vous voulez parler de dialogue. Vous encensez le général Aoun et ensuite vous le menacez d’arrestation s’il retourne au Liban, et vous voulez parler de dialogue.
Arrêtez de jeter de la poudre aux yeux en parlant de dialogue, le peuple libanais n’est pas dupe. Dialoguez entre vous, de la pluie et du beau temps, et laissez l’opposition plurielle dialoguer pour construire notre Liban.
Démissionnez.
Édmond RABBATH
Poker menteur
Nous sommes en plein poker menteur. Un poker menteur tragique où les dés sont pipés. Mais l’évolution de la science nous a montré qu’une hypothèse admise aujourd’hui pouvait se révéler fausse demain. Aussi, ceux qui parient sur les déchirements du Liban et menacent les Libanais du pire peuvent se tromper, et lourdement. «Bis repetita non placent». Il suffit de continuer sur la voie tracée. Ceux qui pensaient que le Liban n’était plus qu’une fiction de pays devraient relire, encore et encore, ce qui est pourtant leur Bible.
Nous avons, je pense, appris la leçon. J’ai croisé aujourd’hui l’oncle d’un des ministres, qui habite la belle ville de Sainte-Maxime. Il m’a paru, comment dirai-je, inquiet. Un signe peut-être? Inchallah.
Christian GÉDÉON et Valérie
Le printemps de Beyrouth
«Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.»
Oui, pour ceux qui ont la mémoire courte ou qui n’étaient pas encore nés, Beyrouth saignait de tout son sang, déchiré, maltraité au nom de tant de guerres... Personne n’osait plus croire à sa renaissance. Un homme lui a redonné un visage digne et humain.
Triste coïncidence pour Beyrouth, qui a longtemps attendu le retour de sa place des Martyrs et qui vient de voir son sauveur tomber en martyr à son tour. Beyrouth a reçu celui qui a compris sa diversité et la richesse de ses différences. Beyrouth s’est paré de tous ses atours pour faire renaître dans le cœur de tout Libanais digne de ce nom l’amour de la patrie. Croyez-moi, notre capitale nous promet un printemps fabuleux, le printemps de Beyrouth.
Carole MOUZANNAR NAWAR
De Pékin, avec vous
Je vous écris juste pour vous dire mon émotion – très vive – et ma rage de vivre ce moment, certes tragique de par la mort de M. Hariri, mais historique de par sa portée.
Ce Liban uni, le Coran côtoyant le Crucifix, cette mobilisation sans précédent, c’est ce dont nous avions toujours rêvé.
Notre beau pays recouvrera très rapidement sa souveraineté et la paix grâce à vous tous. Certains ont tenté, par tous les moyens, de couper, en plein vol, les ailes du Liban et du peuple libanais, mais ils n’ont réussi qu’à nous souder et à exacerber nos sentiments patriotiques et nationalistes.
De tout cœur avec vous tous du bout du monde.
Lara YOUAKIM
Pékin
Le rêve prend forme
Notre rêve national est en train de prendre forme et notre but est chaque jour un peu plus proche: un Liban démocratique et libre, à l’image de ses citoyens. Oui à la liberté, oui à l’indépendance! Travaillons côte à côte pour enfin créer un Liban à notre image: moderne et prospère. Nous ne renoncerons pas à notre lutte pacifique pour notre terre si chère.
Les Libanais du Canada sont solidaires avec vous, Libanais de la terre du Cèdre.
Frédéric SFEIR
Montréal – Canada
L’éloge le plus touchant
De tous les éloges, de toutes les marques de sympathie, je garderai l’impression de Mme Fifi Abou Dib (dans la parution de votre édition Internet datée du 26 février 2005, intitulée: «Impression-Deuil») des plus touchants, sinon le plus touchant, hommages portés à la mémoire de M. Hariri.
Permettez-moi, Mme Abou Dib, de vous remercier, car au-delà du politicien, de l’homme d’affaires, du milliardaire, du philanthrope, vous nous avez donné Rafic Hariri l’homme... Dans sa modestie et dans son amour pour nous tous, jeunes et vieux Libanais.
Vous avez donné une nouvelle dimension à la mémoire de notre cher disparu, nous sommes tous plus orphelins aujourd’hui.
Jean-Claude DELIFER
Montréal – Canada
Vivre libres
Le peuple libanais n’a jamais été en sommeil. Son réveil se confirme tous les jours depuis le crime du 14 février. Le monde entier est maintenant conscient que les Libanais ont le droit de vivre libres. Mais le plus important est que le monde entier voit aujourd’hui que les Libanais veulent vivre libres.
Les Libanais demandent que le gouvernement parte. Mais avant de partir, il serait plus judicieux et bénéfique que le président et le gouvernement demandent aux Syriens de retirer leurs troupes et services de renseignements du Liban.
Salman ABOU HASSAN
Caen - France
L’ombre plutôt que les fastes de la République
Lorsque le nouveau gouvernement avait été formé en septembre dernier, quelle ne fut pas ma surprise de voir nommer deux femmes ministres ! Avec un portefeuille aussi important que celui de l’Industrie, Mme Leila Solh Hamadé entrait par la grande porte en politique.
Lorsqu’en ce triste 14 février, le gouvernement fut montré du doigt, accusé d’être complice d’un massacre aussi abject, je m’attendais à ce que Mme Solh soit la première à démissionner. Lorsqu’on porte ce nom et qu’on est la fille d’un des artisans de notre indépendance, on ne peut accepter d’être mêlée à une affaire aussi sordide. Oublié l’emprisonnement du père pour une grande cause? Je ne veux pas croire que la vanité d’être la première femme ministre l’emporte sur le respect qu’on doit à un père aussi illustre dans l’histoire du Liban.
Mme Solh, rendez publiquement un hommage à votre père et préférez l’ombre aux fastes de la République.
Mona A.K.
Pour un Liban libre
Place des Martyrs : un mouvement populaire, spontané, impressionnant par la maturité d’un peuple qui transforme la mort en résurrection et la douleur en espoir tous les soirs renouvelé.
Banlieue sud: un défilé paramilitaire à l’occasion de la commémoration de la Achoura, impressionnant par sa mobilisation, sa discipline, mais aussi par la froideur du message qu’il transmet.
Au grand jour : les cris d’un peuple uni dans la douleur et la révolte, exorcisant trente années de discorde et, toutes communautés réunies, portant encore le deuil de tous ceux qui ont osé défendre l’idée d’un Liban ambitieux, uni et indépendant. De Kamal Joumblatt à Béchir Gemayel et jusqu’à Rafic Hariri.
À sayyed Hassan Nasrallah, j’aimerai dire : N’étouffez pas la libération du Liban-Sud dans la banlieue sud de Beyrouth; partagez-la plutôt avec le peuple à qui vous l’avez offerte.
Aux fanatiques et aux sectaires, j’aimerai dire: Ne privez pas Rafic Hariri, dans sa mort, de son rêve qu’il n’a pas vu se réaliser de son vivant et pour lequel il a offert sa vie: l’unité des Libanais.
À ces porteurs de drapeaux de différents partis et courants politiques, j’aimerai dire: À la place des Martyrs, la mort de Rafic Hariri a transformé toutes les causes que vous défendez en affaires nationales. La libération de Samir Geagea est désormais une affaire nationale, le retour de Michel Aoun est désormais une affaire nationale, l’avenir du Hezbollah est devenu aussi une affaire nationale.
Que seul le drapeau libanais soit porteur de notre message. «Après avoir gravi une colline, tout ce qu’on découvre, c’est qu’il reste beaucoup d’autres collines à gravir», a dit Nelson Mandela. Faisons-le ensemble pour un Liban uni et indépendant, et surtout pour un Liban libre.
Dr Georges GHANEM
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